FIN DE LA CAPTIVITÉ
lèvent aussitôt les peuples qu'elle a opprimés, Elamites. Aryens, Sémites ; Israël suit leur exemple et partage leur bonheur. Comme il s'est appuyé sur ceuxlà et a honoré leurs dieux, Cyrus s'appuie donc sur celui-ci et fait ses dévotions à lahvé. Un an après la prise de Babylone, il publie l'édit suivant :
« Ainsi dit Cyrus, roi de Perse : Tous les royaumes de la terre, lahvé, Dieu du ciel, me les a donnés, et il m'a ordonné de lui bâtir unïemple dans Jérusalem, qui est en Judée. Qui parmi vous est de son peuple? Que son Dieu soit avec lui et qu'il monte à Jérusalem, qui est en Judée, et qu'il bâtisse le Temple de lahvé, Dieu d'Israël, le Dieu qui est à Jérusalem. Et tous ceux qui resteront, dans quelque lieu que ce soit qu'ils habitent, que les habitants de ce lieu les aident en argent, en or, en secours de toute sorte et en animaux, avec les dons volontaires pour le Temple de Dieu, qui est à Jérusalem » (IL ChroUy 26, 22; I. EsdraSy 1, 1-4).
En conséquence, plusieurs caravanes s'ébranlent qui ramènent les Juifs dans leur patrie : les deux plus importantes sont conduites par Schech-bassar et par Zorobabel ^ Mais les captifs trouvent, à leur retour, la place prise : Cyrus n'a pas dépossédé les propriétaires venus en Palestine après la déportation. Beaucoup de Juifs, qui connaissent ces circonstances,
xôs m {359-338), Darius III Godoman (338-331). — Les listes de Esdras, 2 eiNéhémie, 7 paraissent très peu homogènes, le chiffre 40 000 sans valeur. Il y eut sans doute un grand nombre de peUtes caravanes.
n'ont pas voulu abandonner la Babylonie : ils y ont souvent fait le commerce et amassé de grosses fortunes. Zorobabel et ses émules ne peuvent guère rasst'mMer qu'un petit nombre de croyants. Et voici que leur exclusivisme religieux les oppose aux Juifs restés iiu pays après la conquête : ceux-ci se sont alliés aux familles qui ont pris en Palestine la place des émigrés de lîabylonie. Si l'on parvient à restaurer le Temple, la nul ion morte ne ressuscite donc pas; le schisme qui la divise en deux moitiés s'exaspère plutôt qu'il ne s'atténue^; les émigrés rentrés reprochent à leurs frères d'avoir épousé des étrangères. Les influences araméenness*exercent avec force dans tous les domaines VX c'est en vain que les deux prophètes Haggéeet Zacliarie retrouvent l'inspiration d'Ezéchiel, réchauffciii la piété, raniment le zèle pour les sacrifices et la foi en lahvé : la reconstruction de Jérusalem n'avance pas, et la « nouvelle alliance » ne fleurit pas davantage. U y a vraiment quelque chose de mort en Israël. C'est alors que Néhémie entre en scène- : son rôle est considérable. Echanson d*Artaxerxès à Suse, il a appris d'Hanani son frère la ruine de la ville saillie ; il part, muni de lettres officielles ; il repousse les attaques, il déjoue les ruses de Moabites et des Arabes. 11 lutte avec la môme énergie, avec le même
' La vitalité des groupes familiaux (familles, tribus), n'étant j>h[fl menacée par l'intensité de la vie municipale locale, s'est iictTiihiée durant la captivité.
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bonheur, contre les magistrats prévaricateurs et contre les créanciers trop pressés. 11 surexcite à ce point l'énergie de ses compatriotes, qu'en cinquante-deux jours les murs de Jérusalem sont finis.
Alors commence son œuvre religieuse. Il organise avec le concours d'Esdras des séances solennelles où la Loi est lue et commentée : la lecture sacrée se poursuit durant les sept jours de la fête des Tabernacles; le peuple confesse publiquement ses fautes, et avoue que Toubli de la Loi a été la cause de ses malheurs; « puis on procède au renouvellement de l'alliance de Dieu... Un instrument du nouveau pacte est dressé et signé par les principaux Juifs : Néhémie figure en tôte de la liste». On célèbre ensuite, très solennellement, la dédicace de la ville sainte : deux chœurs, partis du même point, se retrouvent après avoir fait le tour des murailles, se rencontrent devant le Temple, y font leur entrée en grande pompe. L'Église d'Israël est enfin constituée, telle à peu près que la rêvait Ezéchiel.
Protégée contre les influences idolàtriques par les observances rituelles qu'elle multiplie et qu'elle impose, elle traverse sans encombre le temps de la très douce domination persane. Néhémie et Esdras matent rudement les récalcitrants, dissolvent les mariages mixtes, chassent Joïada, le fils du grand-prctre EHasib, qui a épousé la fille de Sanaballat. Ils obligent dix-huit prêtres, dix lévites et quatre-vingt-six Israélites à renvoyer les femmes étrangères qu'ils ont épousées. Et
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È^ans doute aussi confirment-ils la communauté naissante en classant les parties, et en fixant le texte des vîeuxlivres qui racontent Tœuvre progressive de lahvé. Ils organisent le nouveau sacerdoce des docteurs [soferùn] qui vont prêcher et expliquer la Loi dans les syiiagogues : ainsi est conciliée avec les besoins des communautés locales le principe d'unité du sanctuaire. Israël se recueille dans la paix et dans la foi : il se console de sa liberté perdue en méditant l'histoire morveilleuse des Prophètes, de Moïse et d'Abraham.
