‹ L'avenir du christianisme: Le passé chrétien; vie et penséeChapitre 96 sur 102 · LA CONVERSION DU MONDE · texte numérisé non relu

LA CONVERSION DU MONDE

dessiller tous les yeux : la preuve est faite que « hors % lahvé, il n'est point de Dieu ! »

Assemblez-vous, venez, approchez ensemble,

survivants des nations !

Ils ne savent rien, ceux qui portent une idole de bois,

et supplient un dieu qui ne sauve pas !

Parlez, exposez, oui, consultez ensemble!

Qui jadis a publié cela ?

Qui autrefois en a parlé ?

N'est-ce pas moi, lahvé,

et nul autre Dieu, si ce n'est moi ?

De Dieu juste et sauveur il n'en est point que moi ! Tournez-vous vers moi, et vous serez sauvées, vous toutes, régions extrêmes de la terre ! [45, 20-22].

La nouvelle Jérusalem apparaît, radieuse, abritant dans son enceinte toutes les nations du monde.

Réjouis-toi, stérile, qui n'as pas enfanté ; [mères !

entonne un chant de joie, toi qui ignores les douleurs des Car les fils de la délaissée sont plus nombreux

que les fils de celle qui a un mari, — dit lahvé ! Sur un plus large espace dresse ta tente,

déploie les peaux qui t'abritent!...

Car tu t'étendras à droite et à gauche ;

et ta race possédera les nations

et peuplera les villes désertes !

Ne crains rien, car tu ne seras pas confondue... .Car tu oublieras la honte de ta jeunesse...

Car ton époux, c'est Celui qui t'a faite,

son nom est lahvé des armées.

Et ton rédempteur est le Saint d'Israël ;

n s'ap])elle le Dieu du monde entier! [54, 1-4]. Dclïout ! sois radieuse! caria lumière se lève : tic In gloire de lahvé c'est pour toi Taurore, l;i ndis que les ténèbres s'étendent sur la terre

id l'ombre sur les peuples.

Voici sur toi l'aurore de lahvé,

cl sa gloire sur toi se manifeste,

d les nations marchent à ta lumière,

les rois aux clartés de ton aurore.

Lève les yeux, regarde autour de toi, {itus iU s'assemblent, et viennent à toi! [60, 1-4]*.

lit maintenant le prophète s'adresse au « Serviteur de ïuhvé » [Ehedr-Iahvé^]. Tantôt le Serviteur semble être

' Voîi* aussi les psaumes 47 et 138.

- J.c serviteur de lahvé est nommé dans Isdie, 42, 1-4 ; 49, 1ii :&0.4-9 ; 52, 13-53, 12. Ces quatre passages appartiennentà deux phi^^Eici^ : le premier [49, 1 ~ 51, 16 (-f 42, 1-9, après 49, 1, (rfip'"*'* Condamin)] chanta l'œuvre dn Serviteur, Libérateur d'Isvi\\A et Lumière des nations : le second [52, 13-53, 12) chante ses souffrances et sa mort. On y voit tantôt une personnification iI'I&imM : tels, les rabbins [targum de Jonathan], Wellhausen, S(iiilt\ Marti, Gornill, Budde; — tantôt un individu: pour Ewald et Diiîsni, c'est un martyr contemporain de Manassé; pour Sellin, /uKfliahel ou Jéchonias ; pour Bertholet, Eleazar ; pour la plu- \\\\v\ des catholiques et plusieurs protestants [Volck. Theol. LUh'siihtMatt, janvier 4902], c'est le Messie Jésus; — tantôt on jjiUnrî (|uele prophète avait en vue le peuple d'Israël (sens litlri:+l). mais que l'oracle s'est accompli parfaitement en Jésus- (;iHi-.l [Davidson, Driver]. — Les tenants du sens collectif invoi|iJr[it les habitudes de la pensée Israélite à l'époque exilienne f'i (l!*s passages comme 41, 8-40, 42, 18. Mais tout le monde est trn (Titrai que des textes comme 53 ne comportent que le sens nnliviiliiel [Loisy. R. H. L. R. 1898, 84]. Le poète répète à satiété (|iii'. A le Juste meurt pour les autres, « il n'y avait point d'injiitaïu^i' m ses œuvres » ; aurait-il ainsi parlé d'Israël ? Kt n'est- . n i^îLs iibsurde d'imaginer qu'un Juif voie dans les désastres infligi^*i par les nations à Israël l'expiation par Israël des crin^es

