‹ L'avenir du christianisme: Le passé chrétien; vie et penséeChapitre 71 sur 102 · HOSÉE · texte numérisé non relu

HOSÉE

grès. Originaire du royaume dont il voudrait conjurer la ruine, Hosée nous apparaît d'abord comme un politique patriote. L'Assyrie grandit à l'horizon ; malheur à qui ne prévoit pas le châtiment prochain ! Il n'est que temps, pour le roi et ses grands, de se repentir et de faire pénitence ; il n'est que temps de refouler l'idolâtrie: ses autels s'étalent, non plus seulement à Dan, à Béthel et à Galgala, comme au temps d'Amos, mais encore à Sichem, à Thabor, à Samarie et sur les monts de Galaad ! L'alliance égyptienne vaut l'alliance assyrienne, — qui ne vaut rien : l'essentiel est d'apaiser lahvé en changeant de vie.

Carlahvé estboncomme lahvé est saint : il oublie les îautes de ceux qui l'aiment. S'il est le Dieu de la droiture, il est aussi le Dieu du pardon : aussi sévères sont ses exigences, aussi prompte sa miséricorde ; il est prêt, même à prendre les devants (2, 14); mieux encore que la justice, c'est l'amour qui définit Dieu.

Mon cœur se retourne en moi, et toutes mes compassions s'émeuvent...

Je ne donnerai pas cours à mon ardente colère, je ne détruirai pas de nouveau Ephraïm ; car je suis Dieu et non pas homme / [11, 8-9.]

Comme lelahvéisme s'est enrichi dans l'âme du prophète; comme il pousse au fond de l'âme humaine ses

Sur Ilosée et Amos, cf. les commentaires des « petits prophètes [Nowack : Dt^ Kleinen Propheten. Gôttingen, 1897, etc.]; Hartung. Der Prophet Amos. Fribourg, 1898: Lagrangc. Revue Biblique, 1892, 203.

plus tciulros, ses plus lointaines racines ! Ilosée montre en lahvé le Dieu de la miséricorde et de l'amour.

On sait comment le prophète s'achemina vers cette croyance. Trompé par sa femme, il puise dans son amour la volonté du pardon; il l'appelle, il la presse ; qu'elle veuille seulement lui revenir, et le passé est oublié, le crime aboli. Dans son âme ravagée, son esprit se retourne alors vers cette autre prostituée qu'est Israël ; à la lueur de Tambur qui Tétreint, il croit entrevoir un autre Amour, qui est Dieu. Et sa pensée trempée de larmes s'exhale dans ces chants où tressaille déjà la douceur de TEvangile. Deus carilas est, dit saint Paul, et saint Jean répète à ses « petits enfants » : « Aimezvous les uns les autres. » Par son accent, la prophétie d'Hosée annonce, mieux qu'aucune autre, la prédication de Jésus.

Ecoutez les paroles de lahvé, enfants d'Israël,

Car lahvé a un procès avec les habitants du pays.

Parce qu'il n'y a dans le pays ni vérité ni compassion.

Ni connaissance de Dieu.

On se parjure, on ment, on tue,

on vole, on commet l'adultère ;

ils font violence, et le sang versé touche le sang versé î

c'est pourquoi le pays sera dans le deuil.... [4. i-3.]

Repentez- vous, et vous serez sauvés!

Faites vos semences selon la justice,

moissonnez selon la miséricorde ! [10, 1%]

Je prends plaisir à la piété et non au sacrifice, 6.]

à la connaissance de Dieu, plus qu'aux holocaustes. [6,

nosKE 239

Et je n'oublie pas que j*ai appelé mon fils de l'Kpfvpte !

Comment te délaisserais-je, Ephraim ; [11, d.]

te livrerais-je, Israël ?...

Mon cœur se retourne en moi

et toutes mes compassions s'émeuvenL

Je ne donnerai pas cours à mon ardcrït*' intM^r

je ne détruirai pas de nouveau Ephraïni,

car je suis Dieu, et non pas homme !

Au milieu de toi est le Saint

et je ne viendrai pas dans ma fureur ! 11. ! 8-10-|

Je serai la rosée pour Israël :

il fleurira comme le lys,

il poussera ses racines comme le Libait.

Ses rejetons s'étendront,

sa gloire sera comme celle de l'olivier,

et son parfum comme celui du Liban» 14, 0-7,j^

Un contemporain de Ilosée, et son émnlo, ocrupaît alors la première place dans le royaume dn Juda. Vin lui s'incarne le génie hébreu. En lui scml*le revivre Moïse. Tout ensemble conducteur de peuple ctnpntre, Isaïe fait prévaloir dans le peuple élu la Un eu l;jhve î le plus illustre des Prophètes semble en avoir élO aussi le plus heureux -.

