‹ L'avenir du christianisme: Le passé chrétien; vie et penséeChapitre 47 sur 102 · LE PROBLÈME MORAL · texte numérisé non relu

LE PROBLÈME MORAL

principe de la solidarité familiale est atUnuié en faveur de l'innocent, si énormes que soient 1rs on mes des ancêtres. Sophocle « prêche une croyance religieuse. La domination divine lui semble absoluineiil stable, digne de tout respect. 11 parle avec une terreur religieuse des lois et des obligations morales ;... ta piété est une condition de la vie humaine * n. Maia le plus noble représentant de tous ces nobles penseurs, qui cherchent pieusement, loin de la mythologie, une morale humaine, sans contredit c'est Socrate. ft Ijilliousiaste, presque mystique, il sent en lui 1 iniluericc divine»; son effort tend à constituer une (f science morale » « sans sortir du cercle des faits moraux euxmêmes et en se bornant à féconder l'expérience morale par un mode de réflexion approprié ». La science de la nature est inaccessible à l'homme, parce tjue la nature est divine, mais la science est bonne vu sui ; elle doit apprendre à l'homme comment on csl uLili^aitx hommes, lui enseigner à se connaître soi-mi'^nic {*C'iVh aeavT^v) et à savoir que le bien, c'est « l'utile vrai - ».

* D'après Decharme, Sophocle est plus conservateur rju E^i^liyh* et môme que Pindare.

* Sur Socrate, 470-400, cf. Boutroux : Etudes cVhisfmie de la philosophie [2« éd., 1901]. — Se connaître soi-mêmei c'i-st javndre conscience de ce qu'il y a en soi de permanent et dn panerai, découvrir sa nature. La dialectique socrati«iue pL^mn'l dv imicher le but ; re7/i/(/Me socratique montre que la pnrtî<;(u* ilo lu vertu est toujours le parti le plus profitable. La miuLifsc di! soi est la première des vertus.

Noter que, d'après Decharme, Thucydide semble fl&s^ot'îcr l'iilv-*? de Dieu à l'idée des lois qui régissent le monde [CrUitjtft^ ImtL rel, I. chap. m].

j36 LES reugio:ns aryennes

Tout un groupe de philosophes prolongent enfin, avec plus ou moins d'indépendance, les spéculations religieuses de rOrphisme. Pythagore fonde àCrotone une communauté religieuse bientôt toute-puissante et dont la ruine rapide dissémine à travers la Grèce les apôtres des idées nouvelles : ils enseignent que l'âme traverse de multiples existences et se purilie de la sorte ; la vie est une expiation imposée à l'homme par la divinité. « C'est l'idée, non encore douce et aimante, mais déjà morale, du pasteur qui a tous droits sur son troupeau. 11 faut attendre pour quitter la vie l'heure fixée par le Maître, et le suicide devient une impiété. C'est déjà mêler à l'idée d'esclavage et de punition l'idée plus noble d'un service... Le principe et l'ordre delà vie, c'est de s'attacher à suivre Dieu. Bien ridiculement agissent les hommes s'ils cherchent le bien ailleurs que chez les dieux : maître de toutes choses, Dieu seul peut donner tout ce qui est utile. Il est d'ailleurs le maître indispensable. L'homme, et tout vivant, est un être violent, inquiet, ondoyant en ses désirs et ses passions ; à cette anarchie de notre nature, il n'y a de remède que la surveillance et le gouvernement de la ' divinité, et, de notre part, le service de la pureté ^ » Empédocle montre de même que l'âme traverse plu-

* Diès ; L'évolution de la théologie dans les philosophes grecs [Revue d'histoire et de littérature religieuses, 1906, 156-159], Caird : The évolution of theology in the greek philosophers. Glasgow, 1904, 2 vol. •— Pythagore, 584-504. D'après Decharme, les rapports de l'Orphisme et du Pythagorisme sont aussi obscurs que certains.