LE SERVITEUR DE lAHVE 313

la personnification de l'Israël nouveau, apôtre du monde :

...toi, Israël, mon Serviteur,

Jacob, toi que j'ai élu ; race d'Abraham, mon ami,...

toi que j'ai tiré des régions extrêmes de la terre

et appelé de ses plages lointaines ; à qui j'ai dit : tu es mon Serviteur,

je t'ai élu et je ne t'ai pas rejeté :

ne crains rien, car je suis avec toi ; point de regards inquiets, carje suis ton Dieu... [41,8-10].

Sourds, entendez !

aveugles, regardez, voyez !

Qui est aveugle, sinon mon Serviteur?

Qui est sourd comme le messager que j'envoie ? Qui est aveugle comme mon familier, sourd comme le Serviteur de lahvé? [43, 18-19].

Tantôt rimage se nuance de traits si précis, qu'on croit y voir apparaître une Personne mystérieuse dont

commis par ces nations ? Du reste, 53, 8 dit expressément : le Serviteur est mort « pour le péché de mon peuple » ; c'est donc pour Israël que le Serviteur a expié, non pour les nations ; comment donc le Serviteur serait-il identique à Israël ? — Quant à la Personne désignée, il semble qu'on y doive reconnaître Jésus. Cf. Luc, 1, 31 ; Apoc, 13, 15 ; Mt, 23, 37; Jo, 17, 5 ; 10, 16 ; Mt, 12, 18-21 ; 3, 17, 16; 28, 19; 26, 28... D'après Delitzsch : Mes^ianische Weissaffungen, 1899, 163, le chapitre 53 « semble écrit sous la croix du Golgotha » ; de l'aveu même de Renan [Histoire cl'Israëlj III, 484], il s'y trouve « des teintes qu'on dirait prises par avance à Jésus ». [d'après Condamin. Op. laud., 324-344].

Sur le messianisme à l'époque perse, cf. encore les psaumes 22. 40, 47, 67, 85, 89, 138 [Lagrange, Revue Biblique, 1905. 50, 53, 53,196, 197, 201].

les souffrances expiatoires doivent sauver tous les hommes.

(Le Serviteur) a grandi devant (ïahvé) comme un rejeton,

comme le jet d*une racine sur un sol aride,

sans grâce, sans éclat pour attirer les regards,

et sans beauté pour plaire ;

Méprisé, rebut de l'humanité,

homme de douleur et familier de la souffrance

devant qui on se voile la face,

méprisé et, à nos yeux, néant !

Mais il a pris sur lui nos souffrances

et de nos douleurs il s'est chargé...

et il paraissait à nos yeux châtiés,

frappé de Dieu et humilié.

11 a été transpercé pour nos péchés,

broyé pour nos iniquités ;

le châtiment qui nous sauve a pesé sur lui

et par ses plaies nous sommes guéris....

lahvé a fait tomber sur lui

l'iniquité de nous tous !

Il était maltraité et lui se résignait;

il n'ouvrait pas la bouche,

comme un agneau qu'on porte à la boucherie,

comme la brebis muette aux mains du tondeur... !

Par un jugement inique il est emporté,

et qui songe à défendre sa cause,

lorsqu'il est arraché de la terre des vivants

et pour le péché de mon peuple mis à mort ?

On lui prépare une tombe avec les impies,

il meurt avec les malfaiteurs ;

pourtant il n'y eut point d'injustice en ses œuvres,

et point de mensonge en sa bouche ;

mais il plut à lahvé de le broyer par la souffrance.

LE SERVITEUR DE lAHVE 315

S'il offre sa vie en sacrifice pour le péchés

il aura une postérité, il multipliera ses joyj.s^

en ses mains l'œuvre de lahvé prospérera!

Délivré des tourments de son âme, il le verrn ]

ce qu'il en connaîtra comblera ses désirs.

