‹ L'avenir du peuple canadien-françaisChapitre 35 sur 61 · A'/ sri'j/iCii sucialc contompjrai/ie », p, if · texte numérisé non relu

A'/ sri'j/iCii sucialc contompjrai/ie », p, if

2o8 i/avemr du peuple canadien-français

droit qui s^itnfcce aux nations mcder/tcs pour ne pas être distancées et absorbées par les nations voisines j de cu/tioer la haute spéculation^ sans laquelle la j.ratique est bientôt stérile^ la science pure, n'^cessaire à la science appliquée^ Vart pur, nécessaire à la moralisât ion ijénérale » .

Semblable devoir n'incombe pas encore à notre gouvernement ; car pendant longtemps nous devrons nous contenter de bénéficier des résultats obtenus par d'autres. Nous ne pouvons prétendre posséder bientôt des chaires où d'illustres professeurs exposeront leurs découvertes. Noire rôle devra se borner tout d'abord à répandre les vérités acquises. Mais encore faut-il que nous soyons en état de comprendre et d'apprécier, de connaître et d'appliquer.

« (i) Un petit peuple, dit-on, peut toujours profiter du développement scientifique et artistique des autres nations,., (rest là une (/rave erreur. Il est peu de sciences qui, dans leur application ou dans la forme sous laquelle se manifestent leurs résultats, ne reçoivent une empreinte plus ou moins marquée de la nationalité de chaque peuple; et

1. A. E. (llicrbulicz. « De la Démocratie en Suisse », vol. II, p. 329*

^ V '. . X^i'^^BOOR t>U PEUPLE tUlNADÎENHFRANÇATlt 200

quant à Pari, il rC existe pour une nation qu'autant qu'elle le cultive elle-même. Si le sentiment de la nationalité ne se réfléchit pas daas les produits de la science et de Vart^ il arrivera de deux choses l'une : Ou bien ces produits ne deviendront pas populaires^ n'aff iront point sur le développement moral de la société^ ou bien ils affaibliront^ ils détruiront peu à peu cette nationalité même et prépareront de loin la mort politique de ce peuple auquel une civilisation étrangère n'aura rie.i laissé de ce qui en faisait un être distinct y>.

J'ai dit plus haut que Tun des résultats du défaut des hautes études dans notre pays serait TafTaiblissement du sentiment national, entraînant dans un avenir plus ou moins éloigné l'absorption de notre race. Un autre de ces résultats sera nécessairement Tenvahissement de Tâme canadienne par une littérature élrangère d^un genre inférieur et souvent corruptrice. Il est impossible d'empêcher absolument le développement des besoins intellectuels chez un piuple. Or, ces besoins, que nous ne pourrons pas satisfaire avec des produits autochtones, et que n'apaiseront pas toujours les romans de Paul Féval, de Raoul de Navery et de ZiMiaïde Fleuriot, s'ils ne s'élèvent pas jusqu'à Télude des œuvres scientifi-.

L AVE-MR DU l'El PLB P.l.SAl

ques, historiques, sociologiques t't de hautel politique, resteront nécessairement confiités'l dans les romans d'aventure et de mœurs, dans] lesfjueU If souci littéraire occupe peu del place.

Ces romans élrajigers, dont je ue veux pas! médire, en peignant des mœurs qui ne sont J pas les niMres, rendent populaires et impoaentf^ peu à peu à l'imitation un idéal qut^ nous nel désirons pas acclimater. Je" n'insisterai pas] davantage sur celte partie, qui est surtout dit>l domaine des moralistes.

Ce n'est pas la science, ce ne sont pas leëJ hautes études, ce n'est pas la culture de Tard qui corrompent les mœurs, mais bien l'oisiveté^ij ' l'ignorance et le désir exclusif du hien-élrei matériel. La Suisse, qui devrait nous servir deM modèle à bien des points de vue, est, en même ' temps que l'un des pays de l'Europe oi^ Tins- 1 traction dans toutes les classes a reçu Je pliisj grand développement, un pays de mcfurt pures, rcligieiix, paisible et très heureux.

