‹ L'avenir du christianisme: Le passé chrétien; vie et penséeChapitre 77 sur 102 · DESARROI DE L AME JUIVE · texte numérisé non relu

DESARROI DE L AME JUIVE

les chariots qui bondissent :

les cavaliers s'élancent,

l'épée brille, la lance étincelle!

Une multitude de blessés, une masse de morts,

des cadavres à l'infini !

On trébuche sur des cadavres !...

Quiconque te verra, fuira loin de toi

et dira : « Ninive est détruite ! » [3, 1-7.]

Mais Ninive n'est pas seule à menacer Juda : l'Egypte et la Chaldce ressuscitent! Il faut que lahvé les contienne! Et c'est l'objet de la prière que lame ardente d'Habacuc* lance vers le ciel !

Jusques à quand, Tahvé, t'implorerai-je sans que tu m'entendes?

crierai-je vers toi à la violence, sans que tu me délivres?

N'es-tu pas dès le commencement lahvé, mon Dieu, mon Saint?... 12; 3, 2.]

ton œuvre dans le cours des Ages, fais-la revivre ! [1, 1-

Hélas ! son âme frémit de douleur : l'avenir qu'il prévoit lui annonce l'implacable jugement du Seigneur, la ruine de Juda submergé parBabylone.

* On s'accorde à placer Habaciic un peu après Nahum, alors que Babyione supplante Ninive (606) et, par la victoire de Karkemish [604] établit sa domination sur TAsie orientale. — Peutêtre la péricope, 1, 5-11, n'est-elle pas contemporaine du reste du poème (Gautier, I, 628 J. — [11 est assuré que le chapitre 3 est un psaume, d'époque postérieure, qu'on rapprochera des psaumes 68 et 90]. — « Par son style, Ilabacuc se place très haut parmi les écrivains héhreux. La pureté et l'éclat de son langage conduiraient plutôt à le classer parmi les auteurs du vni" siècle si les circonstances historiques le permettaient » [Gaulier. T. 630.]

204 LA IIELIGIUX JriVE

(Le Chaldren) savanoe au larji^e sur la terre

pour s'emparer de demeures qui ne sont pas à lui.

Il est terrible et formidable...

ses chevaux sont plus légers que les léopards,

plus agiles que les loups du soir;

ses cavaliers chevauchent fièrement :

ils voleront comme l'aigle fond sur sa proie...

ils amassent les captifs comme du sable. [1, 6-9.]

Quelques uns abandonnent franchement les illusions nationales dont llabacuc cherche à se bercer encore : ils acceptent, et ils proclament, la nécessité du jugement, et c'est dans le lointain avenir qu'ils reculent l»i résurrection de l'Israël nouveau. Sophonie^ chante la colère de lahvé : rien n'efface h ses yeux les crimes de Manassé et l'apostasie de Juda.

•Te détruirai tout de dessus la fiice de la terre, dit lahvé î...

Et j'étendrai ma main sur Juda,

et sur tous les habitants de Jérusalem ;

et j'exterminerai de ce lieu le reste de lîaal,

le nom de ses ministres en même temps que les prêtres,

et ceux qui se proternent sur les toits

devant l'armée des cieux,

et ceux qui se prosternent en faisant serment à lahvé...

et ceux qui se détournent de lahvé !...

* Sophonio est conlomporain de Josias, d'IIabacuc ot do Jéréniie. 11 sort, semhic-t-il, comme Isaïe, d'une grande famille : l)eut-être éJait-il api)arent6 à la famille royale. Son poème (dont il faut distraire, sans doute, 2,4-15) a peut-être été directcMuent inspiré j)ar AFégiddo. La langue de Sophonio n'a ])as la i)ureté, son style n'a pas l'éclat du style, do la langue d'IIabacuc.

JÉUÉMIE 265

Silence devant le Seigneur lahvé !

Car le jour de lahvé est proche ! [1, 2-7.]

