‹ L'avenir du christianisme: Le passé chrétien; vie et penséeChapitre 75 sur 102 · LA THÉOLOGIE D ISAÏE · texte numérisé non relu

LA THÉOLOGIE D ISAÏE

toucher du doigt : je veux dire la perversion de Juda, formaliste, débauché, dur et avide, sans intelligence comme sans foi ; et le péril assyrien qui grandità toute heure, qui vient d'emporter Damas, puis Ephraïm : c'est peut-être au même instant qu'ont paru sur la scène Isaïe et Tiglath-phalasarlII. Dans l'ascension d'Assoiir, la foi d'Isaïe discerne sans hésiter leffet d'une volonté de lahvé; et, comme Assour est le plus puissant royaume du monde, c'est donc que lahvé — comme Amos, déjà, l'avait montré — est le roi du mondée Mais voici la nouvelle conséquence que déduit de ce fait la foi du prophète : puisque toute les forces du monde sont soumises à lahvé, Assour peut fouler Juda, il ne peut pas, il ne pourra pas mettre la main sur Jérusalem : Jérusalem est inviolable, car là seulement lahvé est adoré, là seulement il a ses autels, ses fidèles, son Église. Et l'on ne peut pas dire que par là se détériore la spiritualité de la théologie d'Isaïe : ce n'est pas sur des moyens humains que compte le prophète pour sauver la ville sacrée ; au contraire, il les proscrit tous. Seul, de ses seules forces, lahvé. sauvera le peuplé qu'il a élu. Le miracle de 701 certifie cette foi et pare d'une auréole mystérieuse la doctrine du nouveau Moïse 2.

* Smend a écrit quelque part [AlllestamenlL Religionsgech, 206] que l'idée de l'histoire universelle date d'Isaïe.

* Pour plus de détails, voir G.-A. Smith, dans Hastings, II, 489-492.

£§§ LA RELIGION JUH'E

Isiiiii usl mort à temps. Les soixante premières il un ces du VII® siècle voient s'accomplir une surpreuaiilc ajKïistasie. Manassé* et son fils Amon ^ font de lidulâtrie la religion nationale, érigent des autels tuix faux dieux dans le Temple même de lahvé, sacrifient JLMirs ]»ropres enfants à Moloch et font ruisseler le sang iinioci-nt « jusqu'à en remplir Jérusalem d*un bout H lautre ^ » : une furieuse réaction païenne se dt'idiatiav Dans le peuple qu'a sauvé Moïse, la tradilî'in rt-H^irvise de Moïse semble morte à jamais.

lUit^ b i/bsline, pourtant, à survivre en quelques àaics : h I apostasie nationale répond et s'oppose la coiislituliuji d'une Église. Dans une page curieuse, JKaïc amis avoue le découragement qui l'étreint : sa préiliu£ïiîon est vaine, et vaines sont ses prières.

1' .k' vaih r a fermer (mon) témoignage, sceller (mon) ins- IrucUair ]><Mii- mes disciples. Et j'attendrai le Seigneur qui viwUv sa îmc à la maison de Jacob; j'espérerai en lui*. »

Loi'Eiqn l^aïe est mort, les « fils que labvé lui a donn^'^s m <^ <niferment son témoignage » et « scellent a^uw ia^^truLlion » : « le Seigneur cache sa face à la

'* \y. iiok, 23. 2(i.

* ïaalL\ 3, 10-18.

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maison de Jacob » ; ce ils espèrent en lui » ; ils se recueillent dans le silence, et la prière, et le travail. Ils retouchent les vieux écrits qui racontaient l'histoire de Moïse et d'Abraham : peut-être parviendront-ils à rafraîchir la mémoire, à réveiller la reconnaissance de Juda ; en montrant quelle large place la religion de Moïse a tenue dans l'histoire nationale, peut-être parviendront-ils à empocher le divorce de la reh'gion et de la nation, d'Israël et de lahvé.

