REPROCHES DU SAINT D ISRAËL
lahvé se lève pour accuser, il est debout pour juger son peuple ;
lahvé entre en jugement avec les anciens de son peuple et ses chefs :
Vous avez dévoré la vigne; la dépouille du pauvre est dans vos maisons.
Pourquoi avez-vous écrasé mon peuple et broyé la face des pauvres? [3, 13-15]
Que me font vos nombreux sacrifices ?
. dit lahvé.
Je suis rassasié des holocaustes des béliers
et de la graisse des veaux gras.
Le sang des taureaux et des boucs,
je n'en veux pas !
Néoménies, sabbats, assemblées solennelles, je ne supporte pas le crime avec la fête !
Vos néoménies et vos fêtes, je les déteste ; elles me sont à charge ; j'en suis las !
Recherchez le bon droit,
secourez Topprimé ; Rendez justice à l'orphelin,
défendez la veuve !...
Sion sera rachetée par la droiture; et ses convertis par la justice ! [1, 11-17 et 27.]
Garlahvé est miséricordieux autant que juste : comme il continue Amos, Isaïe reflète Hoséc :
si vos péchés sont écarlates,
ils seront blancs comme la neige ;
248 I.A REUGIOX JUIVE
s'ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine. [1, 18.]
Voilà le progrannnie d'Isaïe pour les circonstances actuelles: programme politique, programme religieux ^ et moral, ils se rejoignent et s'appuient Tun l'autre. Et voici l'avenir que sa foi présage : il est plus splendide, mille fois, que ne l'annonce l'humilitc présente de Juda ; il est plus nouveau ^, surtout, pour les Juifs, qu'aucun des autres enseignements du prophète.
Assour est le maître du monde ; contre lui, Juda ne
* « Mettant au premier plan la sainteté de lahvé », ïsaïe mit naturellement « en évidence le caractère unique de Jérusalem ». On l'appelle Aviel, la ville de Dieu, et surtout la montagne sainte. L'échec de Sennachérib entoure la ville d'une auréole sacrée, et la croyance se répand qu'elle est à jamais inviolable. Voir la citation, p. 2i4-2i5. — Il est possible que le rôle des lévites se soit accru en même temps que la pompe du culte restauré [II. Chroniques, 29-31].
* Mais il n'en faudrait pas conclure que l'espérance messianique datât d'Isaïe. lahvé a conduit Abraham en Canaan comme il a sauvé Israël de l'Egypte : il ne peut pas agir à l'avenir autrement qu'il n'a agi dans le passé. Et sans doute Israël trahit lahvé et lahvé punit Israël. Mais lahvé se doit à lui-même dç sauver son œuvre, de relever ses enfants. De même, il achèvera son œuvre dans la nature et n'y laissera plus rien subsister de ténébreu.x et de mauvais. Cf. Loisy : Revue d'histoire et de lilié' rature relifjieuses, III, 384. — Ces. croyances se sont fait jour dans des textes, sans doute avant Isaïe. Elles se développent maintenant. Si je néglige les textes controversés du Pentateuque et la prédiction de Nathan à David — la date et l'origine de 11. Samuel^ 7. il -16 ne sont pas solidement attestés — je rappelle les promesses d'Hosée*, et j'insiste sur Michée. Compatriote et contemporain d'Isaïe, d'origine plus modeste sans doute, il seconcfe ses efforts et prêche avec force la réforme du cœur : il menace
* i^es oracles nipssïaniqiios d'HosÔP sonl-iU .'inl('Tiours h Isaïo ? 2, 1-."»; 9, 1-7.