D'une voix plus puissante, plus impitoyable et plus émue tout ensemble, Jérémie ^ annonce à son tour la nécessité des catastrophes suprêmes : son àmc en deuil salue dans Babylonc, bourreau d'Israël, le juste instrument de lahvé. Appelé malgré lui à ce ministère odieux, Jérémie se révolte parfois contre la force qui le dompte et le pousse ; mais c'est en vain qu'il supplie. La justice du châtiment s'impose à sa conscience: pour nombrer les crimes de Juda,

* Sur Jérémie, cf. une belle page de Valeton [Manuel de Ghanlepie, 2261-

Jérémie, fils d'Hilkija, originaire d'Anathoth [à une heure et quart au nord-est de Jérusalem], a exercé son long ministère de quarante années, depuis 526 environ jusque vers 580. 11 a appuyé les réformes de Josias, et, depuis Megiddo, 608, il a assisté impuissant à la ruine progressive de sa patrie, préchant en vain l'abdication nationale et la conversion des cœurs. (l'est à partir de 604 qu'il commence décrire, sitôt qu'apparaît, menaçante, Babylone.

Les problèmes littéraires que pose le livre de Jérémie peuvent être répartis en deux groupes. A. Quel est le rapport du texte hébreu au texte grec ? Le texte des Septante est plus court que le texte des Massorétes d'un huitième environ : il supprime surtout certains mots, certains qualificatifs, certaines formules, parfois quelques péricopes (les phis longues qui soient omises ne dépassent jamais une demi-douzaine de versets). L'ordre des chapitres diffère ici et là : les oracles contre les peuples étrangers [46-51 du texte hébreu] sont intercalés par les Septante au milieu du chapitre 25; l'ordre dans lequel les rangent les Septante [Elam, Kgypte, Babylone, Philistins, Hdom, Ammon,Gédar, Damas, Moab] ne semble pas intentionnel, taiulis que les Massorétes semblent passer consciemment de l'ouest A l'esf [Egypte, Philistins, Moab, Ammon, Edom, Damas, Cedar, Elam, Babylone |.

Jcrémie n*a qu'à passer en revue les perfections de lahvé, et qu'à se remettre en mémoire la doctrine de Moïse et d'Elie, d'Amos, d'Hosée et d'Isaïe. Créateur et maître absolu du monde S lahvé est partout, il

Il semble que le texte grec doive être préféré au texte hébreu ; et que le texte grec soit l'œuvre d'au moins deux traducteurs [1-28, 29-51 1, ayant chacun son vocabulaire, assez neUement reconnaissable [Workman : The text of Jeremiah... Edinburgh, 1903 ; J. Thackeray dans le Journal of theol. Studies, 1903, 255 ; Duval : Le texte grec de Jérémie. Revue Biblique, 1903, 394; Gautier : op. laud., I, 501]. — B. Quelle est l'origine du recueil que nous appelons le livre de Jérémie ? M. Duhm [Dos Biich Jeremia, 1901], y distingue trois parties : 1-25, prophéties authentiques de Jérémie, écrites sous ses yeux par son ami Baruch ; 26-29 et 32-45, écrits personnels de Baruch ; écrits anonymes divers, 30-31, 46-52 (la lettre du chapitre 39 serait authentique).

Ces trois parties ont sans doute été réunies après l'exil. Beaucoup défendent l'authenticité de 30-31. — Les chapitres 2-6 semblent être antérieurs à 622.

Le livre de Jérémie comprend des poèmes [le tétrastique est sans doute la forme fondamentale de leurs strophes] et des récits historiques. Les poèmes sont de longs anathèmes; la lecture en est parfois monotone. Les récits historiques se rapportent aux catastrophes où disparaît Jérusalem. Gomme écrivain, Jérémie semble très inférieur à Isaïe. « Il n'y a pas chez lui cette puissance, cette grandeur, cette variété, cette richesse de pensée et de forme qui caractérise Isaïe comme orateur et écrivain... La langue que parle Jérémie est aussi moins pure » ; le développement est parfois d'une surprenante prolixité. Mais la lecture est souvent très attachante : ce prophète de la malédiction est bouleversé, et semble parfois révolté par l'atroce mission qu'il remplit; son àme frémit dans ses anathèmes. — Sur Jérémie, outre les ouvrages généraux et le livre de Duhm cité plus haut, cf. Erbt : Jeremia und seine Zeit. Gôttingen, 1902, etCornill : Die melrischen Stilcke des Buchs Jeremia. Leipzig, 1901; Dos Buch Jey^emia. Leipzig 1905.

