‹ L'avenir du christianisme: Le passé chrétien; vie et penséeChapitre 45 sur 102 · LES MYSTÈRES ORPHIQUES · texte numérisé non relu

LES MYSTÈRES ORPHIQUES

cher au but? La mort ne lui est, en soi, d'aucun secours: elle mène simplement à d'autres vies; les Orphiques admettent la métempsychose et la transmigrai iun des âmes. —Ici apparaît l'importance du culte. Lv's vieux rites qu'on célébrait dans les fôtes des Dia.siii^ des Anthesteria, etc.. revivent, animés d'un esprit m niveau : ils se mettent au service de la foi. Des initiations saintes unissent l'homme à Dionysos et puridcjii son âme de la souillure qu'y imprime son union awr le corps. Avec Dionysos, « Orphée le souverain t^st l'intermédiaire qui révèle le chemin du salut^ » — Kt

la fois i dionysiaques et titaniques, c'est-à-dire divins et imputas : le corps est titaniquc, l'àme dionysiaque : le devoir est de lîberpr l'àme [Ghantepie, 56 j]. Zeus, qui a sauvé et avalé le cœur tir Zagreus engendre alors, avec Sémélé, Dionysos : c'est une rnni velJe incarnation de Zagreus. Cf. Athônagore.Le^/a/, pro Chrîsl : Hymne Orph.y 37 ; Olympiodore. Comm. in Phedon. p. 68 (Finckh) : Dion Ghrysost. 0?*., 30, p. 333 ; Plutarque: De esu carnium. I. 7; p. 996, C; Ovide. Afe^am.,1, 156. — Lobeck. Aglaophanus,b(JG^ :WS > Orphica, éd. Abel; Bouché-Leclercq. Placiia Grœcorum de vn^/, gen. hum. Lutetise, 1871, 16 et art. Luslratio (Daremberg-Saj^li»^^ ; S. Reinach. Cultes, Myt lies, II, 75; Rohde. II, 119; Glotz, 58^

* Rohde. Psyché, 11*, 124 [Ghantepie, 566]. — Les initiïi tirons comportent des formules magiques qui donnent accès au sùjdur des bienheureux. Eleusis s'en fait une réclame. « Il suffit d'irlri' initié pour avoir droit à l'éternel bonheur par l'intercession do Perséphonè, d!Eubouleus et de toutes les puissances dont \i\ protection est acquise aux mystes. On est sûr, en arrivant aux régions infernales, d'y trouver soit Orphée, soit Triptolèmo, qnî reconnaît les siens à la couronne de myste et les fait retcMiir dans le royaume des bienheureux » [Glotz, 591]. Sur les mystères, voir Foucart : Des associations religieuses chez les Hivl'ih^ Paris 1873. — D'après Ileinrich Gomperz : Die Lebensauffaamwtj dev griechischen Philosophen vnd das Idéal der inneren Freihdl [lena, 1904], l'idéal de sainteté tel que le conçoivent les Orphlqtii^^ est né parmi les pauvres gens, engagés dans la lutte pourki vit',

la morale préparc cl complète l'œuvre salutaire des rili^s. (( L'ascétisme est la condition première de la vie f>îcuse.L'OrpInsme n'exige pas les vertus civiques...; H fitul se tourner vers Dieu, se détacher de tout ce qui csl jaisonnier de la mort et de la vie corporelle. L'abs- L^Tilion de la nourriture animale est la principale et la plus remarquable des abstinences (imposées : elle est commandée par la croyance à la transmigration des Ames). Elle est imposée encore par une pensée d'exj>îaiion : « la faute ancienne » que les ancêtres ont coiimiise doit être expiée par les enfants; la solidarité familiale à travers les âges explique l'apparente injuslii'i' du sort, les souffrances des justes, le bonheur des im-rliants. Les punitions infernales de l'Hadès purifient ce ijuc les expiations et les pénitences n'ont pas purifié pt'ndant la vie. (Mi nos exerce à l'égard des fnorts une manière de ministère public, en compagnie de Rhadamn utile, champion du talion, et d'Aiacos, représentant dr l'équité : ils réparent les injustices de ce monde et traitent chacun selon ses œuvres. Ainsi l'âme est libérée «le l'impureté) ; sa vie réelle... commence... ; elle i\ tout à fait échappé aux nouvelles naissances : «alors ullr est éternelle comme Dieu, car elle provient de Dîi'ii lui-même *. »

t't i[m se refusent à admettre que leurs souffrances fassent parlîe (in plan primitif des choses. Les riches, au contraire, ont naturel liment pour idéal l'harmonie de la vie, la domination de soimonie, la sagesse [Diès. R. II. L. R. 1907, 284].

