I. De la réforme sociale^ vol. II
XXII l'avenir du peuple canadien-français
Pendant cent cinquante ans, nos ancêtres ont combattu pour Dieu et pour le Roi, selon l'expression du temps; pendant un siècle, ils ont lutfé pour la conquête des libertés constitutionnelles qui sont Tapanage de tout sujet anglais; et nous sommes devenus, grâce à eux, le peuple de la terre qui a le moins d'entraves. L'Acte de Cession du Canada, en 1761, a clos l'ère des expéditions guerrières et des faits d'armes héroïques. UActe de la Confè-^ dération^ en 1867, a clos l'ère des luttes électorales et parlementaires, moins dangereuses peut-être, mais également vaillantes et patriotiques.
De 1867 à 1894, quel chapitre, quelle page pourra-t-on ajouter à l'histoire de la race française en Amérique ?
« Ils ont crû et se sont multipliés, selon la parole de l'Ecriture ; un certain nombre d'entre eux sont allés féconder de leurs labeurs les villes manufacturières des Etats de la Nouvelle-Angleterre ; les autres sont restés au pays, songeant à s'enrichir, mais ne s'enrichissant guère et s'amusant à des luttes puériles ». Voilà ce que Ton écrira, je le crains.
l'avenir DtJ PEUPLE CANADIEN-FRANÇAIS XXIII
Ce chapitre sera peu intéressant, cette page sera brève.
Le moment était venu, pour nous, de tracer un but grandiose à l'activité de notre race, d'affirmer par une initiative féconde la vigueur de l'esprit français, de marquer la place que nous entendions prendre dans la vie intellectuelle et économique de l'Amérique du Nord. Hélas ! nous n'en avons rien fait, et c'est depuis que la crainte du danger est disparue que le danger réel est apparu.
11 nous a manqué l'action d'une élite intellectuelle, l'impulsion d'une classe dirigeante vraiment éclairée, sainement patriote.
C'est principalement chez un peuple jeune, où tout encore est à créer, que l'existence de cette élite paraît d'une absolue nécessité. Il ne s'agit de rien moins, en effet, que de doimer à des forces nouvelles une direction que rien ne pourra plus changer peut-être. Et c'est pourquoi les hommes qui vont si puissamment influer sur les destinées nationales doivent s'être mis en état de voir haut et loin, tant par des études spéciales que par une expérience approfondie des hommes et des choses. Sinon, ils ne sauront pas dégager la pensée de l'avenir des nuages créés par les questions d'intérêt immédiat.
Les vingt-cinq dernières années ont été pour
XXIV l'avexNir du peuple canadien-français
nous une période néfaste. Xon-seulement nos progrès dans le domaine intellectuel y ont été presque nuls, mais encore il y a eu déchéance au point de vue matériel. La plupart des professions non productrices se sont encombrées dans le temps même où s'achevait la ruine d'un grand nombre de nos producteurs. En outre, la moitié de ces derniers ont quitté notre sol, inaugurant ainsi l'ère de la dispersion. Et voilà enfin que sur ces désastres grandit l'esprit ploutocratique américain, qui menace de subjuguer notre vieille fierté nationale.
Le fait que les ressources de tout un continent sont librement ouvertes à notre activité rend la lutte pour la vie moins âpre. Chez nous, les désastres financiers ont rarement, comme en Europe, le caractère de véritables catastrophes. Quand on sent le terrain s'effondrer sous ses pas, on cherche moins désespérément à s'y maintenir. On ne fait même pas le sacrifice de ses habitudes de bien-être; car on sait, ou on croit qu'aux Etats-Unis, avec du travail, on refera sa fortune. La frontière n'est pas éloignée. Une somme insignifiante permet de s'expatrier.
