ORGANISATION POLITIQUE DES CULTES ROMAINS
sacrant une personne ou une chose. Les augures consultent les dieux au nom de la cité ; si les présages qu'ils observent sont défavorables, toutes les décisions qu'elle a pu prendre sonl annulées, toutes les entreprises commencées sont abandonnées : ils interprètent, soit le vol ou le chant des oiseaux, soit le tonnerre et la foudre, soit la manière dont mangent les poules, soit les bruits accidentels *.
Cette organisation politique de la religion romaine se couronne et s'achève par l'établissement d'un culte éminemment national. Jupiter, associé à deux divinités obscures, Junon et Minerve, était primitivement adoré sur le Quirinal, tout près de Rome. Il semble que la triade fut peu à peu entraînée dans les progrès de son chef : ce qui est sûr, c'est que, dès le vi® siècle, elle apparaît comme le triple génie protecteur de la puissance romaine. Tarquin l'Ancien lui construit un temple magnifique sur le Capitole ; on célèbre en son honneur de grands jeux [ludi romani], à l'automne, au moment où revient de la guerre l'armée victorieuse ; on y admire « le cortège solennel de la jeunesse romaine suivie de ceux qui prenn(ent) part aux jeux (la procession) des objets consacrés, des images des dieux portées sur des civières et de leurs attributs (exuviœ) portés sur des chars ^ ».
* Des augures il faut bien distinguer les aruspices, étrusques ou étrangers : ils interprètent les éclairs et les entrailles des victimes.
" Chantepîe, 616. — Tarquin l'Ancien règne de 616 à 578.
Environ la même époque, la religion primitive subit une seconde modification : parce qu'elle entre en contact avec la religion grecque, elle en éprouve l'influence. Les Romains acquièrent, au cours du vi* siècle semble-t-il, des livres mystérieux qui permettent de connaître la volonté divine : on les conserve dans le temple du Capitole, un nouveau collège de prêtres est créé, qui les interprète ^ En même temps que les livres, s'introduisent à Rome les dieux et les rites de rOrient. Apollon arrive le premier : il est particulièrement adoré à Cumes, dont les prêtresses ont fait connaître les Im^es sibyllins; on lui élève un temple 2, on envoie une ambassade à Delphes consulter son oracle. Artémis, Latone, les Dioscures font invasion à leur tour ; les autres dieux suivent peu à peu, et c'est Esculape qui clôt la marche : on va en pompe « le chercher à Épidaure pour guérir une peste grave en 291. Pour certains de ces dieux, tels qu'Apollon et Esculape, il ne se trouvait pas de correspondant parmi les divinités romaines. Dans les autres on reconnut des divinités nationales, quelquefois pour des raisons qui nous échappent : telles sont les identifications d'Aï témis ^ avec Diane, de Démèter
L'œuvre d'organisation religieuse était attribuée par les Romains à Numa. — Sur le sanctuaire capitolin, cf. Wissowa, p. 33-38.
* D'abord deux, puis dix, puis quinze [duumviri, pruis decemvhny puis quindecim vinsacris faciundis]. Sur les dieux nouveaux, cf. Wissowa. p. 42-4G.
* En 431.
^ Ghantepie, 625.
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avec Gérés, d'Aphrodite avec Vénus ». Les Romains empruntent encore aux Grecs Tusage des lectisternia et des supplicaliones. « Le premier lectisternium fut célébré à l'occasion d'une épidémie et sur l'ordre des livres sibyllins* : on dressa sur le forum trois lits pour Apollon et Latone, Héraclès et Artémis, Hermès et Poséidon. Dans les supplicaliones^ la foule partait du temple d'Apollon, et processionnellement, avec accompagnement de musique, et parée de couronnes de lauriers, elle allait prier d'un sanctuaire à l'autre : ce qui caractérisait la cérémonie, c'est que tout le peuple y participait. (Bientôt),... on se mit à adorer les dieux romains grœco ritu, et à organiser des lectisternia et des supplicaliones pour les dieux du Gapitole*. »
A la lin du iv® siècle et au début du m®, les deux mouvements politique et hellénique qui ont exercé parallèlement, sur la religion romaine, une action si vive, divergent tout d'un coup : et cette divergence marque le début d'une période nouvelle. Les influences helléniques et orientales se font désormais sentir avec une force toujours croissante. L'organisation politique du culte, au contraire, est démantelée en même temps que le monopole social du patriciat : les lents progrès de la plèbe au temps des Tarquins sont consacrés par les lois Licinia et Ogulnia; au même titre que les
* En l'an 399 av. J.-G.
* Chantepie, 626.
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pniriciens, les plébéiens ont maintenant accès aux irola grands collèges sacerdotaux (décemvirs, poniiSus^ augures)*.
