CHIFFRES SIGNIFICATIFS
Pour voir tout ce qu’il y a de superficiel et de futile dans les prétendus progrès réalisés depuis la confédération, il suffit de consulter la statistique et de rapprocher certains chiffres dont la signification ne saurait échapper à aucun homme sérieux, capable de se rendre exactement compte de la situation.
En 1867, la population du Canada était d’environ 3,500,000 ; en 1891, elle atteignait le chiffre de 4,829,411, ce qui fait une augmentation de 1,325,411, ou de 37.8 p. c. Pour les vingt-quatre ans compris dans cette période, cela fait une moyenne d’environ un et demi pour cent par année,
De %$13,835,460 qu'il était en 1868, le revenu ordinaire du fonds consolidé s’est élevé à $838,579,311 en 1891, ce qui donne pour ces vingt-trois ans une augmentation de $24,743,851, ou plus de 178 p. c., faisant une moyenne de 7.7 p. ce. par année.
Durant la même période, le chiffre de la dépense ordinaire «à été porté de #13,704,170 en 1868 à 836,313,568 en 1891. C’est une augmentation de 162 p. c., ou plus de 7 p. c. par année,
Nous avons inauguré le régime fédéral avec une dette de 893,046,051. En 1891, vingt-quatre ans après, cette dette atteignait le chiffre comparativement énorme de 8289,899,229. Nous l’avons done augmentée en vingt-quatre ans de $8196,853,178, ou plus de 211 p.c. La moyenne annuelle de cette augmentation a été de 88,202,215 ou plus de 8* p.c.
Ainsi s'explique le développement de nos voies de commu. nication, de nos canaux et de nos chemins de fer. Nous avons fait de grandes choses, je ne le conteste pas; mais nous les avons faites avec l’argent des autres, avec de l’argent emprunté, en contractant une dette énorme, dont le service des intérêts absorbe le quart de tous nos revenus.
Est-ce bien là du progrès dont nous puissions réellement nous enorgueillir ?
Notre commerce n’a pas progressé aussi rapidement que l’accumulation de notre dette.
De 1868 à 1891, nos exportations ont augmenté de #40,849,408, ou de 70.8 p.c., ce qui donne une moyenne annuelle de 3.07 p.c. L'augmentation des importations a été durant la même période, de $846,507,994, ou de 634 p.c., faisant une moyenne annuelle de 3.01 p.c.
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L'augmentation totale de notre commerce extérieur, entrées
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#87,357,402, ou environ 66 p.c., ce qui accuse une moyenne annuelle de #379,848, ou moins de 3 p.c.
Pour ce qui regarde les chiffres du revenu, de la dépense et du commerce, je prends à dessein ceux afférant à l’année 1891, parce que c’est l’époque du dernier recensement, dont je donne le résultat quant à la population.
Maintenant, notons bien la conclusion qui découle de ces chiffres, saisissons bien toute la gravité de la situation qu'ils révèlent.
La population a augmenté de 37.08 p.c. ;
Le commerce à augmenté de 66 p.c. ;
Nos dépenses ordinaires ont augmenté de 162 p.c. ;
Nos revenus ordinaires ont augmenté de 178 p.c. :
Notre dette publique s’est accrue de 211 p.c. ;
Ces chiffres prouvent que notre commerce et notre population, éléments de notre prospérité nationale, sont bien loin, comme vous le voyez, d’avoir augmenté dans la même proportion que nos
! dépenses et notre dette, éléments négatifs de prospérité.
RÉ M Sr 2:
BALANCE DU COMMERCE Canada
Je veux compléter cette triste démonstration par celle qui ressort de la balance du commerce durant ces vingt trois ans, c’est-àdire l’excès des importations sur les exportations. La confédération devait, d’après les promesses faites par ses auteurs, nous rendre riches et prospères, et comme ces promesses n'étaient pas encore accomplies en 1878, l’on ax songé à la protection, comme moyen d’arriver au résultat promis, et alors, l’on à imposé des droits additionnels d’environ 174 p. ce. faisant ainsi payer au peuple de ce pays une taxe annuelle de 35 p.c. sur les éffets d’importation, parmi lesquels il y en a de première nécessité. Ces impôts auraient dû, dans le cours ordinaire des choses et si nos conditions économiques fussent devenues satisfaisantes, tourner la balance du commerce en notre faveur, c’est-à-dire nous mettre en état de produire et de vendre plus que nous n’achetons de l’étranger. En effet, puisque nous nous taxions lourdement pour protéger nos industries nationales, celles-ci auraient dû atteindre dans leur
vente À l’étranger un chiffre plus élevé que celui de nos importations. Malheureusement c’est le contraire qui est arrivé, ainsi que le démontrent les chiffres suivants.
En 1868, nos importations se chiffraient à $73,459,644, et nos exportations à #57,567,888, laissant contre nous une balance de #15,891,756.
En 1891, le chiffre de nos importations s’est élevé à $119,967- 638 et celui de nos exportations à #98,1417,296, laissant une balance de 821,550,342.
Au lieu de diminuer, avec le soi-disant progrès qu’on nous promettait et que l’on prône encore si haut en certains qnartiers, la balance du commerce contre nous a donc augmenté, durant ces vingt-trois ans, de $85,658,586, ou de 35.6 p. c.
BALANCE DU COMMERCE Etats-Unis
Tandis que dans l’état colonial et malgré la protection, l’on voit la balance de notre commerce augmenter contre nous dans les proportions alarmantes que je viens d’indiquer, nos voisins, dans l’état d'indépendance et avec un tarif protecteur semblable au nôtre dans son ensemble, arrivaient au résultat satisfaisant que voici, en 1892 :
Exportations :
Marchandises domestiques. %1,015,732,01] Or et argent .............,..,.. 83,005,866
81,098,737,897 Importations :
Marchandises................... $8827,402,462 Or et argent..............,..... 69,654,540 $8897,057,002 Balance... 8201,680,895
C'est-à-dire que pendant que nous nous appauvrissions en 1891, de 821,550,342, en achetant plus que nous ne vendions, nos voisins, en 1892, s’enrichissaient de $8201,680,895, en vendant plus qu’ils n’achetaient.
Ces chiffres en disent plus que des phrases ; le Canada et les Etats-Unis sont sur le même continent, le Canada est même plus
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près des marchés européens que ne le sont les Etats-Unis ; le Canada possède le régime protecteur comme les Etats-Unis, et malgré tout cela la balance du commerce est contre nous, au chiffre de 821,550,342, et elle est en leur faveur au chiffre de #201,680,895.
Comment expliquer ce fait très grave autrement que par le différent état politique des deux pays ? Le Canada n’est qu’une colonie, ne pouvant faire sans l'Angleterre ses traités de commerce ; les Etats-Unis sont une nation indépendante, faisant ses traités de commerce comme bon lui semble.