I. Même volume, pp. 178 et suiv
L AVENIR DU PEUPLE CANADIEN-FRANÇAIS ] g
tablement pour cela des choses qu'on ne peut croire si on ne les a point vues. Les courses qu'ils entreprennent ; les fatigues qu'ils essuient ; les dangers auxquels ils s'expo" sent; les efforts qu'ils font passent tout ce qu'on peut imaginer. Il est cependant peu d'hommes moins intéressés, qui dissipent avec plus de facilité ce qui leur a coûté tant de peines à acquérir et qui témoignent moins de regret de l'avoir perdu. Aussi n'y a-t-il aucun lieu de douter qu'ils n' entreprennent ordinairement par goût ces courses si pénibles et si dangereuses. Ils aiment à respirer le grand air, ils se sont accoutumés, de bonne heure, à mener une vie errante ; elle a pour eux des charmes qui leur font oublier les périls et les fatigues passés el ils mettent leur gloire à les affronter de nouveau ».
A propos de cet esprit aventureux de nos ancêtres, l'intendant de la Nouvelle France, M. Duchesncau, écrivait au ministre, en 1O80, que huit cents hommes avaient fjuitlé la colonie pour se faire coureurs des bois.
Le baron de La Hontan, qui passa quelques années au Canada, écrivait à la date du 2 mai 1684 à un de ses parents en France {i), « Vous saurez que les Canadiens ou Créoles sont bienfaits, robustes, grands, forts, vigoii-
I, Voyage! dam l'Amérique seplenirioniih, vol. Il,
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treu-r, efUreprentmts, braces et infattgablet \U ne leur manque i/ae /a connaissance < ibe//es-/eUres. Ils sonl présomptueuj' et rem I p/is d'eii.r-mt^mes, s'estimant au-dessus ï toutes /es nations de. la terre. Le sang < C Canada est fort beau, les femmes y sont gém I paiement belles, les brunes ij sont rares, I sages ;/ sonl eommuneSf et les paresseuses t y sont en assez grand nombre ; elles aiment i \ luxe aa dernier point, et c'est à qui miea^ prendra les maris au piège.
Les faisans g sont à lem
faise, et je souhaiterais une aussi bonne t F, «me « toute notre noblesse délabrée de France^ I Que dis-je païsansf Amende honorable à c V messieurs : Ce nom-là, /iris dans la signiji I cation ordinaire, mettrait nos Canadiens aiL l' champs. Un Espagnol, si on l'appelait oili I geais, ne froncerait pas plus le sourcil, i [ relèverait pas plus Jtèremenl sa moustacha [ Ces gens-ci n'ont /:as tout le fort après toi 1 ils chassent et pèchent librement ; ils t paient ni sel, ni taille; en un mot, i/s s I riches. Voudries-oous donc les mettre en par I fêle avec nos gueux de païsans. Combien t I nobles et de gentilshommes jetteraient à i ipri.r là les vieux parchemins dans le/eal i M, de Bouijain ville, dans im rapport sui t de la colonie préparé quelques aonées]
avant la conquête, s'exprimait comme suit : « Le Canadien est hautain, glorieux, menteur, obligeant, affable, honnête, infatigable pour la chasse, les courses, les voyages qu'ils font dans les pays d'en Haut, paresseux pour la culture des terres.
On est peu occupé de l'éducation de la jeunesse, gai ne songe qu'à s'adonner de bonne heure à la chasse et à la guerre...
Il faut convenir que, malgré ce défaut d'éducation, les Canadiens ont de l'esprit naturellement; ils parlent avec aisance; ils ne savent pas écrire; leur accent est aussi bon qu'à Paris.
En général le commerce en gros et en détail est eœercé par tout le monde. C'est ce qui est cause qu'il ;/ a moins de distinction d'état, et on y regarde comme nobles toutes les familles d'officiers. Les familles qui ont le plus de relief dans le pays sont les plus anciennes ou celles qui viennent du régiment de Carignan, qui passa dans la colonie en iGBqii.
Je termine ces citations par quelques lignes du célèbre naturaliste suédois Kalm, qui visita les colonies anglaises et la Nouvelle-France en 1750. Comparant les Canadiens et les colons anglais. « Je rencontrais dans la Nouvelle-France, dit-il, des conversatiims beaucoup plus satisfaisantes et d'an ordre
i8 l'avenir du peuple canadien-français
plus élevé ; les âmes y sont plus ouvertes aux choses de la science et de l'esprit; les fonc-tîons intellectuelles s'y montrent plus délica-^ tes, les connaissances plus variées ».
II résulte de ce qui précède que le péché mignon de nos ancêtres, était une excellente opinion d'eux-mêmes très justifiée, d'ailleurs, si l'on en croit le témoignage de tous ceux qui les ont connus. Ce trait paraît avoir été depuis longtemps la caractéristique des Français et principalement des Normands. Du Boulay, dans son Histoire universelle (i), rapporte que : « Les Escholiers de l'Université de Paris s'accusaient entre eux, savoir : les Anglais d'être couards et buveurs ; les Français orgueilleux et efféminés; les Allemands colères et obscènes dans leurs repas; lesNor^ mands charlatans et glorieux ». Les Canadiens d'avant la conquête n'étaient pas non plus de grands clercs ; ils ne vivaient que pour l'action et la lutte, comme les chevaliers d'autrefois, qui eux, se glorifiaient de ne pas savoir lire (2).