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LES CULTES GRECS

sont parfois suivis d'un repas : ils consistent, soit en une offrande de légumes, ou de fruits, ou de gâteaux, soit en une immolation sanglante* : la part des dieux est brûlée. Tous les événements de la vie, mais surtout les plus importants, sont fêtés en des sacrifices; on les entoure de beaucoup de solennité ; on les règle avec la minutie la plus grande ; on leur attribue, aussi bien qu'aux autres rites, une valeur magique ^ : il s'agit de déchaîner la ruine sur Tennemi qu*on hait, de conjurer celle qui menace, ou de se procurer la santé, la fécondité, 'le bonheur. Pénétrer la volonté des dieux est encore une charge des prêtres : ils examinent les entrailles des victimes ou les signes célestes ; les prêtres de Delphes sont les plus fameux de ces devins \ Mais c'est dans les fêtes, nationales ou locales, que se déploient les pompes de la liturgie. Des peuples voisins ou parents s'associent pour célébrer en commun tel ou tel dieu : la plus célèbre des amphycHonies a établi son double siège au temple de Démèter à Anthela (près des Thermopyles) et au temple d'Apollon à Delphes ; elle exerce une influence sociale autant

du dieu : ils étaient vénérés en public, et soigneusement tenus à l'écart des affaires. — Les consécrations d'objets aux dieux (àvaOr^jjiaTa) sont fréquentes.

* Moutons, chèvres, bœufs, porcs...

* Gruppe : op laud 818-924. Sur la magie grecque, voir Hubert: article Ma^ia (dans Daremborg-Saglio). Entant qu'elle se distingue des cultes officiels, la magie est illicite ; elle est le fait des étrangers ou des vaincus.

^ Bouché-Leclercq : Histoire de la divination dans V antiquité (4 vol. 1879-82).

que religieuse, favorise le commerce, règle les conflits, organise des guerres collectives en même temps qu'elle répand le système des douze grands dieux. Les fêtes olympiques furent peut-être plus importantes * : célébrées en l'honneur de Zeus, elles s'adressaient à tous les Grecs, et à eux seuls. Les jeux qu'on y organise révèlent et modèlent le caractère hellénique : la récompense du vainqueur est une couronne d'olivier, et la gloire de sa patrie ; on aime, on admire la beauté d'un corps nu, fort et souple : « nulle part la glorification de la vie physique n'est aussi visible que » là, Athènes, enfin, fait concurrence à Olympie et à Delphes : elle célèbre les Panathénées au mois d'Hecatombeon ; ces fêtes s'accompagnent de jeux ; les processions y tiennent une très large placée

Avec le vii^ siècle commence la seconde période de l'histoire rehgieuse grecque : elle est caractérisée par une réaction très nette contre les croyances naturalistes ^ ; elle est provoquée par l'introduction de l'idée morale dans l'idée religieuse; elle se reflète surtout dans l'œuvre des Tragiques*.

« Depuis 776 (?).

* Les jeux olympiques étaient célébrés tous les quatre ans, comme les grandes Panathénées (les petites étaient annuelles). — Sur les autres fêtes, cf. Ghantepie. Op. laud.y 553.

^ Elles achèvent alors de prendre forme sous l'influence de l'art [Gruppe, 972-1456].

* Ghantepie. Manuel, 509-311. Cf. surtout le livre précurseur

LA DOCTRINE ORPHIQUE i25

L'idée morale, chez Homère, est distincte de lidcc religieuse : « les dieux conduisent les hoinnics au crime : Até est fdle de Zeus » ; Homère ne s en éiriouL pas : son âme n'est pas « inquiète d'aspirations in assauvies et de questions insolubles ^ » Mais iU\\h clieiî Hésiode il n'en est plus tout à fait ainsi : la séK^niLd calme des personnages de V Iliade a disparu; h\ vjc tsL triste, la vertu difficile; Zeus ne s'en désintén^^^.s^* pos et envoie à ceux qui s'y efforcent, par l'intemKl'diaîre des démons, ses bénédictions divines ^ C'est I indice qu'une révolution se prépare.

