‹ L'avenir du peuple canadien-françaisChapitre 20 sur 61 · I.'AVENtn 1ht Ptl l'LE CANADIF.N-KUAK · texte numérisé non relu

I.'AVENtn 1ht Ptl l'LE CANADIF.N-KUAK

l-afiperflu ne prend pas naissance à la canHV rpagne ; JI se diîveloppe d'abord dans les villes, l's'^lend dans les bourys, puis devient général. |i.La lenditnce à l'imilation donne aux mœurs,! L comme aux maladies, un caractère rapidement'! (épidémique.

Ajoutons que le ijoùt du bien-èlre, du com-J ' fort, de l'c'légance n'e8( pas un mal t Lc^r il implique un degré de civilisation plus 3 Lavancé, un certain dévcloppenienl artistiqui '•va affiuemenl des intelligences. El pnis j'avoue 1 Lqu'il me semblerait d'un bourgeoisisme étroit^ I de diinier, d priori, à ceux qui Iravailleot eti produisent un bien-i^lre que nous trouvons! I ahsolumeiil dans l'ordre chez les privilégiés 5 ou moins parasitaires de notre état t^ocial (i). Je préfère ne prêcher que la simple Vprudence. Il faudrait que chaque citoyen b L équilibrer son budget et ses dépenses, qt

appliquiîl à pri^voir les embarras linanciersl ' qui peuvent sur\enir, el qu'il ne vîl pas l'ave-'

I frnvuilleurs, diÉcUreiit t 'par l'tivÈneinenI du uou \ (ttijourd'hui le privilège

. Les Bocistisles, (|ul aniiom'eiil la bonne nouvelle t

lanil^ ne sera pas appMl»sid e, mais que les jouïiSBn l uoinhre, deviendront ci uez riche, dtsenl-lU, t'ïadilB>j| féconde, cl le Iravail de (pub ossurere ii ;49 Joisirg, CeUe croyance n'esl peul-élre qu'une ulopio.-Msis'^ .elle ritpond si bien aui dé&lrs de ceux C|ui aiment rbumantté j qu'elle ï'IjnpoEC u l'inlcUijencc cl à la raisûa.

Ir'iSniimiB manière trop optimîstè. L'extension du crédit, comme je l'ai dit, a été le point de départ de la ruine de la plupart de nos agriculteurs. Cet instrument du progrès économique est un instrument à deux tranchants dont il faut se servir avec une extrême prudence.

Que le spectacle des catastrophes, que les leçons de Texpérience instruisent ceux qui sont portés trop facilement à croire à une .prospérité permanente I II est certain que les cultivateurs, dont le luxe a déterminé la ruine^ ne prévoyaient pas ce résultat, et que les imprudents de l'avenir qui iront expier, dans les fabriques de la Nouvelle-Angleterre, des calculs trop optimistes, un besoin de comfort peu conforme à leurs moyens, ne soupçonnent pas ce qui les attend. Du reste, jamais parole de moraliste ou conseil de pasteur n'aura ù ce sujet le moindre résultat, s'il n'est accompagné d'un exemple général qui ramène la société à des goûts plus humbles.

Il manque aux cultivateurs canadiens-français, en général, ce qui fait le succès de la plupart des commerçants, l'esprit de prévoyance, de prudence, d'ordre et d'économie, qui seul peut conduire au bien-être.

On a parlé souvent de ce millionnaire de New-York, de Boston ou de Philadelphie — on le fait naître un peu partout — qui a commencé

IIO L AVENIR Dr PEIPLE CANADIEN-FRANÇAIS

sa fortune en ramassant des bouts de cigares dans les rues et en vendant des journaux. Gagnant dix sous par jour, il en dépensait cinq ; peu à peu il a acquis un petit pécule. Quand son avoir a été suffisant, il a ouvert une boutique dans un sous-sol. Ses profits se sont accrus, son expérience également ; il a fait des spéculations n'entraînant aucun risque et il est ainsi parvenu à la richesse. Ce millionnaire n'est pas un être imaginaire. Il en existe aux Eïats-Unis de nombreux exemplaires, et s'ils n'ont pas tous ramassé des bouts de cigares, ils ont souvent débuté par des fonctions aussi humbles. L'agriculture, en vérité, ne mène jamais à la grande fortune; mais, dans un pays comme le Canada, elle peut assurer à celui qui prendrait le souci de bien équilibrer son budget et n'abuserait pas du crédit, beaucoup d'aisance et de bonheur.

