L ORIGINALITÉ JUIVE
été tuée par lui dans les ruines de Jérusalem : il se servait ici de Moïse et là de Nabouchodonosor ; il agissait également lors du passage de la Mer Rouge et lors de la déportation en Babylonie. Et les Juifs croient encore que l'avenir de leur nation répondra à son passé ; le Dieu d'Abraham et de Moïse relèvera la hutte de David et les murailles de la ville sainte ; c'est l'honneur de son nom qui l'exige. Et les Juifs soupçonnent enfin que l'histoire de l'humanité est parallèle à l'histoire d'Israël : appelée par Dieu, l'humanité s'est révoltée contre lui, les nations seront punies par lui et finalement se convertiront à lui. Il arrive même que la perspective nationale et la perspective mondiale se confondent : le même Serviteur de lalivé expie les péchés d'Israël et porte la lumière aux nations. — Un fait exprime avec force ce caractère historique de la religion juive : aucun dieu païen n'a éveillé dans les âmes une foi aussi profonde, aussi ardente, aussi tenace que la foi suscitée par lahvé dans Vâme juive ; où trouver ailleurs qu'en Israël cette lignée de Prophètes qui flagellent le peuple, flétrissent le présent, rappellent le passé, lisent dans l'avenir la conquête du monde ? Et je remarque combien les désastres de son histoire soulignent l'ampleur infinie de ses espérances : quel peuple fut jamais aussi foulé, démembré, lacéré que le peuple juif ^ ? Aujourd'hui les Païens sont maîtres; lahvé est maître de demain.
* En général, les progrès d'un dieu suivent les conquêtes de son peuple.
Et sans doute les religions païennes se rapprochent en certains points particuliers de la religion juive. Les idées qui caractérisent le monothéisme hébreu se retrouvent éparses dans les religions égyptiennes ou sémitiques cL dans les doctrines qu'inspire TOrphisme : unité, sainteté, transcendance de Dieu, eschatologie, théorie du. la sagesse, théorie d'une faute originelle. Le fait est certain. Ce qui est aussi sûr, c'est que ces hautes idées voisinent ici et là avec des obscénités ou des inepties, qu'elles ne sont jamais parvenues à se dégager <Ic cette gangue ou de cette fange, et que rhistoire juive atteste, au contraire, un progrès doctrinal nettement marqué. Ici, agitation trouble ; là, marche ^âre^. Lors même quelle emprunte, l'âme juive transforme profondément ses emprunts. Le rapport (les religions païennes et juive jusqu'au temps d'Alexandre se détinit d'un mot : divergence.
* Notfïr qiifis de la crise cananéenne [lahvé sera-t-il conçu t'ûmm? Baaïj, lahvé, grâce aux Prophètes, est sorU vainqueur. Quel eatle diou païen qui n'en représente pas plusieurs autres?
Préface vu
Introduction a l'histoire du « Passé chrétien » xi
Bibliographie générale 1