On l'appelle d'un nom général l'Orphismi' i li^a hommes qui l'ont conçue et accomplie utilisaient, lu mythe d'Orphée. Onomacritos est le mieux cniirm d'entre eux : Hérodote l'appelle ■io^q's\io\6-((j:, 1 interprète des oracles ; il vivait à Athènes ^, à la four d'Hipparque, qui le chassa parce qu'il falsilïaiL les oracles d'Orphée et de Musée. Les livres orphiques par malheur, ne nous sont pas intégralement parvenuïis : maisGlémentd'AlexandrieetSuidasen citentplusitîurs;

de Jules Girard : Le sentiment religieux en Grèce (THomèn* it Esch*/lt*, 1869. 2» éd. 1879, Paris. Voir aussi Denis : Histoire des fhtorii'f* t'i des idées morales dans L'antiquité, 2 vol., 1856. 2« éd., JWTJ, Vwv'v^y

^ Noter pourtant son jugement sur la vie : il l'estinrir itJsrniblL*, La recherche de la gloire, Teffort vers la vertu lui donm-nl isrfila quelque prix. [11 semble parfois que, dans Homère^ IrL vrrlu entraîne le bonheur, au moins pour les descendants d« riiornnm vertueux]. D'après J. Girard : op. laud, 367-368.

* Ghantcpie. Op. laud., 511, 515, 538. — Sur les dém(jn,>, î)j?<M)ts des dieux, cf. Gruppe, 848 et 954, et Ilild : Étude sur kfi iîvmon» dans la littérature et la religion des Grecs, Paris, 188t.

=» Vers 527-514.

et l'on peut lire, dans Apollonius et Damascius, un résumé de quatre cosmogonies où s'exprimait leur doctrine. Enfin, les lames d'or trouvées en Italie et en Crète, les fragments des anciens poètes, les grandes œuvres du v*' siècle, permettent sinon d'en décrire les parties, au moins d'en marquer les caractères, d'en apercevoir les origines, d'en indiquer les conséquences*.

L'Orphisme appuie sur une philosophie panthéiste une croyance, un culte, une morale qui procurent le salut à ses fidèles. Il enseigne que « l'homme est un dieu tombé dans la gangue de l'existence ou des existences terrestres * ; il faut briser une à une ces enveloppes successives pour que réapparaisse la divinité cachée. Deviens ce que tu es, tel est l'effort et le devoir nouveau du mystique ^. » Gomment peut-il tou-

* Chantepie. Op. laud., 562. — Gruppe : i028. — Diôs : Évolution de la théologie dans les philosophes grecs \Revue d'histoire et de littérature religieuses^ 1906]. — Les lames d'or trouvées près Sybaris et à Eleutherna reproduisent six inscriptions dont deux sont bien déchiffrées : on y trouve, soit des conseils donnés à lânie pour le voyage d'outre-tombe, soit le discours de l'àme demandant l'entrée au royaume des bienheureux [S. Reinach. R. ArchéoL, 1901, H, 202J.

* 2a>[jLa <jf4|jiŒ, telle est la formule orphique. Platon Cratyle^ 400. C [Glotz, 589. l].

^ Diès. loco citatOy 47. — Cf. Rohde. Kl. Schrift. Die Religion der Gr. 331. L'idée que la nature de l'àme est divine et que sa vie sur terre est la conséquence d'une faute collective est développée dans le mythe des Titans et de Dionysos Zagreus .Les vieux ennemis de Zeus, les Titans, saisissent, lacèrent et dévorent Zagreus (l'enfant que Zeus a eu de sa fille Proserpine),au moment où il fuit sous la forme d'un taureau : ils sont poussés par la ialouse liera ; Zeus les foudroie et, de leur cendre, fait sorUr le genre humain [Reinach : Cultes, II, 58]. Les hommes sont donc, à

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