' 32, 17 : 1, 5: 18, 1-10: [19, 10]. — Cf. Kautzsch : loco ci/a/o,

sait loiilj il pnjVQÎL toiii^ j vX la m^jjt'HLé du son Hvrn'est pas pÏ!is gr^Tiirk.^ que sa conrlcsceïulanre eL sa bonté"^ : il ninrîU^ vTr-^imcnt d'iMni* appclt'^ ïc Pèrev Israël rn .sait quelipie cliosc : ïrcsL-cr pas lafivé qui l'a tire du désert ot lui a donné Canaan M' Mais ce lahvé toiit'puissant et tout bon a de rigoureuses exigences morales : il veut ^obéissance^ la Odélilé et la justice^, la pureté', la loyauté*, la bonté, \c^ bonnes œuvres ^ il !^e moque des sacHHces ;

je nVii pas parlé à vus péreâ et je ne leur ai pas duiirié de conimaadements en niatiéï'c d'holoeauî^tos et de sm-iillcf^s, le jour iiù je les ai fnih sortir du pn^iys dEfrypte !.., Mais ils nn m'ojitpiis éeonté, ils n'ont pas prêté l'oreilie, tls ont raidi le cou. [7, 22. 26] [rf, 7. i/J

Delà, le cluUimcïit, la ruine, la d<5portalion d'Israël en Babylonie!

* 17, iÈ: 32, n:37.

"* 1, 7: 3, li, 12: 31, 20. Voir DeitithoFU 4.31 : Xûmhrea.l^, 13.

* 3, iy. ft Va moi j(ï fUsais : Où Ir iilar-rfli-ji^ pnrmi laos enfants'?..* Kt j'ai dît : Vous m'a|ipflloreK inoii pciv, cl vous ne cesserez pas de me suivre. *? Civi ij iidn*ss(^ iuix sonls L^ruclil+^s, — Cf. 2, :2, fi. 7 ; 11, 4: 16, 14: 32, SI. — Ct KîiTilsrsrli : hco citatOy (1S4K

•'• 7, 2:i. — Il l'sîg*.' rtïissi la confiance vî^-iVs i^s ilr lui, 17, 7.

" 5, 1; 6jï; 21, 12: 23.5, 15, 13,

26B LA BELIGIOxX JUIVE

Mais, disait-on, s'il voulait frapper Israël, pourquoi attcintlre Josias ? Comment concilier avec la mort du roi h Mégiddo la justice de Dieu ? — Au nom de laliv^j, Jércmie donne deux réponses.

h Lève-toi (lui dit un jour le Seigneur), et descends à la maîstni du potier, et là je te ferai entendre ma parole. Jo descendis à la maison du potier; or, il faisait son ouYragc sur des roues. Et le vase qu'il tenait manqua, ooninic il arrive à l'argile dans la main du potier, et il refit lin autre vase, comme il plut au potier de le faire. Et In piuule de lahvé me fut adressée en ces termes :

cwt-i'c que je ne puis pas vous faire

comme a fait ce potier, maison d'Israël ?

Ce que l'argile est dans la main du potier,

vous Têtes dans ma main, maison d'Israël. [18, 3-6.]

Et Jérémio répond encore, à lui-même comme aux autres :

(Tu) fViis miséricorde en mille gé'nérations

et (tu) ])aics le salaire de l'iniquité des pères 29.]

diins le sein de leurs enfants, après eux ! [32, t8] [cf. 31,

Au reste, sa pensée frissonnante ne s'arrête pas sur Tangoissant problème; son effort tend à faire accepter de SCS frères la volonté de lalivé : qu'ils veuillent subir la servitude, qu'ils réforment leurs cœurs, qu'ils espèrent en l'avenir!

Kn expiation de ses crimes, — et sans môme tenter la lutte, — le royaume de Juda doit donc porter le joug de Babylone. Jérémie le prêche hautement : il appa-

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