Quoiqu'il en soit, tous les efforts qui ont été faits au Canada dans le but de répandre ces vérités ou d'autres aussi utiles n'ont pas abouti. Tout ce qui a été dit et écrit à ce sujet n'a pas empêché une seule famille de quitter ses foyers. Les parfis politiques naturellement ne sont pas d'accord. « Vous êtes heureux chez vous, indépendants et libres », disent à nos cultivateurs les adeptes du protectionisme, «et vous allez là-bas servir sous des maîtres.

satine. BJstiônatité peut-être, abandonner votre religion. Vous vous préparez de grands déboires ; vous croyez émigrer dans un pays dont les ressources sont illimitées, quelle erreur ! Le Canada est plus prospère que les Etats-Unis, les Américains le reconnaissent eux-mêmes. » Les libre-échangistes tiennent un langage tout différent. « Vous pourriez être heureux chez vous, indépendants et libres, déclarent-ils, mais un gouvernement aveugle ou malhonnête, sacriGe vos intérêts à ceux de quelques grands industriels. Vous n^avez qu*à ouvrir les yeux : Les produits agricoles atteignent dans la Nouvelle-Angleterre un prix triple de celui qu'ils atteignent au Canada. Les Etats-Unis seraient prêts à nous accorder un traité de réciprocité. Il ne tient qu'à vous, à votre vote, de renverser les barrières douanières qui nous séparent de notre marché naturel. Vous pouvez rivaliser avantageusement, à conditions égales, avec les cultivateurs de l'Ouest américain; car vous pouvez, en huit ou dix heures, transporter vos produits dans les centres manufacturiers de la Nouvelle Angleterre, tandis qu'il leur faut deux ou trois jours. La vie, en outre, est à meilleur marché au Canada que chez nos voisins ; ainsi, tout vous favorisera dans cette concurrence ». Cela paraît très plausible; mais l'agriculteur

L AVE.MB Dl" PEl TLE llANADrE:N-FR,\>"^:AIS

ruiné n'a pas le temps d'attendre, il ne sej iid bie» comple que d'une chose, c'est qu'il] "est pressé par l'usurier dont l'espèce s'esta f excessivement multipliée depuis vingt a I c'est qu'on a déjà intenté conire lui des pro-l Icédures judiciaires ; c'est que l'insomnie est.J lia compagne de ses nuils, et qu'il est malheu— F reux eulin. 11 sait encore que si, dans lesfabrir ques américaines, le travail est ardu, si l'ou- ', Lvrier y est exposé à des clirtmages périodiques, |.U y sera en somme bien rémunéré, el que sa vie,

i la vérité, plus renfermée, moins libre, y 5 F sera dégagée des mille soucis qui la rendent j ['si amère au pays. Il reviendra, d'ailleurs, il ne f 1 part que pour quelques années.

Une crise terrible sévit actuellement aux L-Elals-Unis, plusieurs émigrés out dû revenir f au Canada, elles proleclionnisles triomphent. J I Ajoutons que l'industrie fromagère qui a pris [ r'un grand développement dans notre pays, ' depuis quinze ans et a trouvé un marché

I avantageux en Angleterre, a pu, dans certains

II endroits, ramener une prospérité relative che;^ . ['les cultivateurs dont les terres étaient libreS'l ' d'hypothèques. Malheureusement, elle n'apasJ I suffi à libérer de leurs charges les propriétés

qui étaient obérées.

Que nous sommes loin de cette époque de vie aventureuse et libre où les Canadiens se croyaient le premier peuple du monde, et, quand ils étaient lassés des travaux de l'agriculture, s'organisaient en partis d'explorateurs et s'en allaient sur les lacs et les fleuves, à travers les vastes solitudes, traiter avec les Indiens construire des forts, fonder des établissements, ou découvrir des territoires inconnus ! Reconnaîtraient-ils leurs descenddants, ces fiers pionniers, dans ces pauvres gens, qui s'en vont, mornes et humiliés, frapper à la porte d'un chef de fabrique ou d'usine de la Nouvelle-Angleterre?

Mais que les émigrés conservent au fond de leur cœur cette fierté qu'ils ont en apparence abdiquée, ce courage qui jamais ne les a abandonnés, cette fidélité au souvenir de la patrie qui soutient l'âme dans les épreuves, et des jours meilleurs s^ lèveront pour eux, quand, au sein des générations nouvelles, la foi pitriotique en l'avenir et en la mission du peuple canadien-français aura fait éclore des pensées gîMiéreuses, des initiatives fécondes.

I Il4 I-'AVE.NrB or PEt PLE CASADIEN-FRANÇAIS

I La fondalion lie l)anques agricoles à un taux p d'intérêt de trois ou quatre pour cent, la pro- L mulgatioii de lois riyoureuses contre l'usure, I la formation de sociétés de colonisation prati- Ki|ues, et surtout la conclusion de traités de r commerce propres à ouvrir des marchés t. avantageux à nos produits, toutes ces me I rcs, si ou les adopte, pourront faire heaucoiip I pour enrayer les progrés de l'émigration et f ramener au pays nombre de jeunes gens dont Lia carrière n'est pas encore entravée par l'of liligation de soutenir une famille. Mais /apla" W pnrt de ceux qnî sont partis depuis trente Watts ne reoiendront pas dans la province de I Québec. Il nous faut donc considérer désor~ W.mnis, quand nous songeons à l'avenir, que la L Face canadienne- française est, d'ores et déjà, wparlagée entre deux nations, a Juré allé~ mffeance à deux drapeaux différents, et que m^/ies frontières politiques nous divisent en K^deux fractions de peuple, I De notre arbre national, un rejeton se trouve ■transplanté dans nn champ voisin. Il faut fpie ■ ses racines reslent unies à celles du tronc [dont il a été détaché et que la croissance ne Efassc qu'enchevêtrer et joindre leurs rameaux Kidans une m^me végétation.