* Cf. Kautzsch, loco citatOy eSO*». La prédication il ITr>.s!-i> n%>hlmt aucun succès.

* L'activité d'Isaïe s'encadre assez exactement H ci ns \n st^^onUi? moitié du viii« siècle : il a certainement assislt> aux iirnx ^'rîïiii^s de 735 et de 701 ; il nous dit lui-mùmc qu'il a éU- fi|i|ii^1r guir IVwty

Isaïe, fils d'Amots, appartenait à Tune des grandes familles de Juda. Un jour — c'est lui-même qui le raconte, — il eut une vision.

« Dans Tannée de la mort du roi Ozias, j'ai vu le Seigneur assis sur un trône élevé, sublime ; et les pans de son manteau remplissaient le temple^ Des séraphins se

lors de la dernière année d'Azanas (Ozias), c'est-^-dire, sans doute vers 749. [Une légende juive, que nous atteignons à une époque très tardive dans VAscennon d'Isàîe, assure qu'il mourut martyr. ]

Le Livre d* Isaïe est. une collection de poèmes qui résument et condensent l'enseignement du prophète. On peut le diviser en trois parties : la première [1-12] s'adresse exclusivement à la naUon Israélite : 1 parait dater d'Ezéchias ; 2-5 de Joatham ; 6 d'Ozias ; 8-9» 6 d'Achaz ; 9, 7-10, 4 de Joatham ; 10, 5-11 d'l!:zéchias ; la plupart des poèmes de la seconde partie [13-27] sont intitulés massa de lahvé [ma^sa = parole solennelle, oracle] et concernent les nations étrangères ; cette seconde parUe n'a pas l'homogénéité relaUve de la première; il en est de même de la troisième [27-39] : les poèmes qu'elle contient et l'épilogue en prose qui la termine [36-39] se rapportent, semble-t-il, à la crise de 701 et à la fin du règne d'Ezéchias : 28, 1-5 est antérieur à 721. — La plupart des savants s'accordent à penser que la fin du livre[40-66] n'a pas notre Isaïe pour auteur. Plusieurs, depuis quelques années surtout, lui disputent certaines pièces des chapitres 1-39 : autant qu'on en peut juger,les passages 13, 1-14, 23; 15, 1-16. 12 ; 19, 16-25; 23, 15-18; 21, 1-10 et 24-26 seraient en effet inauthentiques. Les chapitres 6-8, 1-5, 20 et 28-30 formaient peut-être le livre primitif, composé par un des amis du prophète et de son vivant. lYo/re livre daterait d'après l'exil.

Isaïe donne sa forme parfaite au discours prophétique : « accuser le peuple coupable, le menacer d'un châtiment, l'inviter au 7^epenHr, lui annoncer \e jour du jugement , promettre aux justes les biens messianiques », [Condamin : Isdie, p. 8]. tel est le schème sur lequel il modèle le plus souvent sa pensée. — Elle s'exprime sous la forme poétique que donne à la phrase le paraZlélisme des membres : c'est un rythme "qui résulte et d'une certaine symétrie des idées, et de la symétrie des mots: tantôt -les

ISA'lE 241

tenaient devant lui. Ils avaient chacun six ailes : de deux ils se couvraiélit la face, de deux se recouvraient les pieds, des autres ils volaient. Leurs voix se répondaient; ils s'écrièrent :

« Saint, saint, saint est le Dieu des armées : toute la terre est pleine de sa gloire ! »

A ce cri les portes tremblèrent sur leurs gonds, vï la maison fut remplie de fumée. Et je dis : « Malheur à mni 1

mêmes mots se répètent [parallélisme synonymique], ianUd lu môme pensée revient [p. synthétique], tantôt elle se nunnoi? d'une opposition [p. antithétique,], et tantôt elle se dévelojjpi^ s'éclaircit ou se démontre [p. analytique]. Le parallélismi^ l'st exceptionnellement associé à la rime, i\ l'assonance, à l'ail il ^'^ition et au jeu de mots. — La forme poétique d'un texU- ^M encore en rapport avec des syllabes accentuées et des divisions strophiques. Selon M. Bickell, a le vers hébreu est composr rPun nombre déterminé de syllabes disposé de telle sorte qu'une sylhiljL' accentuée alterne régulièrement avec une syllabe non acceiWiuV. Le vers le plus souvent employé est le vers de sept syllabrs, Lîa syllabe accentuée est tantôt la première, tantôt la second»* », \Ve\i. \i\ 62]. Selon le P. J.-K. Zenner, « les strophes d'un ]>ut nvL* se succèdent dans cet ordre : la strophe {!), dont la dimciiHuri varie de 3 ou 4 vers, à 7, 8,40 vers et au delà, est suivie d'unriidlistrophe symétrique (11). Après la strophe et l'antistrophe \lonl une strophe intermédiaire (IH, appelée alternante par Zcniter}, composée de parties symétriques entre elles... l'uis de iuuiveau, strophe et anlistrophe. Si le ])oème est plus long, la j^rrii-^ se continue dans le même ordre [Gondamin : Le Livre (rhaif*^ 1905, p. vHi-ix. — Gondamin a appliqué ce sy.stème de Z^'oijrr dans sa traduction ; c'est d'elle .que je me suis servi]. J[ ïnu\ ajouter que ces théories sont encore très contestées. Quant ù mm style, Isaïe « mérite d'être placé au tout premier rang. D'ïinin's ont pu l'égaler par moments ; aucun ne l'a dépassé, i.MM'rin même ne s'est maintenu constamment à sa hauteur. 11 rst U^ maître et le modèle incontesté... Le style, dans sa simplicH<\ i-sl riche et coloré : les images surgissent et se succèdent avci: u\w variété et une justesse admirables. Peut-être pourrait-on rchivfr