Cet état de choses, favorable à certains
L AVENIR DU PEUPLE CA^-ADIE^■-rRA^ÇAIS XXV
poÏDts de vue, est cependant préjudiciaLlc à notre prospérité nationale. Il amollit nos énergies, il nous empéclie de prendre des habitudes de prudence. H est cause que beaucoup des richesses de notre sol restent improductives. Ënlin il est pour nous, chaque année, l'occasion d'une considérable déperdition de forces,
L'amour du pays se maintient vivace, en général, au cœur des émigrés, mais le Canada français perd continuellement, depuis vinyt-cinq ans surtout, de cette attraction unique qu'exercent les patries bien défmies et fermées. Pour quelques-uns, déjà, il n'est plus qu'un terrain vague, vaguement aimé où l'on naît, où l'on passe, où l'on revient et qu'on quitte. Par suite, cette fermentation patriotique qui seule soutient et fortifie la vie des peuples devient de moins en moins intense.
Si, au moins, l'attrait que le sol natal n'exerce plus était remplacé dans les cœurs par l'attrait aussi puissant que créeni la communauté des souvenirs historiques et l'unité de race et de langage; si, au moins, le Canadien-français, comme ses ancêtres, les pionniers venus de France, emportait partout, sur le continent américain, sa patrie avec lui !
Hélas! je cruins qu'il n'en soit déjà jilus ainsi.
XXVI l'aVKMH ni' PEUPLE CANADIEN-FRANÇAIS
Prenez deux millions d'individus de mêni race; dispersez-les parmi les nations. Chacui d'eux, qu'il soit Hindou, Chinois, Françaiaj Anybis ou Allemand, s'il est placé dans ceï^ taines conditions favorables au point de ^ hygiénique, social et éducationnel, pourra,^ sans doule, faire souche de citoyens distin-' J guës, peut-être illustres. Car un homme bien | organisé, placé au milieu d'autres hom— 1 mes plus ou moins avancés dans la voie duj progrès, se plie aux exigences nouvelles, i ne reste pas longtemps inférieur, et l'on pcu( ajouter, en nous limitant à l'Europe et à 1'^ mérique, — ni longtemps supérieur à « qui l'entourent. Ces deux millions d'individu^ pourront donc, sans avoir de qualités exceptionnelles, prospérer plus mi^me que étaient restés groupés. L'isolement stimulerai leur activité ; leur situation d'étranger, mettra davantage en évidence peut-être ;1 enfin sûrement leur égoïsme accru deviendrai une force. Mais pour que deux millions d'hom- fl mes unis par les liens de la religion, de la 1 langue et du sang, puissent fonder un peuple et entretenir en eux le sentiment nalio- ]
l'avenir du peuple canadien-français XXVII
nal, source féconde de jouissances et de richesses, certaines vertus particulières leur sont nécessaires. Les citoyens d'origine canadienne-française assimilés, fondus dans la .Grande République américaine peuvent se contenter d'être des hommes d'affaires prévoyants et rusés. Les Canadiens-Français aspirant à un développement autonome ne le peuvent pas. Entourés de populations qu'anime une foi ardente en la grandeur de leurs destinées et que remplit la fierté superbe de la race, nous ne pouvons survivre que si nous sommes animés de la même foi, fiers de la même fierté; car l'ardeur des convictions possède une grande force d'attraction et, devant elle, les croyances vagues et mal définies disparaissent bientôt.
Les historiens d'autrefois assignaient volontiers à chaque peuple une mission spéciale. S'ils acceptaient le libre arbitre des individus, ils aimaient cependant voir la main de la Providence dans les principales étapes de la grandeur ou de la décadence des nations. Des hommes, d'après eux, paraissaient qui étaient \qs Jléaux de Dieu; d'autres venaient chargés
XXVIU l'avenir du PKVPLK r.ANADIKN-FBA.NÇAI
\ de préparer les voies au progrès; des civîK [ ealions disparaissaient, des peuples s'effooj I draienl parce que la Loi avail lité mëconnue l parce qu'ils n'avaient pas suivi la droite voi l el « avaient fait le mal devant le Seîjjneur I D'autres enfin, prospères maltjré leurs crimi f étaient voués à un terrible cliâliment. I Tout ce que nous attriLuons aujourd'hui a [ pxiyences du développement social, a I rigueurs de l'évolution naturelle, k la lutte de L forccsj à la concurrence vitale, n'était, selo r ces écrivains, que la manifeslaiion constant [ de la volonté divine par laquelle les puissant I sont dépossédés et les laihlcs exaltés, de f suprême Justice, parfois tardive, mais imm! I nenic.