Le Juste, mon Serviteur, justifiera des multiludi^s*

il se chargera de leurs iniquités ; [luiles ;

c*eât pourquoi je lui donnerai, pour sa p.irl. des inulli-

il recevra des foules pour sa part de butin :

parce qu'il s'est livré à la mort,

et qu'il fut compté parmi les pécheurs,

tandis qu'il portait les fautes d'une multitude

et qu'il intercédait pour les pécheurs^ [53, 2-12J^

La conquête messianique n*est pasré^disro quand meurt le second Isaïc. Malgré cette déceidioiu mal^^ré les péchés d'Israël qui retardent toujours le jour du Jugement, le rêve de la conquête du monde |>ar lahvé ne meurt pas dans l'Église qu'a bâtie Nr!i<Vmîc. Il so trouve toujours des prophètes ^ pour le chauler.

Voici que je crée des cieux nouveaux une terre nouvelle....

* Il semble que, chez certains Juifs aa moins» llilùe di^ mnf' franco soit demeurée associée à l'idée messianiqni'[rr H. Juslîii. Dialog. cum Tryphone, 89].

* Isaïe, 56-66 n'a certainement pour auteur ni lo pivniier id lesecond Isaïe. Les poèmes qu'on y trouve sont [iu^^i liâmes quo sont étincelants ceux des deux grands prophèt(.;> di' runivft*!>iilisme ; ils s'inspirent d'un réalisme apocalypliqm.' in':^ th'I qui tranche fort sur les idées du secondisaïe ; ils rrjiminhnl rùnu' ilf% saint Irénée. Il est possible que leur auteur soit lui atrui cl mvnm prophète contemporain de Néhômie ; il est posslhlf^ qulls aok-iiL l'œuvre de plusieurs prophètes.

Voici que je crée Jérusalem pour l'allégresse,

son peuple pour la joie !

Jérusalem sera mon allégresse,

et mon peuple, ma joie !L65, 18-19].

Il se trouve toujours des prophètes pour évoquer les souvenirs du passé et supplier lahvé d'achever son œuvre :

Tu as été favorable à ton pays, lahvé,

Tu as ramené les captifs de Jacob... !

Rétablis-nous, Dieu de notre salut...!

Oui, son salut est proche de ceux qui le craignent,

et la gloire habitera dans notre pays.

La bonté et la vérité vont se rencontrer,

la justice et la paix s'embrasseront ;

la vérité germera de la terre

et la justice regardera du haut du ciel * !

* Psaume. 85.

COMPARAISON DE LA RELIGION JUlVC AVEC LES RELIGIONS PAÏENNES

On a conduit l'histoire des religions païennoii oL de la religion juive jusqu'à la veille du jour ofi lu Pcrau cL Carlhage vont tomber sous les coups de la ^ iivc e €l de Rome : l'époque syncrétiste commence alors. Arretonsnôus un momentpour comparerces religions liiue aver l'autre. Onn'entend pas, àce propos, esquisycr une Lhcorie générale des religions ; on veut seulemeiiL^ a<^ Leaaiit sur le terrain des faits, noter les caractèj us propres des deux développements religieux qui ont [^rcc6flc et préparé le Christianisme. A suivre cette méthodi', on sti met en état de mieux comprendre la Révoltiiion religieuse * où ils se sont tous deux transformés el confondus.

* On en trouvera le récit au tome II du présent livre.

Quatre traits se retrouvent, identiques, dans les religions païennes et dans la religion juive.

La divinité est conçue comme une force très grande : Égyptiens et Sémites, Grecs et Romains et Juifs adorent en Horus, Rà et Amon, Anou et Mardouk, Zeus, Mars et lalivé des êtres plus puissants que l'homme ^

Cette force est conçue comme produisant les phénomènes naturels : Égyptiens et Sémites, Grecs et Romains et Juifs acceptent ce qu'on peut appeler la croyance au dieu-fonction. lahvé agit dans la nature aussi bien queRâ ou Gabou, Samas ou Sin, Gaia ouTcllus^

Cette force est conçue comme protégeant le groupe social : Egyptiens et Sémites, Grecs et Romains et Juifs acceptent ce qu'on peut appeler la croyance au dieupatron. lahvé est le protecteur local d'Israël, comme l'est Amon de Thèbes, Mardouk de Babylone, Athéna d'Athènes, Jupiter Capitolin de Rome.

Cette force veut être honorée ^ : de là l'organisation dco cultes, des sacerdoces, des théologies. Égyptiens et Sémites, Grecs et Romains et Juifs inventent des liturgies, dont le sacrifice est le cœur, et les prêtres les célébrants ; plus avance l'histoire et plus distincte

* D'où le caractère anthropomorphique des croyances.

* D'où le caractère obligatoire des cultes.

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