Justement, voici que lahvé semble exaucer leurs efforts ! Le fils d'Amon, Josias, se révèle peu à peu^ comme un champion déclaré de l'ancienne tradition. Devenu roi à huit ans, il lutte plus énergiquement chaque jour contre les faux dieux. « Il détruit partout les autels idolâtriques, il fait brûler toutes les statues des divinités et répandre leurs cendres, ainsi que des ossements, dans la vallée de Hinnom oij se pratique le culte de Moloch... Il étend môme ses réformes au delà des limites de son royaume, jusqu'à Bethel et Samarie. La dix-huitième année de son règne, il entreprend la restauration du Temple et, pendant les reconstructions, voici que le grand prêtre Ilelcias retrouve dans une chambre du trésor un très vieil exemplaire de la Loi : c'est notre rccension du Deuléronome.

La découverte du vieux livre couronne l'effort royal et porte le coup de grâce aux tenants de l'idolâtrie :

les défenseurs de la tradition sont magnifiquement justifiés ; le prestige de Moïse s'affermit. Le Deutéronome promulgue la loi de l'unîté du sanctuaire :

« Vous détruirez entièrement, ordonne lahvé, tous les lieux où les nations que vous allez déposséder servaient leurs dieux, sur les hautes montagnes, sur les collines, et sous tout arbre vert. Vous renverserez leurs autels, vous briserez leurs statues. . . Vous ne ferez pas ainsi à l'égard de Iahvé,votre Dieu. Mais vous lechercherez au lieu que lahvé, votre Dieu, choisira parmi toutes vos tribus pour y mettre son nom et en faire sa demeure; et c'est là que vous irez. C'est là que vous présenterez vos holocaustes et vos sacrifices, vos dîmes,... vos vœux et vos offrandes volontaires... C'est là que vous ferez des repas devant lahvé.. . Dans ce lieu que lahvé, votre Dieu, choisira pour y faire habiter son nom, c'est là que vous présenterez tout ce que je vous commande, vos holocaustes et vos sacrifices... Garde-toi d'offrir les holocaustes dans tous les lieux que tu verras ; mais tu les offriras au lieu que lahvé aura choisi ^.. »

Surtout, le Deuléronome raffermit l'antique union d'Israël et de son Dieu, et, rappelant Hosée, de l'amour fait le commandement suprême. lahvé aime Israël comme un père son enfant-. Quelles preuves d'amour ne lui a-t-il pas données ?

(( Quel peuple a entendu, comme tu l'as fait, la voix de Dieu parlant du milieu du feu, et est demeuré vivant ? Jamais un dieu essaya-t-il de venir prendre pour lui une

' 12, 2 sq.

- 1, 31;32, 6.— Tous les Juifs sont frèrcs,4^3, 19; 22,2;ctc...

LA RESTAURATION lÂHVEISTE 259

nation du milieu d'une autre nation, par des épreuves, des signes, des miracles..., comme lahvc votre Dieu l'a fait pour vous sous vos yeux en Egypte... Parce qu'il a aimé tes pères, il a choisi leur postérité après eux, il t'a fait sortir d'Egypte par sa présence... pour chasser devant toi des nations plus nombreuses... et te donner (leur pays) en héritage K »

Et quelles preuves d'amour lahvé n'est-il pas prêt à donner encore ? Lorsque Israël l'abandonnera et servira

« des dieux ouvrages de mains d'hommes- ^), « au milieu de ta détresse..., dans les derniers jours, tu retourneras à lahvé ton Dieu... ; car c'est un Dieu compatissant que lahvé ton Dieu ; il ne t'abandonnera pas et ne te détrui-