I A la lumière de cette loi confiante, l'ceuvi [ de nos pères, qui sont venus planter la croî I sur le nouveau continent, est aussi une man
feslation divine. « Gesla Dei per Francos : P Nous avons été conduits ici, protégés, souti I nus dans nos épreuves afin d'être sauvés f [ l'impiété qui désole aujourd'hui noire mèn I patrie, diraient-ils volontiers.
' Hé Lien, je voudrais que cette opinion un pe : présomptueuse filt encore celle de tous le! ' Canadiens-français. Je voudrais que tous Ie( I descendants des vaincus de 1760 eussent di
leur mission dans le monde une aussi ha
; CANAOIES-FIIAKÇAIS XXIX
idée et qu'ils vissent leur devoir tracé d'en haut par une volonté (éternelle.
Mais quelle est cette mission?
C'est une sorte de dogme consacré par l'Europe entière, que l'esprit français a des qualités incomparables de clarté, de finesse, d'ardeur, de (jénérosité. Notre race semble avoir été choisie pour enseigner au monde moderne le culte du beau, pour en garder et aussi en répandre les trésors. Sa culture élégante, charmante courtoisie, son dévouement inné aux nobles causes, la prédestinaient à ce rôle, auquel d'ailleurs elle ne manqua jamais.
D<^s lors ne s'impose-t-ii pas que notre mission, à nous Canadiens-français, est de faire pour l'Amérique ce que la mcre-palrie a fait pour l'Europe? de transporter et d'édifier chez nous une civilisation sur plusieurs points supérieure à celle des peuples qui nous entourent, de fonder dans ces régions du nord une petîle république un pju alhénienne où la bt^iiulé intellectuelle et artistique établira sa du-meurc en permanence, où elle aura ses pri^lres, ses autels et ses plus cliers favoris?
Tandis que nos voisins, voucG au culle exclusif de l'or, conliiuicront leur né<)nce avidi', nous nous ferons une vie sociale où le afrin/fjier for wealth ne se pourra point acclimaler, où subsisteront les élégances anciennes et
les grâces aimables d'autrefois, toutes les choses généreuses, délicates ou bonnes du passé. L'hospitalité chez nous restera large et sincère comme celle exercée par nos pères, et les femmes, au rebours des manies contempo* raines, préférant demeurer femmes, n'ambitionneront ni les succès du barreau, ni ceux des chaires professorales, ni ceux de l'amphithéâtre.
Mais ce n'est pas tout. Notre mission pourrait être plus grande encore. A une époque où tous les esprits ardents se préoccupent des problèmes sociaux, nous qui possédons presque l'égalité et la fraternité idéales rêvées par les philanthropes, nous, à qui le passé n'a rien laissé à détruire, nous pourrions, en nous éclairant des idées nouvelles d'humanité, de charité vraiment chrétienne, de sage altruisme? échaffauder notre avenir sur des fondements à jamais inébranlables.
Il nous est permis de profiter de l'expérience dos grandes nations; de ne leur emprunter pour les acclimater chez nous, que les produits du progrès bien entendu. L'exemple d'un petit peuple en même temps religieux et progressif, où le bien-être serait général, où l'on ne connaîtrait pas l'abus des grandes fortunes; où Fagriculture, le commerce, la science et les arts seraient également tenus en honneur, ne
LAVSNOt DU PEUPLE CANADIEN-FBARÇAIS XXXI
pourrait-il pas, daas une certaine mesure, être utile à l'humanité? Ne pourrait-il pas devenir, lui-même, un facteur puissaut de progrès?
