MANQUE D'ÉQUILIBRE DANS NOTRE SITUATION ÉCONOMIQUE
Admettons-le franchement : grâce à l’impulsion donnée au développement de nos ressources naturelles par la confédération, grâce à l’expansion de nos moyens de production, grâce à l’amélioration de nos grandes voies de transport, nous sommes arrivés à l’alternative ou de perdre le fruit des sacrifices que nous nous sommes imposés pour mettre en œuvre tous ces facteurs de la richesse nationale ou de nous assurer à l’étranger l'écoulement de ce surcroît de produits.
Notre situation économique manque done d'équilibre, en ce
sens qu'elle est agencée de façon à ce que la production excède de
beaucoup la consommation indigène, Cet excès de production, qui avilit les prix, entrave la marche progressive de notre commerce et de notre industrie, il ne peut avoir de remède efficace que dans l’extension de nos relations commerciales avec les pays étrangers.
Or, tant que nous persisterons dans le statu quo, tant que nous resterons colonie, nous ne pourrons jamais augmenter nos relations d’affaires avec les pays étrangers, parce que nous ne pouvons pas agir pour nous-mêmes dans la négociation des traités propres à nous assurer cette part du commerce du monde que notre population, nos ressources naturelles et nos moyens de production nous permettent de commander.
Depuis vingt-cinq ans, nous faisons des efforts pour nous ouvrir les marchés de la France, des Etats-Unis et d’autres pays, et depuis vingt-cinq ans ces efforts sont restés vains et stériles, nous ne sommes pas plus avancés à la fin qu’au commencement. Comptant sur le succès de ces vaines tentatives, nous avons maintenu notre organisation économique par des moyens tictifs, par des
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emprunts que nous avons engloutis dans de grands travaux publics; mais l’instabilité de ce progrès plus apparent que réel, devient de plus en plusévidente, et si quelques favoris du faux système économique qui prévaut ont pu en profiter pour amasser des millions, à côté des châteaux de ces millionnaires, la masse du peuple, la la population qui peine et travaille pour maintenir ce système faux, souffre, vit en proie aux étreintes de la gêne et de la misère. À l'instar des personnage: du Dante, le peuple semble écrasé par un manteau de plomb qui le fait périr, le paralyse dans sa marche vers le progrès et la prospérité.
Il sufft d'exposer ce triste état de choses pour démontrer la nécessité d’y mettre fin.
Je le dis sans crainte de contradiction sérieuse-—persister dans le statu quo, dans le maintien du lien colonial, ce serait enrayer le progrès et nous vouer pour toujours à la décadence. Car, qu’on ne l’oublie pas, dans notre siècle et surtout dans l’Amérique du Nord, rester stationnaire, c’est rétrograder.
Le peuple de ce pays veut-il rétrograder ?
Comme le disait Peel, dans une circonstance mémorable, allons-nous adopter pour motto de notre conduite : Avance ou Recule.
Si nous persistons dans notre état de colonie, nous reculons ; si nous brisons le lien colonial, nousavançons. Or, le peuple Canadien à trop de cœur pour reculer et il a assez d’intelligence pour adopter des mesures propres à lui faire atteindre le plus sûrement Ja glorieuse destinée qui lui est réservée.