* 4, 33-38. C'est dans le Deutéronome que se formule le plus nettement l'idée qu'il y a une alliance, un pacte [bcrith, oiafJr^xrJ entre lahvé et Israël. U mentionne trois pactes : 1« celui que lahvé a conclu avec les pères (d'Israël), A, 31 ; 7, 12, c'est-à-dire avec Abraham, Isaac et Jacob, 1, 8 ; 6, 10, lorsqu'il leur a promis une nombreuse postérité et la possession de Canaan ; 2» celui que I. a conclu avec Moïse sur le Sinaï (Horeb) et qui est fondé sur le Décalogue ; 3» celui que I. a conclu avec Moïse dans les plaines de Moab, et dont le Deutéronome môme donne les conditions [12-26, 28. — Voir II. Rois, 23, 2-21] et qui insiste particulièrement sur le devoir d'amour [6, 5 ; 10, 12] — L'idée de l)acte entre Dieu et l'homme est tirée de l'idée de pacte entre hommes [types : Gen., 26, 28... et 31, 44... |. Elle s'épanouit, semble-t-il, au moment oii la ruine nationale donne à Israël la conscience qu'une modification survient dans ses rapports avec lahvé : les idées (ïalliaiice et de nouvelle alliance semblent à peu près comtemporaines. L'idée de nouvelle alliance, entrevue par Hosée, 2, 19 ; 3, 1, est formulée par Jérémie, 31, 32 [ce dernier texte atteste la survie de l'ancienne conception du mariage d'Israël avec lahvé dérivant du choix de celui-là par celui-ci: elle est commune îi Moïse et aux Prophètes. NiVw supra, p. 198).

t¥\ LA RELIGION JUIVE

mpiis,., ; il aura compassion de toi, il te rassemblera de nuuvcaa du milieu de tous les peuples chez lesquels Ui\]\ii [ii\ï Dieu t'aura dispersé. Quand tes exilés seraient il roxii'cniité du ciel, lahvé ton Dieu te rassemblera de là, il lia jusque-là te prendre ^ ».

Kl vv souffle d'annour commence aussi de pénétrer les vit'ux commandements que lahvé a donnés par Moïse t'I 4|ti il veut qu'on mette en pratique ^ Il ne suffît plus fk' lu il- ridolàtrie, et de détester Moloch et Astarté et k'^ hauts lieux! lahvé aime l'étranger; Israël a été étranger en Egypte ; Israël aimera l'étranger^ ! Israël a éU' pauvre en Egypte; Israël aimera les pauvres* ! Israël a (*iO ^'^clave en Egypte ; Israël aimera les esclaves !

rt Sî Tun de tes frères hébreux... se vend à toi, il te sorvii'i* six ans, et, la septième année, tu le renverras

^ 4, :\-û[ 6, 1; 26, 16; 29, 29. Qui les met en pratique et suit \n\\\v sfhlient la vie; qui les rejette meurt ; 4, 3-4; 5, 33 ; 8, 19. \\v el nmvi doivent s'entendre, semble-t-il, au sens matériel : les liéiiLMlkduns assurent la prospérité matérielle, 11, 13, sq. ; 8, 7; Z9. '.I. L^( surtout ZS, passim. Voir Buhl (trad. de Cintré) : La SffL'téfi' hruclile d'après V Ancien Testament. Paris, 1904, p. 164.

^ 23, iî^S. — Cf., il est vrai, 23, 3. Sur les gerim., cf. Buhl-Ginîrê, jK Ta et surtout 78 : la naturalisation devient désormais une quoslion religieuse plutôt que politique.

' 15, Uil et 23, 19-20. Remettre les dettes tous les sept ans ; no jïiib exiger d'intérêt, 24, 6 : ne pas prendre les meules en \lii^i^. Tuus les trois ans on recueillera la dîme pour entretenir les jit^KM Tos, 14, 28. —Les mêmes idées sont défendues dès lors \M\v !■ ^r( tilel, 18, 7, 16; le Lévitique, 19. 9 ; 23, 22, 19, 10 ; 23, '^±\vl heut.,2A, 19; Rulh.. 2, 15: Palestine Explor. Fourni, \m\, ÎIHH, les Proverbes, 3, 27. 14, 21 : 22, 9 et Job. 29, 12; 31, Kl, ^ Vuir Buhl-Cintrc, p. 154, 165, 171.

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