‹ L'avenir du christianisme: Le passé chrétien; vie et penséeChapitre 17 sur 102 · LE CULTE DES MORTS · texte numérisé non relu

LE CULTE DES MORTS

enfin K On se montrait leurs tombeaux en différentes villes. Leurs âmes seules revivaient dans les temples, grâce à leurs statues qu'elles y retrouvaient, grâce aux offrandes qu'elles y recevaient.

Les Égyptiens pensaient, en effet, que l'âme subsiste après la mort pourvu qu'elle puisse s'appuyer sur son corps habituel, ou tout au moins sur une exacte reproduction de celui-ci. Ils veulent donc sauver le corps de l'anéantissement. D'abord, on Tensevelit au désert : « la peau, promptement desséchée et durcie, se changeait en une gaine de parchemin noirâtre sous laquelle les chairs se consumaient lentement : il demeurait intact,

sont une couronne (formée de roseaux liés, ou de cornes de vaches, ou de plumes d'autruches) et un sceptre (bâton analogue au bâton des Bédouins modernes) [Lrman, op. laud., 4].

Mis « ne jouissaient que d'une éternité précaire » : « chaque jour, sous peine de périr, ils devaient être nourris, habillés, vivifiés » [Gumont, Religions Orient. 116]. Voir Moret : Le rituel du culte divin journalier en Egypte^ Paris, 1902. — Les deux cérémonies essentielles sont l'ouverture du sanctuaire et l'appel du dieu par son nom [sur l'efficacité magique de ce nom, cf. infrûyp. 62. n. 2.]. Voici la liste de ces cérémonies d'après Wiedemann [Hastings : Extra Vol., lOi].

En frottant deux morceaux de bois l'un contre l'autre, on obtenait une étincelle, qu'on disait jaillir de l'œil d'Horus, et qui allumait le feu sacré ; puis on parait l'encensoir, on jetait l'encens sur la flamme et le prêtre, après avoir brisé le sceau, ouvrait la porte du naos. La face du dieu parait : multiples prostrations du prêtre ; il récite des hymnes de louange : il offre le miel et l'huile dont il oint, ensuite, la statue sacrée ; encensements ; le prêtre se retire dans une petite chambre, proche lo naos, où il dit une courte prière. Lorsqu'il est revenu, après avoir récité une prière solennelle, il pénètre dans l'intérieur du naos, regarde le dieu, se prosterne, offre l'encens, dit les prières et les hymnes ; puis il présente au dieu une statuette de la Vérité. Viennent alors les offrandes d'encens qui s'adressent aux con^

3* LES HELIGIONS ÉGYPTIEÏfNES

au moins en apparence, et son intégrité assurait celle de lame*». Puis, on recourut aux pratiques de Tenibaiimement : on relirait les entrailles du mort, an les plîii;ait dans un vase sous la protection des quatre fils tTllopus, afin que le corps ne connût jamais la faim ni la soif j on remplaçait le cœur par un scarabée de pierre; on imprégnait le cadavre de natron et de bitume, an Tenveloppait de bandelettes de lin, on l'emboîtait dans un sarcophage de carton, de bois ou de pierre ; et on traversait processionnellement le Nil pour porter ïa momie au tombeau. Les prêtres la purifiaient, lui olTniient une cuisse et un cœur de taureau, puis procé-

frtTcs du dieu. El Ton procède enfin aux purifications et à la loilelli^ : libations d'eau ; encens; ceinture blanche, puis ceintures verte, rouge ardent, rouge foncé, nouées autour du dieu ; on apporte des onguents, des couleurs noires et vertes pour les yeux ; on jette de la poussière autour du dieu pour purifier l'endroit oii il se lient; puis le prêtre fait quatre fois le tour du dieu. Lu prijisentation des offrandes recommence (natron, encens, grains veiîiift du sud et du nord), purification d'eau, fumigation d'encens ordinaire, fumigation a'encens d'Arabie. Ici finit le service îituri^'ique. — Les Egyptiens attachaient une grande importance à fu pmpreté corporelle; les dieux même doivent se laver avant de consulter les livres sacrés. De même, les^ Egyptiens se parfumaii ni avant d'entreprendre quoi que ce fût. Le prêtre s'appelle le propre : son idéogramme représente un homme sur lequel on jcUe de l'eau.