Ce n'est peut-être là qu'un rêve... Pourquoi pas, cependant ?
Les symptâmes de décadence qui se sont manifestés depuis plusieurs années ne doivent pas nous faire envisager l'avenir d'une manière pessimiste ; car nous avons encore la libre disposition de presque toutes nos forces et noire Lilan reste, en somme, très satisfaisant.
Nous sommes, dans la confédéral ion canadienne et aux Ltats-Unis au nombre d'environ deux millions, presque tous de pure race IVanque et gauloise. Quelques défections se sont produites dans nos rangs; certains des noires, perdus dans des centres exclusivement américains de l'ouest, se sont américanisés, il est vrai; mais en revanche, plusieurs familles écossaises et irlandaises, également isolées dans des centres exclusivement français, se sont francisées.
Nous habilous des terres que nos ancèlres ont colonisées, arrosées de leur sang, el qui sont remphes pour nous de chers souvenirs.
XXXII l'avenir du peuple canadien-français
Notre climat n'est ni le plus beau, ni peutêtre le plus sain du inonde ; mais nous y sommes habitués; il nous convient. C'est un climat rigoureux, qui ne laisse pas les énergies s'endormir, qui ne permet pas aux natures vigoureuses de s'alanguir et de s'affaisser* Sous les cieux ardents du midi, le soleil est un maître inflexible contre lequel l'homme ne se défend que par le repos et l'inertie; nos neiges et nos autans, au contraire, stimulent la force, aiguillonnent le courage, entretiennent les résolutions viriles.
Notre situation politique est, pour le moment, aussi favorable qu'elle peut l'être.
Notre état social repose sur les bases les plus démocratiques et les plus égalitaires. Les quelques familles qui auraient pu prétendre, selon les idées de notre temps, à une certaine prépondérance, se sont appauvries. Tous ceux qui aujourd'hui, se trouvent à la tête de notre société, sont fils ou petitsfils de cultivateurs, de négociants ou d'ouvriers. II n'est aucune famille au Canada, dont quelques membres ne se soient occupés, pendant les dernières générations de travaux manuels; aussi le travail est-il justement honoré dans notre pays. Espérons qu'il ne cessera jamais de l'être.
Nous sommes un petit peuple. Est-ce un
l'aTENIB du peuple CAXADIEN-FRANÇAIS XXXIII
avantage? La question très souvent controversée n'est pas encore résolue.
« Da.is i'ordre Jinal, dit Auguste Comte, /es Etats occidentaux n'auront pas une étendue normale supérieure à celle que nous offrent maiiitenant la Toscane, la Belgique, la Holtaiide. i\ie population d'un à trois millions d'habitants, au taux ordinaire de soixante par hilomètre carré, constitue, en effet, Pextension connenablc aux Etats vraiment libres. Car on ne doit qualifier ainsi que ceux dont toutes /es parties sont réunies sans aucune violence, par le sentiment spontané d'une active solidarité » (i). II est certain que plus les hommes s'nigglomèrent et se yroupeiil eu masses nombreuses, plus les individualités disparaissent, plus les molécules qui constituent les nations sont infimes, plus les activités isolées deviennent. împuissanlcs.
Enfin, nous avons cette précieuse supériorité que la plus grande partie de nos terres ne sont pas encore défrichées, que la plupart de nos ressources n'ont pas encore été exploitées, que nous sommes un peuple jeune desliné à vivre dans un pays neuf. L'horizon est donc vaste ; A toutes les léiplimes amliilions, à toutes les nobles aspirations, à toutes les octi-
). Catéchiame jiMilii'isIe, p. .loî.
