LES JUGES
chcnt les traditions mosaïques de s'éteindre tout à fait. C'est Gédéon, qui écrase les Madianites au mont Gelboé; c'est Jephté, qui chasse les Ammonites des villes qu'ils ont conquises; c'est Samson, la terreur des Philistins.
La prophétesse Débora est la mieux connue de tous ces prophètes qui rendent la liberté à Israël et Israël à lah vé . Une armée des rois d'Esdrelon, forte de ses 900 chars de fer, ravage les pays de Zabulon et de Nephtali et coupe en deux l'Israël du nord. Impuissants à lui résister, les Hébreux vont implorer Débora. Celle-ci, au nom de lahvé, envoie Tordre à Barac de prendre la direction de la résistance; elle se rend elle-même à l'armée, Tenflamme par sa présence, enfonce l'ennemi et délivre le sol sacré. Un barde inconnu chante ce triomphe dans un cantique célèbre : aucun texte ne donne une idée plus précise et plus exacte de la situation politique et religieuse du peuple de Moïse durant cette époque troublée ^
terme signifient justicier et libérateur plutôt que juge (Gautier, 274). — Le Livre des Juges utilise deux documents, apparentés, semble-t-il, à J (histoire de Samson) et à E (Débora), et datant sans doute de la fin du xi» siècle : ils sont combinés de bonne heure, puis remaniés dans l'entourage des prophètes; c'est alors qu'on les encadre dans un schème à quatre termes : Israël pèche, Israël est châtié, Israël fait pénitence, Israël est sauvé; on applique à la nation les leçons particulières qu'ont reçues les différentes tribus. Cf. Lagrange : Le Livre des Juges ^ 1903 ; llummelauer : Commentarius in libros Judicum et liuth., 18S6; les commentaires de Moore, de Budde, de Nowack.
* Le plus grand nombre des savants reconnaît que le cantique de Débora est contemporain des faits. Je reproduis la traduc-
Ecoutez rois.
Prêtez l'oreille, grands de la terre!
C'est moi, moi, qui chante lahvé.
Je célèbre lahvé. Dieu d'Israël.
Lorsque dans Israël on voua sa chevelure*,
Lorsque le peuple de lahvé se consacra au combat,
lahvé lorsque tu sortis de Séir,
Lorsque tu t'avanças du champ d'Edom
La terre trembla,
Les nuées se fondirent en eau.
Les montagnes branlèrent à l'aspect de lahvé,
A l'aspect de lahvé le Dieu d'Israël.
Aux jours de Ghamgar fils d'Anath^,
Aux jours de... il n'y avait plus de caravanes;
Et ceux qui suivaient les sentiers prenaient des détours.
Plus de direction en Israël,
Jusqu'à ce que tu te sois levée, Débora, [Israël !
Jusqu'à ce que tu te sois levée comme une mère dans
Alors on ne voyait pas un bouclier pour cinq villes
Ni une lance pour quarante mille hommes dans Israël.
Mon esprit va aux nobles d'Israël,
A ceux qui se sont dévoués parmi le peuple de lahvé,
tien de Lagrangc : 81-117 [Cf. 6o-79. Le récit en prose. Juges, 4, est indépendant du poème, ou du moins a puisé à d'autres sources], La maîtrise du poète anonyme est telle que je crois volontiers, avec Lagrange, que son école a derrière elle un long passé. — Cf. Rothstcin : Zur Kritik des Deboraliedes...[Zeitschrift der deulschen morqenlaendischen Gesellschaft, 1902-1903 ; et SchloegI : Le chapitre b du Livre des Juges. Revue Biblique j 1903, 386.]
^ Les guepriops font vœu de laisser pousser leur chevelure jusqu'au jour de la victoire.
" Sans doute le nom du roi oppresseur.
CANTIQUE DE DEBORA. 209
Montant des ànesses tachetées,
Assis sur des tapis,
Et avançant sur un chemin de verdure,
Aux acclamations de ceux qui se rangent entre les norias.
C'est là qu'ils chantent la justice de lahvé,
La justice de lahvé qui a conduit Israël.
Lève-toi, lève-toi, Débora, avec ta sirvente,
Lève-toi, fais lever le peuple par millie-rs!
Debout, Barac, dans ta force, [am !
Mets dans les fers ceux qui t'ont fait captif, fils d'Abino'
Alors de pauvres échappés ont marché vers les illustres,
Le peuple de lahvé a marché pour sa cause en héros;
D'Ephraim les capitaines sont dans la vallée,
Ton frère Benjamin est parmi les tiens.
De Makir ont marché des nobles.
Et de Zabulon ceux qui portent le bâton du tribun.
Les princes d'issachar sont avec Débora,
Et Barac a lancé ses piétons dans la vallée.
Sur les rives de Ruben,
Grandes sont les anxiétés de Tesprit :
Pourquoi es-tu demeuré entre les parcs,
Pour entendre jouer de la flûte parmi les troupeaux ?
Galaad est installé au delà du Jourdain,
Et il habite tranquillement sur ses rives découpées.
Zabulon est un peuple qui brave la mort
Avec Nephtali sur les hauteurs qui dominent la plaine.
Alors les rois de Canaan ont engagé le combat,
A Ta'annak sur les eaux de Magiddo.
Du haut du ciel ont combattu les étoiles,
De leurs orbites elles ont combattu contre Sisara.
Le lorretU de Cison les a balayés, Le LorriMit de Qadès a foulé les cadavres des forts. Alors les sabots des chevaux battaient le sol, Au galop, au galop de ses coursiers!
]\Lmdissez Méroz, a dit l'ange de lahvé,
Chur^^^z do malédictions ses habitants,