I Huit cent mille, quelques-uns disent un l- million, des nôtres ont quille l'héritage pater-

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, wo^»o plotdt qu'As l'ont agrandi, et faisons en sorte que cela soit. Ils recommencent la lutte pour la vie dans des conditions humbles et subordomiées. Nous qui conservons l'ancien patrimoine familial, travaillons à Tembellir, pour qu'ils en soient fiers et que cette fierté les rende fidèles à son souvenir. A leur tour, ils prospéreront — [un bon nombre d'entre eux, déjà, ont su triompher des circonstances adverses et se faire une situation enviable] — et nous pourrons, nous aussi, nous enorgueillir des résultats et de leur énergie de leur activité. Nos frères des Etats-Unis regrettent de nous voir consumer nos forces dans ces luttes stériles et ridicules de la politique et, peu à peu, ils se désintéressent de notre vie nationale. Il manque entre eux et nous un élément d'activité commune.

A nous. Canadiens de la province de Québec, qui conservons le dépôt des archives du passé et veillons sur les tombes des ancêtres, d'entretenir un foyer de patriotisme si ardent que ses rayons pénètrent partout; de nous nourrir d'espoirs si fermes que tout le corps national en soit vivifié ; d'élargir notre horizon et d'assigner un but si élevé à nos efforts que tous les regards puissent s'y fixer !

Un même sentiment national doit unir tous les descendants des 65,000 vaincus de 1760.

L llC l'aVKNIK br l'El l>LE CANADIEN-FHAM^AIS ■

I Notre patrie a pour cenire les horda du Saint-fl I Laurent, berceau de notre race; elle peut sV'-'I

■ tendre parinut où hat un cœur de Canadien- J I Français désireux de se rapprocher de ceS 1 centre. Le» liens de rare, de relirjion, de sou-l W venirs, sont mille fois plus forts que tous Ie»fl

■ t liens politiques; les mis et les autres sontl K d'ailleurs parfaitement compatibles; notre all&-fl m geance à lui drapeau n'exiye de nous le sacH-^ E fice d'aucuns seulimeiits. I I Déjà quelques-uns de nos frères émigri's I B ont oublié le nom français et n'ont pas ensei-'J r- gné à leurs fils la langue qu'eux-raèmcSjJ

■ avaient apprise sur les genoux de leur mère, M 9 Ils ont cédé à un concours de circonstances^ I défavorables, et leur nombre, heureusement, 'fl f est encore très restreinl. Le damger est iatUl I niment plus grand pour les Canadiens émigrés 4 l.aux Elafs-Unis qu'il ne l'a jamais été pour .' I nos pères ; ils n'ont pas ce stimulant: l'hostt^j b'iité incessante d'une autre race — les Amé-.-M

■ rîcains leur sont, Hympathique? — ils n'ont paft I 1 cette force de résistance que possédaient leafl I anciens Canadiens, ils ne sout pas propriétai-l |.res du sol. Deux choses seulement peuventfl L les sauver, la foi et la fierté : la foi en la reli- ■ I gion de leurs pères, la foi en l'avenir de leurfl I race, la fierté du nom français. Cette foi, cette V I fierté, c'est nous qui devons l'eulreleuir chez M

]li;'é<r: Axinjc' CANÀDiEH-rRAnçATS 117 eu\. Hélas ! depuis de longues anut^es, les échos des bords du Saint-Lnureiit ue redisent guère aux émigrés que la gloire dus « illustres tribuns»; les journaux du pays natal ne leur apportent le plus souvent que des comptesrendus de vispeeches » ou des colonnes d'injures à l'adresse de tel ou tel. 11 faut à l'avenir que, lorsque l'émiyré portera sa pensée vers la province de Québec, elle lui revienne pleine d'orgueil et de salisfaclion, qu'il songe à venir terminer ses jours dans l'ancienne patrie, qu'il y envoie étudier ses enfants, qu'il mette son ambition à posséder un peu de son sol.

Les Canadiens partaient autrefois de la Nouvelle-France pour aller fonder des établissements dans les territoires aujourd'hui occupés par les Etals-Unis ; nous verrons bientôt, je l'espère, dj jeunes Canadiens des Etats-Unis s'organiser pour venir fonder des établissements dans les déserts de la Nouvelle- France.

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