" Un voit donr apparaître dans l'Orphisme, avec une parfaite HL'lti^té, l'idée de pénitence, d'expiation et de purification; laquelle

ORIGINE DE l'oRPHISME 129

L'origine de la religion orphique est double. Mlle dérive des religions étrangères. Il semble avéré ^ d'abord, qu'elle est dans un rapport particulièrement étroit avec le culte d'Osiris* : elle lui empriintc ses

dérive de cette croyance : nécessité dû retour à l'ordre [Jules Girard : op. laud passim].

* M. Maspéro écrit [Joutmal des Débats^ 28 septembre 1904Î : « Les renseignements que nous avons sur les momeiUâ ilivLTii des rites célébrés pendant les Anthestôria ne permetteni gtjtri^ de douter que l'Osiris égyptien n'ait été l'original du J)ii>iiyso3 attique. C'est, des deux côtés, un dieu dépecé traîtreuEcmerU et qui renaît. Le nombre des morceaux est le même et la mairhe dps événements identique : ainsi qu'Isis a recherché partout les débris d'Osiris, Démèter n'a de cesse qu'elle ait recueilli ceux do Dionysos, et c'est seulement après qu'elle a recomposé It* corps* que le dieu recouvre l'existence. Les mystères du 12 d'Aiitheslêrion reproduisaient fidèlement les traits principaux de la It-^pode égyptienne... La reine et ses compagnes... simulaient \a quéle des quatorze pièces du dieu, puis la reine seule les rajuïstîiHf l% après en avoir composé une image nouvelle,... elle pén(:tn^it flans le sanctuaire afin dç l'y ranimer. Quelles formules elle y rèiliiiiu h quels actes elle s'y livrait, nous l'ignorons, mais les effets ^*en manifestaient immédiats. Dionysos surgissait bientôt de IVutibio, vivant, paré, plein de vigueur, et il allait au Boucolion PïnUrytcter un juste mariage avec la femme de l'archonte-roi. II ref^agiiuit son temple le lendemain pour y mourir et pour s'y déeampoa+^i' en ses quatorze morceaux... » : il emportait avec lui les offrandes de chaque famille pour ses morts. J'ajoute que le culte île Dionysos, comme le culte d'Osiris, comporte des représenta lions sacrées, d'où naissent la tragédie et la comédie. M. Fnueart [Recherches sur V origine et la nature des myst. d'Eleusi^^ 1^94; Les grands myst. d'El. Paris, 1900] partage l'opinion de M. &Lnspéro. — M. S. Reinach la rejette formellement : d'après hiu ces analogies ne prouvent rien : « il en existe d'autres, et fio non moins frappantes, entre Démèter et la déesse péruvienne dlle Mère du mais y comme Démèter était la mère du ble'[Culleft. Shfthet et Religions, H, 89]. Cf. son important mémoire sur la Mutf d Orphe'e. Voir aussi A. Nutt : The voyage of Bran, II {\M1, Lundon), 157.

J'ajoute que, d'après Maspéro, É/M6Ze.9rfeMî///i., II, 14, les Champs

croyances touchant l'immortalité de l'âme. D'autre part, Jlionysos (Bacchus), auquel elle fait une grande place*, semble venir de Thrace : « son culte se célébrait sur les hnuirurs, dans la nuit obscure, à la clarté vacillante (k^s torches, aux Sons assourdissants d'une musique bruyante... La troupe des fidèles, excitée par cette musique sauvage, danse en poussant des cris aigus. Des fouîmes surtout prennent part à ces rondes frénétiques cl tombent épuisées... : dans leur fureur sacrée, tous SI' précipitent... sur les animaux choisis pour le s^ncrilicé, les saisissent et déchirent avec leurs dents la cliair saignante qu'ils avalent toute crue^. »

Élysàcs des Grecs sont un décalque des Champs d'ïalou égyplîi'ns- Les idées des Grecs sur la métempsychose et sur l'autre \\r semblent beaucoup devoir à l'Egypte. Cf. encore : Zeller, Irail. Boutroux, I, 67; Maass. Orpli., 164, et aussi H. Weil : Culte tten âmes et croyance à Vimmortalité chez les Grecs. Journal des SiivLLtits, 1890.

^ Bacchus est le dieu qui préside à la restauration de Tharmo- II il' dans l'homme ; le souci passionné de la destinée humaine inspiré son culte. D'où le caractère de la tragédie, qui en sort [Jules Girard : op. laud],

- Rohde. Psyché, lî, 9 [Ghantepie, 533]. D'après S. Reinach, loco vîiato, Dionysos est primitivement un dieu taureau, Orphée un dieu renard; celui-ci est le totem des hommes, celui-là le totem des femmes : hommes et femmes dévorent leur totem pour faire passer en eux sa divinité, — tels, les fameux Arabes de saint Nil. — Voir aussi une jolie page de Foucart : Culte de Dionysos en AlHqiie [Extrait des Mém. Acad. Inscript., t. XXXVII, 1904, 22] : litîiir lui, le Dionysos thrace est un dieu de la végétation.