IG

242 t^A. RELIGION JUIA'K

je suis perdu : car je suis un homme aux lèvres impures; j'habite au milieu d'un peuple aux lèyres impures; et c'est le Roi lahvé des armées qu'ont vu mes yeux ! Et l'un des séraphins vola vers moi, de sa main il prit sur l'autel avec des pinces une pierre brûlante ; il en toucha ma bouche et dit :

« Vois, ceci a touché tes lèvres :

ton péché est été et ta faute effacée. »

Et j'entendis la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je et qui ira pour nous ? »

Et je dis : « Me voici, envoie-moi ! » Et il dit : « Va, et tu diras à ce peuple... » [6, 1-9].

le caractère un peu brusque des transitions; mais il convient à ce propos de ne pas oublier que nous avons affaire à des ejjtraits ou à des résumés plutôt qu'à des ouvrages écrits d'une façon continue... La langue dans laquelle est écrit le livre d'Isaïe peut à bon droit, grâce à sa pureté, être présentée comme l'hébreu classique entre tous » [Gautier. 1, 425].

Un fait précis accroît la difficulté de l'étude qu'on en doit faire. <( Comme les exemplaires hébreux étaient autrefois écrits sur de petits rouleaux ou feuilles qu'on mettait les unes sur les autres, et dont chacune faisait un volume, il est arrivé que l'ordre de ces rouleaux étant changé par hasard, l'ordre des choses a été ainsi transposé » [Richard Simon : HisL cnt. du Vieux Test. I, ch. iv, cité par Gondamin, xi]. On a souvent essayé, à propos d'Isaïe, de Jérémie, d'Esdras,... de discerner ces transpositions acciden-

telles.

La bibliographie d'Isaïe est immense. Indépendamment des ouvrages généraux cités «wpra p. 215. n., consulter Condanûn : op. laud.; Gheyne : Introduction to the hook of Isaiah. London, 1895 ;'r/ie Book of the propKet I. 1898 ; The book of the prophet 1. : critical édition of the hebrew text. Leipzig, 1899 ; Driver : Isaiahy his life and times, 2- éd., 1893. London; Duhra : Bas Buch lesaia, 2« éd. Gôttingen, 1002 ; Le Hir : les trois grands prophètes, haie, Jérémie, Ezéchiel, 1877. Paris; Marti : Bas Buch lesaja. Tubingen, 1900.

LE DEVOIR PRESEiNT 243

Ainsi lahvé tirait aujourd'hui Isaïc delà cour, comme naguère Amos de derrière son troupeau ; et, comme Amos, Isaïe prêchait le peuple et le roi, leur ditUuil leurs devoirs présents, leurdévoilant leurs espérances dernières.

Aujourd'hui, c'est le péril assyrien qu'il faut conjurer. Il menace, bientôt il emporte le royaume d'IsruLl. Que fera Juda pour échapper à la mort? Se confier en lahvé, répond Isaïe, et mériter sa protection ; se délier à la fois de l'Assyrie et de l'Egypte, les deux colosses prêts à s'entre-dévorer. Une alliance nationale nvec l'étranger implique une alliance religieuse, donc une apostasie .

Avant tout, il faut obéir à lahvé. Au début du règne d'AchazS Samarie et Damas entendent contraindre Juda à combattre avec eux l'Assyrie : Isaïe commande la prudence ; que Juda s'enferme tout dans les murs de Jérusalem, et la victoire est assurée. Mais Achaz eroit plus habile de recourir à l'Assyrie. Alors, heureux du prétexte qu'on lui donne, Tiglath-phalasar III accotirl, écrase Damas, réduit Israël à la condition de vassal, et Juda à la condition d'Israël : Achaz doit aller h Damas rendre hommage au vainqueur ! Achaz croyait s'être fait un ami; il s'était donné un maître.