La religion des Romains s'oppose curieusement, scmble-t-il, à la religion des Perses : tandis que le
' Les lois Licinia et Ogulnia datent de 367 et de 300.
il tL^mble que la religion des Celtes ait été assez analogue à la rE?]î^îon des Romains. C'était un culte des arbres etdes bois, des =^sMjrc:cs*etdes collines, et des âmes des ancêtres : de cette foule de filiaux agrestes émergent quelques grands dieux**; le plus fameux rs( Ti'utatès, qui ressemble singulièrement à Mars ; noter toutefois )T»io son évolution s'est faite, à ce qu'il semble, en sens inverse : tlîi'u f^uerrierà l'origine, il devient dieu pacifique, protecteur du rnnuiuTce et des grandes routes. — La diffusion du culte de Ti'iiiak^s*** et des autres grands dieux semble être en rapport iwvv. l'action du sacerdoce druidique : le caractère mi-religieux, mi-|K(linque des Druides rappelle fort bien les pontifes et les augurt^ti de Rome ****. Ils tenaient régulièrement une grande nstreinblée en pays carnute, « propre à toute la Gaule celtique, fL4r|iiï} superposait un cadre religieux commun à une organisa- Mai] politique toute morcelée » [G. Julian : Recherches sur la
* Lii^ jnscriplions latiues nous donnent le nom d'un grand nombre de ces ilrviîii»!^ des sources, (fu'on identifia ou qu'on associa plus tard aux dieux romains. LuA dt^ujâes des sources étaient bienveillantes, les dieux des bois redoutables à
' * [.□ Piiy de Dôme en Auvergne, le Monl Albain dans le Lalium durent sans doiilQ à leur belle allure la dominalioa quHls exerçaient sur leurs congénères 'il'.-iprc'ti JEilian : Vercinyétorix. t8 sq.]
••* liaprès une hypothèse assez séduisante de S. Reinach [Cultes^ Mythes et flftii/rmn, I, 204. sq.], Teutalès est, non pas une diviuilé pancclliquc, mais un (liflu t]«a peuples entre Loire et Seine (de même Esus et Taranis). — [S. ReiiiiXi'L oinLcstc rcxlstenec des prêtresses de l'île de Sein, op. laud., 195, qu'admet Juliaii : R. Etud. anciennes, 19Q4, 258].
**** L^ l/Eduen Divitiacus qui vint à Rome eu ambassadeur et en ami, et que c<iMmit (](«éron, était un druide ; plus tard, Tacite cite plusieurs druides qui tiiiK&îL'rc^il à la guerre contre Rome » [Ghantepie, 702].
corps sacerdotal a joué chez ceux-ci ^ un rôle politique, peut-être considérable, il n'a jamais exercé d'influence chez ceux-là ; il n'y a pas, chez les Romains, intrusion des prêtres dans la politique, mais confiscation de la religion par l'État, adaptation des croyances aux intérêts d'une classe *.
La physionomie de la religion grecque est beaucoup plus originale ^ : elle est modifiée profondément par la naissance et les progrès d'une science théorique et d'un art moral ; elle est très certainement à la veille d'une radicale métamorphose lorsqu'apparaît Alexandre. L'explication des phénomènes naturels qui est le plus souvent demandée à la croyance au
religion gauloise, Bordeaux, 1904. — Revue des Etudes anciennes , 1904, 261]. — Les rites des Celtes rappelaient probablement les rites des Romains : peut-être les sacrifices humains et les suicides sacrés ont-ils persisté plus longtemps en Gaule qu'en Italie. [Outre l'ouvrage de Julian,cf. d'Arbois de Jubainville, Cours de littéralure celtique; Renel, I. es religions de la Gaule avant le Christianisme. Paris, 1907 ; Dottin. La Religion des Celtes. Paris, 1904 et surtout l'ouvrage fondamental de Alfred llolder, Altceltischer Sphrackschatz. Voir aussi la Revue Celtique (depuis 1870)]. D'après Julian, il semble que la religion des peuples qui habitaient la Gaule avant les invasions celtiques [les Ligures?], ait été surtout une religion astrale et solaire. — Le dieu celte Belenus était un dieu celte, sans doute plus important à l'origine que Teutatès. Ce fait est-il en rapport avec le précédent ?
* Un peu comme chez les Egyptiens au temps d'Amon. Noter pourtant que les génies des Romains rappellent les frahvashis.
* Un peu comme chez les Celtes, peut-être.
^ Il n'y a pas eu, en Grèce non plus qu'à Rome, de caste sacerdotale ; les Grecs, beaucoup moins que les Romains, croyaient à la vertu propre des mots. — Mais il faut remarquer combien les idées des Romains et des Grecs touchant l'iladès rappellent les idées des Egyptiens et des Ghaldéens.
dieu-fonction *, si elle est acceptée par les Grecs, est aussi complétée par eux : tout en pensant que la tmUire esl divine, ils s'acharnent à vouloir la comprendre, et, pour y parvenir, commencent à classer rîiUonnellement les phénomènes et les êtres qu'ils obfîcrvciit ^. Leur religion traditionnelle, en cela semhliible aux autres, ne leur enseigne pas une règle de vie 1 miuiy, comme elle s'attache au problème de l'être, voici fjuii leur pensée curieuse pose aussi le problème d*J racLion, Ébranlée par cette double poussée, la religion grecque se dissout et croule^.
' <:f, ïHfm, p. 319.
' Un k^Jîlr IJlippocrate : de l'air ^ des lieux et des eaux, p. 78. USMrr^ isfi'jinn 106. Petersen), cité par Decharme : Critiq. des ffU4J, rel., p. JU-H5] montre très bien comment l'idée de loi niilui't!lli' m(vfiai:e l'idée de Dieu.
^ Ui ci'ïsi^ a commencé, d'après Decharme, au temps de la guerre d ti ï'elûponôse [431-404].