Les méditations morales et religieuses d'Israël à lY^poque perse ont donné naissance à une littérature qui diffère nettement de la littérature antérieure*. « Tandis que les anciens Prophètes adressaient directement leurs discours au peuple. . . , les nouveaux docteurs évitèrent de se produire en public et ils présentèrent leurs enseignements à leurs contemporains sous l'aulorité de noms universellement vénérés... C'est pourquoi tous les livres de cette époque sont anonymes et pscudépigraphes. Et ces auteurs inconnus pratiquent le pastiche avec une singulière habileté : leurs écrits Bont composés comme s'ils s'adressaient aux contem-
* Sur l'histoire juive durant la période perse — période très nbî?cure, — cf. indépendamment des ouvrages généraux, supra^ ]k ;î83. n. Dans ce paragraphe, j'utilise les notes d'un cours de M. Giraud, professeur au grand séminaire de Bordeaux.
LES PROVERBES Sgg
porains dès grands hommes dont ils porlml, Ir lifrc; mais les leçons contenues dans leurs dîsi nijï-s <^oiit choisies de telle sorte qu'elles convienne lit tN'S spécialement aux contemporains de l'auteur vériLnhlc^. >î Les problèmes 'les plus graves de la thcoJogh^, dt* la philosophie et de la morale sont agités tour h («njr ■ on les envisage le plus souvent d'une manirn^ jihslnuip qui contraste singulièrement avec les formi^s m ilinnirr^ de la vieille littérature juive. Avant l'exil, la Inuisrendance de Dieu s'affirmait dans les poèmes cn-^niùlogiques, la Providence dans les histoires, la ]>rcs( icnt p dans les prophéties, l'utilité et la nécessite de I;i prirm dans les narrations où on la montrait exaih Tr, Aprïs l'exil, ces questions sont envisagées dans h:ur ahsiniction philosophique. Les Proverbes attribués i\ Sn [union et \qs Psaumes attribués à David sont les di ux nionn* ments les plus significatifs et les plus famonx dt» loiH<^ cette littérature.
Le livre des Pro\)erbes n'a aucune unité- : r'i\^t xm
*. Labourt. Les partis politiques en Judée [lierfn' rîu Clerijiî français, 1" septembre d902].
* Le livre des Proverbes peut se diviser en cinq luiPiiî^z^ : L Un poôme qui chante l'éloge de la Sagesse et en prôili*' la piiillqiji^ 1, 7-9 ; — 2. Une collection de « maximes de Saloni'*n i , 10 23. 16; — 3. Deux petits recueils de « paroles de .si^y:'^^ », S3. 17- 24, 34; — 4. Une seconde coUecUon de « maximes iJ*/ SuhniKni recueillies par les hommes d'Ezéchias, roi de Juda m» 25 29 : — 5. Un appendice. On peut croire que les deux c(tlLwlînf)s fiHribuées à Salomon ont été formées environ le ntèrnr Icmpa, ri. qu'elles ont été combinées ensuite parle poète miMix' qui c^crtvH 1-9 [les petits recueils des «paroles de sages «.ay^u il scmhhïblL* origine, ont été cousus au premier recueil salomorni'M. nvant
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l'cciit'il de pensées groupées sans art, réserve faite des iHHïf ])remiers chapitres; ceux-ci constituent un poème liurnnjjjène, dont l'auteur s'identilie parfois avec la Sagesse personnifiée. Cette fille du ciel est supposée (îcBrrnd're parmi les hommes,; elle raisonne comme on ferait au ciel sur ce qui se passe sur tefre : fiction qui dniinr'*^ Tôuvrage un tour très dramatique. Nous voyons sniis nos yeux les méchants ourdir leurs trames et les justes régler leur vie d'après les lois de la conscience. !.e plus curieux, c'est que le poète anonyme paraît
qiip t rluî-ci ne fût réuni au second]. Il est vraisemblable que l(Mili> ces collections datent de l'époque perse.
Mitis [[ est possible que les maximes elles-mêmes — ou du Hitihi^ UEL certain nombre d'entre elles — remontent avant l'exil. Li* iMvmîer livre des Rois, 4, 32, assure que Salomon avait prouniïvv :iUOO maschals (le mot inaschal, que nous traduisons par piûtetlte signifie proprement comparaison^ et par dérivation inanimé], La poésie gnomique, très populaire en Orient, y est Hi'L* Hiiriîj doute de très bonne heure. Il n'y a pas de raisons pour siîïî[K'rlcr le témoignage de I Rois, 4, 32; il est même vraisembUilile t\\iQ\t& Proverbes nous ont conservé des maximes authenlîc[tiL's il« Salomon [cf. Prov., 25, 1]. Mais on ne saurait marquer k^MïiirHus. L'ensemble du livre ne saurait remonter à ce roi : im n y souffle mot de l'idolâtrie, on y fait l'éloge de la monoi^innii' fl4, 1 ; 18, 22], on y personnifie la sagesse et la folie ; on y liHjiive plusieurs titres [cf. supra\y il est évident que notre ts'Jîte est une compilation.
Le slyle a un caractère spécial, qui est en rapport, sans ilisuttN avec le genre littéraire auquel appartiennent les Prolerhes ■ ils sont énoncés, le plus souvent, en dfstiques. —Le texte ^H'c et le texte hébreu présentent d'assez notables divergences ; Ir grt'r nous a conservé parfois des maximes authentiques que li'nrit [tus retenues les Massorètes [ainsi 11, 16 ; 27, 20, 21]. Cf. Ui\^y. Le livre des Proverbes, Paris. 1890 ; A. Mttller etE. Kautzsch. fho Itoo/t of Proverbs, Leipzig, Hinrichs, 1901. Cf. aussi Wilde^i UiLT, U'j:, Frankenberg, 1898^ Toy, 1899.