I. AVENin ne telple ca.nadikn-français . vités, à toiiles les Ibrees, un cliamp presque ' sans limites est ouvert.
J'ai dit que nous sommes uq peuple jeune. Ne pourrail-on pas prétendre que nous sommes aussi vieux que les grands peuples I, européens, puisque nous ne sommes qu'un ' rameau de la nation française transplanlé sur ' tfn autre sol, puisque nous bénéficions, comme I eux, de l'expérience des siècles passés, puisque nous accomplissons vers le proijrès indéfini, une évolution parallèle à celle qu'ils I ftccomplissent eux-mêmes? Non, car l'œuvre ' du progrès a été interrompue pour nos pères, Une période de guerres et d'agitation près de deux siècles, avec des intervallef remplis par le seul souci de la conservatic et des travaux matériels, nous a empêchés àt vieillir. Les peuples d'Europe ont vécu égali ment au milieu de luîtes incessantes c'étaient leurs combats que nous combattioni en Amérique — mais le mouvement des idées^' , Je progrès des sciences et des arts, n'ont pas été interrompus. Quand les soldats revenaiei de leurs lointaines expéditions, ils retrouvaîei Jeur maison changée pendant cette absenci dilîéreminent ornée, presque toujours emltell lie; car l'artiste et le penseur avaient crééJ 1 pendant qu'eux avaient détruit.
n'en fut pas ainsi chez nous. Apre:
L AVESm DU PEUPLE CANADIEN-FRANÇAIS XXXV
conquête par l'Angleterre, nous sommes restés, tout un siècle, absolument isolés, sans aucun rapport avec la mère-patrie, cherchant uniquement à nous faire une demeure à l'abri des orages. Du concert de la haute civilisation européenne, seules quelques voix affaiblies nous arrivaient qui n'éveillaient presque aucun écho dans nos âmes.
C'est ainsi que nous sommes rcBtés jeunes et que nous ayons, delà jeunesse, la vif[ueur,la sève, l'ardeur, qui nous permettront de re(ja- (jner rapidement le temps perdu, quand nous aurons bien compris le devoir qui nous incombe de manifester en Amérique les ver-, lus brillantes de l'âme fran^^aise.
II résulte, en outre, du fait que notre population a passé tout un siècle dans une paix presque ininterrompue, ne s'occupant qu'à satisfaire des désirs modestes, évitant le surmenage et ne se livrant pas au vertiije des affaires et de la spéculation, qu'elle a amassé, pour les générations futures, un héritage de force et de santé, qu'elle a accumulé des richesses de tout genre. Une famille, tous les pliysiolcgistes semblent d'accord sur ce point, ne peut fournir plus de trois générations d'hommes susceptibles d'une grande activité cérébrale. Ainsi la vie fiévreuse de nus voisins des Elats- L'nis, dont la prospérité nous fait quelquefois
envie, la course vertigineuse à la richesse qui les entraîne, comporte un élément de faiblesse pour l'avenir.
« L extrême passion de la richesse^ dit le célèbre aliéniste Maudley (i), alors quelle absorbe toutes les forces de la vie, prédispose à une décadence morale et intellectuelle, et la descendance de Vhomme qui a beaucoup travaillé à s'enrichir, est presque toujours dégénérée phijsiquement et moralement, égoïste, sa.is probité et instinctivement fourbe ».
Il convient cependant d'ajouter que, dans le grand corps de l'Union américaine, les forces se renouvellent sans cesse et que chaque génération s'infuse un sang nouveau, s'assimile des énergies neuves.
Nous sommes également étrangers à ce mal du siècle dont se plaignent depuis longtemps déjà les hautes civilisations. Nos âmes de croyants n'ont pas encore éprouvé la satiété des jouissances, le désenchantement des félicités rêvées et reconnues inaccessibles. Nous n'avons pas pris le goût amer de torturer notre pensée, pour chercher le sens obs" cur et caché du verbe, de perdre nos imaginations à la recherche d'eldorados mystérieux