L^:'s grandes fêtes étaient les premiers jours de l'année, des isaisons, du mois : elles consistaient surtout en illuminations et tu processions : on montrait au peuple, dans sa beauté, l'idole, le dieu [Erman, 51] ; il y avait des reposoirs où l'on faisait balte pour les encensements et les prières. Sur les fêtes des saisons il Abydos, cf. Maspéro : Revue Critique, 1905, II, 361. — Sur les fêtes d'Isis et d'Osirîs, cf. infra, p. 50, n. 1.

* Maspéro. Op. laud., I, 112.

La vie des morts %%

daient à « Touverture de la bouche et des j t ux »> : Ut mort pourrait jouir ainsi des offrandes qui lui ^crtnrnt faites, et d'abord du repas rituel qui terminall l\ vOrv* monie. — 11 fallait, pour que ces précautions m- fOssrnt pas vaincs, que la momie fut en sûreté dans ïv tombeau : ce devait être sa « demeure éternel jp «. Vi\ tombeau normal était solide, bien meublé, t:l <ricli.ni bien son mort : il défiait les injures du temps ri los coups de sape des voleurs*. Derrière une thiimbra antérieure, où se dressait la table d'offrandes, s*idlniïgeait un long couloir dont on dissimulait suji^^nt tiî^cment l'entrée : '\\ menait à la chambre du sari^iïphii^i^'c On garnissait le tout de meubles usuels ; on portait mux iours de fêle les offrandes consacrées. Mais I;i niomi*^ pouvait disparaître ! En vue de cette éventualilé terri hlr, on poussait la précaution jusqu'à garnir de sUitucs très ressemblantes- un petit réduit distinct de la rlijiiiibrc du sarcophage, et qui communiquait avec la ufiambrc

• A l'origine, ce sont les fils [voir l'inscription du BkhiMitim- Hotep. Amélineau : Ev. Idées morales^ 132-135] et les iinrir^i r|uî prennent soin des tombeaux. Peu à peu, ils se décliàrp^iiî dr ro soin sur des serfs ou des parents ; souvent, les gnuuU [m f>onnages suivent l'exemple des rois et. par une fond,"i[î<^)> Iht^h tuelle, assurent le service de leur tombe. La tombe \\r MnriTukn était desservie par 47 prêtres. Les petites gens v(mjÎimjI sîuivro Texemple des grands; ils ne le peuvent guère. Alorj^ le rot ifta* vient en aide.— On comprend que, malgré ces efforts. Ils UiTnhi's étaient à la longue délaissées, même les tombes rovaieslErniaiï, 123-127].

* Le mort doit soigneusement se rappeler qui il esi. rt r\\kr les serpents [li)rman, 100-101]. — • Sur les tombes ar»(îr«nii(is, vt Erman, Ho, sq.

aiitcrieure. — Ainsi survit Tàme. Son plus ancien nom csi ATrt, le double ; elle esl conçue comme le double du corps, ou comme son ombre, KhaibU : c'est un corps fluide, aérien, qui se moule exactement sur le corps jiT.il LTÎel et le reproduit. Le double a besoin d'aliments j)(iui vivre ; sa misère est parfois telle qu'il en est n^Liità manger ses excréments ; alors, il sort du tombcauxt il rode, c'est un spectre : malheur à qui le l'ciirontre ! Le double a besoin de protection : il y a des Hirux mauvais, les dieux morts, qui le peuvent anéantir ; mais de bonnes formules magiques ont le pouvoir (11: le sauver. Du reste, la vie des doubles est fort Iris le : le pays où ils habitent est situé à l'ouest, en j)K'in désert libyque ; il n'y a pas d'eau ^

Dieux animaux, dieux humains, dieux des morts, <H iris rapports unissent ces trois groupes? Il semble (ju ils tendent, sinon à se confondre, du moins à s'oi-Lj^aniser et à se hiérarchiser. Et cette tendance usl le quatrième élément que l'on distingue dans les |iluti anciennes religions de l'Egypte. On a dit de <juclle manière fusionnent les dieux animaux et les (lieux humains ; la théorie du Ka, la stricte solidarité

^ ,Sur la primitive religion funéraire, cf. Erman, p. 15, sq : l'Ilr t si plus hétérogène encore, semble-t-il, que la religion des Jii?ii \ du ciel. Le dieu chacal, Anubis, est devenu de bonne heure, \\{ ruUirellement, un dieu des morts ; il préside bientôt à l"embîdîJ moment. Les deux dieux Wep-wawet sont les guides qui montrent le chemin aux âmes dans le sombre royaume. Dans li's environs de Memphis, le grand dieu des morts est Sokaris, il U\ tiîlc d'épervier : son fameux sanctuaire de Ro-Sctau est une \MMb: des enfers.

Page 1