Ezéchias succède à Achaz; il est aussi pieux quAchaz était impie ; il témoigne à Isaïe la plus grande déférence, sans toutefois le suivre toujours. Voici que

* Vers 735.

Sennachérib lance ses durs soldats contre Jérusalem ^ : Ezéchias a trempé dans la coalition de l'Egypte et de Babylone contre Ninive malgré l'avis d'Eliakim, l'ami irhiiïi! ; c'est le ministre Sebna qui Ta, cette fois, importé. Les Assyriens ravagent Juda, emportent ses ffirirn^sses, campent sous les murs de la capitale. Tout seïiiblo perdu. Mais Isaïe relève les cœurs, annonce la vieil fire : lahvé est plus fort qu'Assour. Et lahvé ratifie la promesse de son prophète: Sennachérib doit « se ruliror après avoir vu son armée en grande partie dOlruite par un fléau mystérieux ^ ».

EnltJiiilcz donc la parole de lahvé, railleurs, rnaîlres de ce peuple qui est à Jérusalem !

Xom dites: nous avons fait un pacte avec la mort, ui^e conveittion avec le Ghéol ;

lu lit an décliainé passera sans nous atteindre :

uuvïh nous sommes fait du mensonge un abri, cl de la perfidie un refuge !

(Teril pourquoi le Seigneur lahvé dit ceci :

î'ni mis pour fondement en Sion une pierre,

une pierre éprouvée, pici're angulaire, d'un grand prix, solidement fondée ; qui ^*y fiera n'y chancellera pas ! [28, 14-d6].

Kl la ibule de tes"ennemis sera comme une fine poussière, la foule des tyrans comme la paille qui vole.

K\ il arrivera que soudain, tout d'un coup, |iur lahvé des armées tu seras secourue,

' Vors 701.

' Ijaulier : op. laud., 1, 389. Smith, dans Ilastings, II, 490.

PUISSVNCE DU SAINT d'iSUAEL 245

avec tonnerre, fracas, bruit terrible,

avec ouragan, tempête et flamme d'un feu dévorant !

Il en sera comme d'un rêve, vision de la nuit,

de la foule des nations qui combattent Ariel (Jérusalem),

qui l'attaquent, elle et sa forteresse, et la serrent de près.

Comme celui qui a faim rêve qu'il mange

et puis se réveille, l'estomac vide;

et comme celui qui a soif rêve qu'il boit et puis se réveille, épuisé, languissant :

il en sera de même de la foule des nations qui attaquent la montagne de Sion. [29, 5-8.]

Comme le lion qui rugit,

ou le lionceau, sur sa proie, et contre lequel se rassemble

toute la troupe des bergers, ne se laisse point effrayer par leurs cris

ni troubler par leur nombre . ..

Tel, ïahvé des armées protégera Jérusalem,

il protégera, sauvera, épargnera, délivrera !

Revenez à celui dont un abîme vous sépare, enfants d'Israël ! [31, 4-6.]

Le salut qu'apporte lahvé à son peuple n est pas un salut sans conditions. Isaïe rappelle à ses frères et leur développe renseignement d'Amos : Saint d'Israël, tel est le nom nouveau dont il aime à appeler son Dieu K Il faut qu'Israël fasse pénitence ; sinon la colère divine

t Noter que lahvé retient toujours quelques traits de son caractère primitif de dieu de la nature [Cf. supra p. 496 et i73J.

le frappera sans merci. 11 faut qu'Israël efface son ingratitude et rejette Tidolâtrie. 11 faut qu'il renonce au luxe, à la cupidité, à l'orgueil, aux vaines offrandes, pour pratiquer la justice et respecter le droit.

Cieux, écoutez ! terre, prête Toreille !

c'est lahvé qui parle :

j'ai nourri des fils et je les ai élevés ;

et eux, se sont révoltés contre moi !

Le bœuf connaît son possesseur :

et l'âne, Tétable de son maître.

Israël ne me connaît pas ;

mon peuple ne me discerne pas !

Oh ! nation coupable,

peuple chargé d'iniquité !

Race de méchants,

fils dénaturés !

Ils ont abandonné lahvé,

ils ont renié le Saint d'Israël, ils lui ont tourné le dos. [1, 1-4.]

(La maison de Jacob) est pleine de devins et de sorciers, comme les Philistins ; elle pactise avec les étrangers !

Sa terre s'est remplie d'argent et d'or, ses trésors sont sans nombre ;

sa terre est remplie de chevaux, et ses chars sont sans nombre ;

sa terre s'est remplie d'idoles :

devant les œuvres de leurs mains ils se prosternent, devant le travail de leurs doigts î [2, 6-8.J

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