Lf culte de Dionysos fut apporté en Anatolie par les Phrygiens, vrnas de Thrace : Dionysos fut assimilé au dieu anatolien Attis, \\ù\c parèdre de la déesse de la terre, Gybôle, qui siégeait sur ïïda H le Bérécynthe [Men. dieu de la lune, du ciel et des enfors j élait, avec Gybèle, la grande divinité des tribus anatoli-

L OEUVRE DE SOLON 13i

Mais l'Orphisme a aussi des racines indigt^nr-^ Lr démembrement de la famille patriarcale, yévoç, s npir*' au vil* et au vi* siècle au profit de deux nf^im llr?^ puissances : l'individualisme et la cité. Dracon, Suloii surtout brisent le joug de la solidarité familiiiln qui écrasait l'individu et arment la cité pour sa dcfcnsr. Mais le droit criminel fondé sur la solidarité deap-rih i<*s s'affaiblit plus vite que ne s'organise le syi^hnii^ répressif de la cité; la coercition pénale s'énervr, 1rs délits se multiplient; afin de réprimer ceux-ci, .iltn rio restaurer celle-là, on confie aux dieux les foin (ions que ne remplit plus le yé^^ç et que n'a pas encore usurpées le ^aadeijç en chef. Le crime devient un pcc!K\ vl ce sont les dieux qui le châtient; l'homicide, suit nui, entraîne une souillure qui frappe de mort. Dans \Ailh tapis d'Arctinos de Milet on voit qu'Achille est <fliiit,^r. après le meurtre de Thersite, d'aller se ptuiliiM' n Lesbos. Le culte d'Apollon rayonne avec plus di^ force qu'autrefois, Apollon, « le dieu jeune et beau des rites cathartiques, capable de laver les morteJtrî d\: hi tache dont il s'est lavé lui-même dans la vuWrr d*- Tempe* ». Le sentiment religieux interdit le me u ri iv :

ques]. Le culte Ihraco-phrygîen de Cybèle et Attis-Dion>i^os i oitserva et accentua môme ses tendances orgiastiques et fxiuiiqut^s [Cumont : Les religions orientales dans le paganisme tunmin, Paris, 1906, 59-75; Ramsay : Studies in ihe Eastern Roûinn pru^ vinces, 1906; Cites and bishoprics of Phrygia, 1895 et lU^inlin^ t Attis, seine Mythen undsein Kult., Giessen, 1903] [M. Grrkiiïuf jnipare un important travail sur Cybèle].

* Cf. Glotz. La Solidarité de la famille dans le droit cnnihif'l tru Grèce. Paris, 1904. Arctinos de Milet vivait dans la seconde nmiw

il limiLc le droit absolu et la souveraineté de bon plaisir du père sur ses enfants, du mari sur sa femme, du maître sur ses esclaves; il devient un frein moral. Mais, parce que l'évolution sociale brise l'omnipotence (les i'Iïcfs du génos, elle émancipe l'individu, elle favnrîsc son émancipation. Les personnes, libérées du joug patriarcal, prennent une plus claire conscience de leur valeur individuelle ; le problème du salut s'impose h leurs méditations avec plus de force qu'autrefois. Itidividualiste et morale, messagère de salut en ee jiKHide et surtout dans l'autre, tels seront les caractères de la religion à laquelle ils aspirent. Tels ne î^oiit ils pas les caractères de TOrphisme?

Cl lie doctrine de la misère de Thomme et du néant

(J(t VI II* siècle ; le texte se lit dans Kinkel : Epie, grœcor. fragm., \^ 3:1. " Lp mouvement indivlduall stegrec des viip-vi* siècles est iMi I opporls avec la constitution de la propriété individuelle [biens ninbilirrs, acquêts, propres. Cf. P. Guiraud. La propriété foncière ett Otèii*. Paris, 1893], avec l'extension de la navigation et de la l>il;lll'l'ii^ avec les luttes politiques du démos contre les nobles. Il rsi li^s remarquable qu'il n'ait jamais triomphé tout à fait du vieux <Irmt patriarcal, non plus que TOrphisme de la mytholojçîc : n la croyance à la justice de l'au-delà ne fut jamais populaire vn Grèce », car elle contredit la croyance à la responsabi- ]\lù hi rô^lîtaire : la remarque est de Pliitarque. Au jugement de la conscience grecque, l'individu expie, non ses fautes personïU'Iloii, iriais les crimes de ses lointains ancêtres [Glotz, 595-597]. 1^0 II I que rOrphisme, nettement individualiste en son fond (tlit'orit' des récompenses et des punitions dans l'Hadès), retient i'î^l!^pîriltiDn anti-individualiste des temps primitifs (théorie de la ehiih' uii^inelle, iraXatov itevôo;). Gomment s'accordent la théorie ili's }>ii ni Lions dans l'Hadôs et la théorie des punitions par transriii^niitiiïii de l'âme? A vrai dire, celle-ci semble n'avoir été inté- ^rer (Ihîis rOrphlsme qu'au iv» siècle [GlQtz, 589].

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