‹ L'avenir du christianisme: Le passé chrétien; vie et penséeChapitre 16 sur 102 · LES DIEUX ANIMAUX · texte numérisé non relu

LES DIEUX ANIMAUX

même, le symbole du dieu. Le bouc de Mendès est regardé comme « lame d'Osiris », le bœuf Mué vis comme « l'âme de Ra » ; le taureau Hapi est « la seconde vie de Phtali » ou d'Osiris, le phénix l'incarnation d'Osiris, l'ibis l'incarnation de Thot, le faucon l'incarnation d'Horus. Ces théories théologiques sont nées à un âge postérieur. A l'origine, selon toutes les vraisemblances, les animaux sacrés étaient adorés comme de vrais dieux : l'espèce à laquelle appartenait chacun était conçue comme le totem tutélaire de la tribu qui lui demandait protection; entre l'une et l'autre il y avait un pacte ^; la protection des hommes était la fonction des dieux.

* Sur le totémisme en général, cf. les travaux de Robert. Smîlh et de Frazer, de Lubbock et de Tylor, de Lang et de Jevons.

Le totémisme est une sorte du pacte perpétuel « mal défini, mais de nature religieuse, entre certains clans d'hommes et certains clans d'animaux ». En voici le code : « 1. Certains animaux ne sont ni tués, ni mangés ; on en élève des spécimens ; 2. On porte le deuil d'un animal comme s'il s'agissait d'un parent ; 3. Quelquefois, l'interdiction alimentaire ne porte que sur une partie du corps de l'animal; 4. Quand on tue un de ces animaux sous l'empire de nécessités urgentes, on lui adresse des excuses: 5. On pleure l'animal après l'avoir sacrifié rituellement ; 6. On revêt sa peau dans des cérémonies religieuses; 7. Les clans prennent le nom de son espèce; 8. On en fait figurer l'image sur les armes, les enseignes ou même le corps des membres du clan; 9. L'animal ainsi traité, même s'il est dangereux, passe pour guérir ces membres ; 10. Il est censé les secourir et les protéger ; 11. Il leur prédit l'avenir et leur sert de guide; 12. Il passe fréquemment pour leur être apparenté par le lion d'une descendance commune » [Goblet d'Alviella, d'après S. Reinach. Revue de l'histoire des religions, 51 (IQO.o), 267]. Pour M. Reinach, Cultes, Mythes et Religions, Vàris, 1905-1906, 2 vol., le totémisme est la religion primitive de l'humanité au moment où elle se

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Les dieux d'un second groupe élaient conçus comme des hommes très puissants ou des rois très heureux. Leur nombre était infini. Les uns présidaient à tous les actes de la vie humaine; les actes des autres constituaient la vie de la nature *. « Naprît s'identifiait à l'épi mûr ou au grain de blé, Maskhonit apparaissait auprès du berceau de l'enfant à l'heure précise où il naissait, Raninit présidait au choix d'un nom et à la nourriture des nouveau-nés... Certains génies recevaient pour consigne d'ouvrir une des portes de l'Hadès

dégage de l'animalité. Contray cf. Goblet d'Alviella, loco citalo.

Je doia ajouter que M. Maspéro se refuse à expliquer par le totémisme les cultes animaux égyptiens. « On conçoit aisément que le voisinage d'un marais ou d'un rapide encombré de rochers ait suggéré aux habitants du Fayoum ou d'Ombos la pensée que le crocodile était le dieu suprême. Les crocodiles se multipliaient si fort en ces parages qu'ils y constituaient un danger sérieux : ils s'y montraient les maîtres qu'on, apaisait seulement à force de sacrifices et de prières. Quand la réflexion succéda à la terreur instinctive et qu'on prétendit indiquer l'origine des cultes, la nature même de l'animal sembla expliquer la vénération dont on l'entourait. Le crocodile est amphibie. Si Sobkou est un crocodile, c'est qu'avant la création le dieu souverain plongeait inconscient dans l'eau ténébreuse; il en sortit pour ordonner le monde comme le crocodile sort du fleuve afin de déposer des œufs sur la rive » [Ilisloire, I, 103-104]. D'après Amélineau, les serpents étaient considérés comme le domicile des dieux nK)rts, et donc comme des protecteurs.

