I. Fichtc. « Reden an die deutsche Nation », p
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Uais i[ n'en est pas ainsi, Tâme a également! fces hesoins, et si on la prive des aliments aux-« E<]ui'ls elle est habituf^e, elle s'alaiiguit et s'aC-' [. faisse.
Avec la langue d'un peuple, c"es( tout un [pass^ (]ui s'efface; il se fait une inierruplionl [dans la civilisation de ce peuple, dans la civi-l ^ lisalinn qui lui est propre, dans la marche de f
culture. « Les changements de re/igîoi
let de langue étouffent la mémoire deik
l'vhoses (i). » Certains souvenirs ne se tradui-'
f Bent pas, les traditions populaires ne se frans- 1
1 mènent pas sans la langue dans lafjuelle elles i
lise sont (l'abord incarnées et perpétuées. Tous 1
Tces noms d'fitres fantastiques et abstraits :
E^éros des légendes, de l'histoire embellie par
ÏHmagtiialion, personnages de contes, fan- |
i tomes, esprits, tout ce qui constitue celte 1
''poésie des masses dont la source a abreuvé]
lanl de générations successives, tout cela dis- J
paraît. Enlevez à l'enfant de race française cetJ
en<ourat|e imaginaire de guerriers invincibles,. ]
: géants, de diablotins, de revenanls qui lui j
fcréent de charmantes terreurs ou le font <
■êvcr d'actes de bravoure chevaleresque ; I
»"enlevez-Iui ces douces el naïves chanï'onB AaÂ
ft.vieux temps dont on nous a bercés; privez-le I
l^rVSTiJA ^NADIEN-PRANÇAIS 1 33
de ce gracieux ramage d'oiseau que sait tirer de notre langue la mère française, et il me semble que vous lui aurez enlevé une partie du soleil auquel il a droit. Terreurs puériles, évocations fantastiques, prières tendres, caresses naïves, rêves généreux et héroïques : tels sont les premiers éléments dans lesquels naît et se développe l'imagination d'un enfant de notre race, les premières sources où il puise son idéal.
Qui de nous, étant enfant, n'a pas rêvé d'être un jour, un chevalier sans peur et sans reproche, comme Bayard, un conquérant comme Napoléon, un héros du sacrifice comme DoUard Desormeaux? qui ne s'est pas vu un instant missionnaire, conquérant au ciel des peuplades égarées, comme de Brébœuf et Lallemand, et comme ^ux martyr de la foi? quel enfant de la génération actuelle n'a pas songé, un jour, à devenir un apôtre de la colonisation, comme Mgr Labelle? Les enfants canadiens-français sont peut-être les seuls en Amérique qui grandissent sans être familiers avec les noms des Vanderhilt, des Astor ou des Gould, sans être remplis d'un sentiment de profond respect pour les juifs de la finance.
Et notre histoire glorieuse, noble épopée d'une grande race, que deviendrait-elle, si la
i3i l'av'kmh i>i i'Ji I'I.i, ■.a>m)li;>-1''ham,:a[s H lamjuc dans inijnclle elle tx élé i^crile dispa— S raissaît en AmiVique^ Que resterait-il de la J géiiéreiisc pensée qui nous a douné l'ôtre, di(fl Baiig qui a été versé pour nous assurer uil^| pays? Une page ignorée dans l'histoire d^M France relaterait les progrès des établisse-^| ments frani;ais au Canada, pendant les xvii^ ^^| xviii^ siècles, la prise de Quéliec, les de?-S nières paroles de Montcalm. Quelques phrasesV incidentes dans l'histoire de l'Aménque rap- I pilleraient le souvenir de nos ancêtres; atM tout disparaîtrait dans l'éternel silence de ■ l'oubli. Silence criminel ; car il importe au I bien-être d[^s nations que la mémoire de touteaj les grandes actions vive et se perpétue. m
La race anglaise a joué et jouera encore a^M rôle proéminent dans le monde. Vahicus, nouffl estimons nos vainqueurs; mais nous ne devoD^| aucun cuits à leurs héros, nous ne pouvoa^| leur rendre que celui que l'humanité, en généra rai, rend à ceux qui l'ont honorée. Fils anglt^fl cisés ou américanisés d'ancélres français, 3fl nous serait interdit, lors des fêtes nationaleB^| lors des commémorations qui réveillent toqH ce qu'il y a de patriotisme latent au cœur di^| habitants d'un même pays, lors de ces graude^l revues des gloires du passé par lesquelie^l s'affirme une race, il nous serait interdit dèM clianler nous aussi, de prendre part à cesfl
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manifestations, d'en partager l'enthousiasme. L'adjectif possessif « notre, nos » — le plus noble des adjectifs, car il indique l'union et la solidarité — ne nous serait pas permis dans ces circonstances. Nous ne pourrions que chanter ridiculement des rôles de comparses, comme dans ces chœurs d'opéras où les paroles sont noyées dans la musique et où la substitution d'un mot à un autre ne brise pas Punisson. Pendant que le principal personnage, l'homme de race anglo-saxonne clamerait :
Et ces héros sont mes aïeux (i) !
nous répéterions, au second plan, avec un enthousiasme de commande :
Et ces héros sont ses aïenxl
L'abandon de notre langue, ce serait une rupture absolue avec le passé ; car nous ne céderions pas à la force; nous sommes libres. Nous ne pourrions plus nous réclamer de la patrie française que nous aurions volontairement reniée.
Le Français d'Amérique qui a adopté une autre langue et qui reste naturellement étranger à tous les souvenirs qu'elle comporte, ne pourra jamais être qu'un homme pratique, sans idéal. Déjà un petit nombre des nôtres, cédant, admettons-le, à un concours de cir-