Mgr Dupanloup, dans son beau livre « Leté^

ires à an homme du monde a, après avoir cîtM

ceif [Hiroles du M. Cnc/itn, orateur catho/f'qOr

' « Tontes les sciences sont des arguments rfal

l Dieu. Tous les progrès sont les instrument k

e Dieu s et avoir énunii^ré quelqucs-ims d€gA

bienfaits de la sei'ence, ajoute : « £li bienf^

r«'"î<'Çff-î<-.'-v'*'- . ■ . ; ■ . .-■■■".■ ■ -.

. *J|^ /jj- ■*'' V ■ ■ ■ - ■ ■■ ^. . ■ -

*jif- .-■■■.■■'.

VAYra^m su PEUPLE GÀNADIGN->FRA1ÏÇAIS 211

tout cela, moi aussi je Padmire en le consia" tant : Oui, /admire ces puissances nouvelles remises auœ mains de r humanité par la science; et, sans m'arrêter aux alarmes des esprits défiants qui s'en effraient, il me suffit que ces nouvelles forces puissent être em-ploijêes au bien et consacrées à Dieu et au véritable progrès des âmes. Dans le vrai, comment ne pas voir dans cette étonnante fécondité et cette universelle influence des sciences humaines, une grande loi providen^tiellel Là donc, là comme partout, r homme, le chrétien, au lieu d'abdiquer les forces dont il dispose, a le grand devoir de les tourner vers le but marqué par Dieu, et fai assez de confiance dans l'humanité et dans la vertu du bien pour croire (pi' il en sera ainsi de la science moderne, »

Une université française à Montréal, cherchant à rivaliser avec les grandes universités d'Europe, attirerait certainement de toutes les parties de l'Amérique un certain nombre de ces étudiants américains que l'on rencontre aujourd'hui dans tous les centres universitaires du vieux conthient; à Genève, à Zurich, à Heidelberg, à léna, à Louvain, à Liège, à Strasbourg, comme à Paris et à Berlin, et cela compenserait le surcroît de dépenses résultant du traitement accordé à de nombreux

■ 312 LAVEMK DV PEiri.E r.ASADIEN-FRASÇAIS I

■|>rofes8eurs. Ces i^rudiaDls qui bien qu'améri- I ^caitis soiil loin en gt-ni-ral d'ëlre millionnaï- Lres, et que ne séduit pas outre mesure la pers- ■peclive d'une Iraversre sur l'Allantique et de i Bja vie dans une petite ville de Suisse, d'Aile- ' K magne ou de lïelgique, verraient avec satisfac- Bgtîoni sans doute, s'ouvrir dans une ville Kfl'AmériquG, offrant les mêmes avantages que RiGeuève, Zurich, ou Liège, au poini de vue de la ■pratique de la lanijue rrani;aise une îuslitulion rpii ils feraient des études aussi complètes que ■ide l'autre côlé de l'Océan, J'ajoute, et l'opinion ■^que je vais émettre n'est pas seulement la m roienne, qu'il n'y a pas une vilie en Europe, \ Keu deliors des grandes capitales, où la vie '

■ pour un étudiant étranger aurait plus de I ■Lcharmcs; car uuUe part il ne pourrait comp-

■ ■ter sur une hospitalité aussi franclie, aussi Réouverte, aussi libérale, sur une aussi grande i Vfacilité de relations, sur une liberté réelle- B Aient pins absolue.

W Je ne m'arrêterai point aux avantages ■.matériels qui résulteraient pour Montréal de B cette fondation ; ces avantages sont indénia- Bl)les. En outre, l'affluence d'étudiants étran-

■ gers donnerait à notre métropole une physio- i Bsomie plus attrayante, plusbruyante peut-être, J ■mais aussi plus intéressante et moins mono- J

■ tone. V

!" L'ÀT^Ïa Dû PKUPLE GANADlW-f^NÇAIS SI?.