Sur le culte des sources [le Bir-el-Ain, source de l'ouadi Saboun, près Akmin] et des arbres [le palmier Hyphaene Argun, et surtout les sycomores] en Egypte, voir Maspéro : Etudes de Mythologie et d'Archéologie, h 240; II, 22i, 104, ci Histowe, I, 121 (Le

culte de ces sources et de ces arbres semble s'être perpétué parmi les Chrétiens et les Musulmans.)

* Sur l'animisme sous-jacent à tous ces cultes, cf. Guyau, Ylrréligion de l'avenir, p. 29-57 ; et Lagrange, Etudes sur les religions sémitiques, 1" édition, Paris, 1903, p. 1-40,

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au de gard€F un des chemins sur lesquels le soleil circulait journellement ; ils pestaient éternellement à leur poste, sans liberté de s'en éloigner jam^iis, et sans autre faculté que de remplir à heure fixe l'office auquel ils étaient préposés... Ce panthéon... graduait ses nobles, ses princes, ses rois, et représentait en chacun d'eux Tun des éléments qui constituaient le monde ou l'une des forces qui en règlent l'ordonnance. Le ciel, la terre, les astres, le soleil, le Nil comptaient pour autant de personnes respirantes et pensantes dont la vie se révélait chaque jour dans la vie de l'univers. On les adorait d'un bout de la vallée à Tautre, et le peuple entier s'accordait à proclamer leur puissance souveraine : mais le consentement cessait dès qu'il essayait de les nommer*. Le dieu Nil s'appelle Osiris dans le delta, Khnoumou à la première cataracte, Harshafitou à Héracleopolis. La terre est nommée Phtah à Memphis, Amon à Thèbes, Minou à Goptos. Les uns disent que le ciel est Horus et d'autres Nouit. Pour d'autres, Horus est le soleil ; ailleurs, le soleil est salué du nom de Râ ; et parfois on l'imagine comme un « veau de lait à la bouche pure », parfois, plus souvent môme, c'est à la vie d'un homme que Ton compare sa vie : il pousse tranquillement sa barque sur le fleuve céleste, d'est en ouest, aux acclamations des dieux qui en bordent les- rives ; lorsque le méchant serpent, Apopi,

* Maspéro. Histoire, 1, 84-85. — Noter que les déesses, réserve faite de Hathor, ont un rôle assez effacé.

veut lui barrer la route, s'il s'éclipse un moment, c'est pnur bientôt reparaître, vainqueur, lumineux, bienfaisaEit. — Les dieux, comme les hommes, se composent d une âme etd'un corps : leur corps est « pétri d'une substance plus ténue et invisible à l'ordinaire, mais iluuéedes mômes qualités et atteinte des mêmes imperi'uï: Lions que les nôtres... Ils avaient des os, des must li^s, de la chair, du sang; ils avaient faim..., ils avaient soif...; nos passions, nos chagrins, nos joies, nus infirmités étaient les leurs. Un fluide mystérieux, 1(^ m, qui circulait à travers leurs membres, y portait la eanté, la vigueur et la vie... Les mieux pourvus en fïr versaient volontiers le trop-plein sur ceux qui en Jïiaaquaient, et tous le transmettaient à l'homme sans difliculté. La transfusion s'en opérait couramment dans \v:^ temples. Le roi ou le mortel ordinaire qu'on voulait imprégner se présentait devant la statue du dieu et s accroupissait à ses pieds en lui tournant le dos : rllo lui imposait alors la main droite sur la nuque, et Il ' tluide qui s'écoulait d'elle pendant les passes s'amassait en lui comme en un récipient. La cérémonie n'avait qu'une efficacité temporaire... Les dieux eux-mêmes rijuisaientleursa de vie par l'usage qu'ils en faisaient... La vieillesse, au lieu de les détruire rapidement, les... Iranslormait en métaux précieux... (Mais) cette transformation... ne suspendait pas complètement le ravage ib^sans. La décrépitude»*, puis la mort les saisissaient

' Maspéro. Op. laud., I, 109-111. Les attributs des dieux

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