I. Chœur du 2* acte des « Cloches de Corneville
iSfi L^AVEMR DIT PEl'FLK CANADIEN-FRANÇAIS
constances fatales, ont abandonné notre naticnalifé, sans désir de s'y rattacher plus tard; la plupart ont fait fortune ou sont en train de faire fortune, leur ambition ne va pas au-delà. Ce passage, cette transition d'une langue à une autre dans une famille, transition qui jette entre les parents et les enfants comme un mur de froideur, marque ravènement de générations nouvelles qui n'auront plus rien de commun avec celles qui s'éteignent. Les parents émigrés à un certain âge n'apprennent jamais bien une langue étrangère, les enfants au contraire apprennent plus facilement celle de leurs compagnons de jeux et de leurs camarades d'écoles que celle que l'on parle à la maison. J'ai vu, aux Etals-Unis, une famille canadienne dans ce cas, les enfants parlaient l'anglais, les paren(s n'avaient pu l'apprendre, et le spectacle que présentaient leurs relations intimes avait quelque chose de pénible. Les circonstances avaient été favorables; les parents, dont la fortune augmentait rapidement, voyaient avec un sourire de contentement leurs fils bien mis, actifs, de bonne mine, appelés, pensaient-ils, à un avenir prospère. Ces derniers étaient froids, compassés, pratiques et brusquas. Il n'y avait plus entre les âmes cette communion que seule peut créer la langue maternelle. Cette atmosphère chaude,
^^R7PLX CANADIEN-FRANÇAIS I ÔJ
sympathique entre toutes, de la famille canadienne n^existait plus, quelque chose s'était détaché de Tâme de ceux qui grandissaient, quelque chose qui avait appartenu à leurs ancêtres et que rien ne remplacerait.
Les Canadiens-Français, lors de la conquête, en 1760, étaient au nombre de 65,000; ils sont aujourd'hui deux millions, au Canada et aux Etats-Unis. Si nous triomphons des obstacles qui s'opposent à son expansion, notre langue sera parlée dans un siècle par quinze millions de personnes.
Nos frères. des Etals-Unis ne peuvent conserver la langue française qu'en s'imposant des sacrifices pécuniaires pour la fondation et l'entretien de nombreuses écoles. Déjà dans beaucoup de villes de la Nouvelle-Angleterre leur patriotisme, dirigé et encouragé par le clergé, s'est affirmé d'une manière pratique, et le temps n'est pas éloigné, espérons-le, où nul groupement de Canadiens-Français n'existera aux Etats-Unis sans son église et son école.