LA VIE d'après PLATON 131

sieurs vies afin d'expier une faute primitive uL îrnttrr pour jamais au sein de la divinité ^ Platon, rwWn, dépasse l'un et l'autre et fait de l'imitation de Dieu lu règle de la vie de l'homme. « Dieu veut le meilleur ; il le veut avec une persévérance indéfectible it jïasse l'éternité à le réaliser dans le monde. Or, le un illiur consiste en ce qu'il y ait le plus de bonheur possible ; et le moyen qui mène à cette fin universelle et suprême, ce n'est pas seulement l'ordre physique, c'est aussi ni principalement l'ordre moral. Dieu veut donc, et pardessus tout, l'harmonie des volontés dans la ju^stiee: il impose de son chef le respect du bien. C'est là ce que le disciple de Socrate désire inculquer dans les iîinrs en disant à plusieurs reprises que nous sommes a la ]n-opriété de Dieu », qu'il s'occupe de nous et scrute uoa pensées les plus intimes, qu'il est « l'ami du juste >j et « l'ennemi du méchant », que toute faute est une «impiété^»; Dieu nous a placé dans la vie comni<* tUuLs

* Eodon loco.y 328. — Empédocle, 483-435.

* Piat : Platon. Taris, 1906, 277-278; Glotz, 593 ; Brochntril ; La morale de Platon [Année philosophique^ XVI, 1905]. — Cf. Zrlh ri /'if Philosophie de r Griechen, II, 1 (1889) ; Huit : La vie et l'œuvrr dr Vta^ ton. Paris, 1893; Gomperz: Griechische Denkev, II (1Uû:;l :;o3 e\ Fouillée : La philosophie de Platon. — Platon vivait de 4-7 a '^^Vl,

Ni Platon, ni Socrate ne semblent avoir professé expUct fument le monothéisme, dont ils semblent pourtant aussi prochrs ^prKschyle, et tant d'autres Grecs, Egyptiens, Sémites! AnUsUn nt', iHssciple de Socrate comme Platon, mais plus âgé que irltrî-i'i, affirme seul, très nettement, l'unité de Dieu. Socrate ( ( V\uUh\ admettaient peut-être un Dieu suprême, entouré de dieux soi-uii' daires sidéraux [surtout le Soleil] : ils assimilaient peii(-e.Mro l^'b derniers aux démons [Decharme : Critiq. trad. 217-218 1.

« un poste » qu'il nous défend d'abandonner; « il est notre ami dans la mesure où nous aimons le bien » ; ci, quand Tàme du philosophe, d'essence divine et naturellement autonome, est délivrée de son corps, c'est auprès de ce « Dieu bon et sage » qu'elle va passer riHernité.

L'image de Dieu qui s'élabore ainsi dans l'âme grecque sous l'influence de l'Orphisme a été fixée dans une œuvre inoubliable par un artiste de génie: Phidias a riculpté dans Tor et l'ivoire la figure de Zeus. « Formidable par ses dimensions qui attestaient sa puissance physique, entouré d'un luxe évocateur du mervLviJIeux palais d'or qu'habitent les Immortels, Zeus — f ÏLait là sa vraie grandeur — révélait par son aspect u:ir âme supérieure à ces signes matériels de sa diviuilù. Non seulement il demeurait calme et simple au milieu d'un triomphal appareil, mais sa physionomie l'I.ait toute mansuétude; il n'apparaissait point en dieu n'dfiutable, « amonceleur de nuages»;... on le voyait louL-puissant et on le sentait tout bon ; en lui on reconluiîssait, selon les mots de Dion Chrysostome, « le dieu lie paix suprêmement doux, dispensateur de l'existence et de la vie et de tous biens, le commun père et sauveur et gardien de tous les hommes». Ainsi, Phidias semblait n'avoir employé des proportions si colossales et, mis en œuvre tant de matériaux précieux, que pour niicux faire ressortir une beauté purement morale *.

H, Lechat : Phidias et la sculpture grecque au V* siècle. Paris,

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