En 1884, les cours de Tuniversilé de Zurich élaieat suivis par 447 étudiants ; 149 Zurichois, 153 Suisses des autres cantons et 145 étrangers (Russes, Autrichiens, Américains, Allemands, etc.).

Dans les différentes universités ou académies de Zurich, Bâle, Berne, Genève, Lausanne et Neufchâtel, on comptait, en 1888- 1889, 998 étudiants étrangers, dont 872 à l'école polytechnique de Zurich, 171 à l'université de Zurich et 2o4 à l'université de Genève.

La même année, le personnel enseignant : professeurs ordinaires (titulaires), extraordinaires (adjoints) et privatdocenten [legentes doctores) dans ces trois dernières institutions se répartissait comme suit :

Prof. prof. l«g. total élèves

ard. ex:, djc.

Ecole polytechnique de Zurich. 50 12 38 100 99a

l'niversité de Zurich 87 15 45 97 Go4

Université de Genève — — — 85 598

La République helvétique a adopté le systàme universitaire de l'Allemagne. L'Etat accorde un traitement fixe aux professeurs titulaires et aux professeurs adjoints. Les privatdocedtea qui doivent être docteurs dans la science qu'ils veulent professer et qui ont

■ ll4 l'aVE.MR IiU PELPLE CA.\ADIE>"-FHA>"ÇArs 1

■obteiiu des aulorilés uoiversilaires le droil de j f &ire des cours, n'ont d'aulre rétriliulîon que , ncelle qu'ils reçoivenl des élèves qu'ils r^usaîs- ' ■«eot à intéresser. L'houueur attaché au titre i Kde docteur fait que nombre de jeunes gens - Kténanl quelque fortune de leur famille pous- Ksent leurs études aussi loin que possible et i Hâinbitioiinent le titre de privaidocent. ^m. Il n'est pas, en Suisse, un seul professeur ' Mjtplaire qui n'ait dans tout le pays une repu- | ^Matiou bien établie de savant ou de lettré. La | ^blupart, je dirai la presque totalité des hom- I Knes dont se glorifie la Suisse, ont i^té oti sont , Hbrofcsseurs dans ses universités. j

■ Dans la première partie de ce siècle, la I ^Kipulalioii de la confédération lielvélique ne vdépassalt pas deux millions d'âmes, cependant 1 ^elle possédait plus d'hommes d'une réputation Ihèuropéeniie que certains grands royaumes et Bempires. Pour m'en tenir aux plus connu», je i

■ liofflmerai Mme de Staël; les peinlres Léopold 1 ■Hobert et Calame; le créateur de la pbjsio- | HUomique, Lavater ; l'économiste et historien de i wSîsmondi; le sculpteur Pradier; le maihéma- j E^ien BernouilU; les naturalistes Hubert, de 1 VCandolle et Bonnet; le chimiste de Saussure;]

■ les physiciens de la Rive et Pascalis. Et cont- I f bien d'autres d'une célébrité moins nnifer- î »■ selle ; Cherhuliez, Plantamour, de la Planche»

l'avenir du peuple gaxadien-frânçais 215

Boissier, Diodati, Bitzius, Toppfer, etc., etc.

Je ne veux pas attribuer toutes ces gloires au système d'éducation dont la Suisse bénéficie depuis très longtemps déjà. Il est certain, par exemple, que Mme de Staël doit assez peu aux écoles de son pays; Gottfried Keller (i), que je n'ai pas nommé plus haut parce qu'il appartient à une génération plus rapprochée de nous,, aurait probablement été un grand écrivain tout de même, dans la province de Québec. Mais les autres, ces artistes et ces savants illustres, auraient-ils pu se développer avec autant d'avantage et atteindre à la maturité de leur talent; auraient-ils songé surtout à consacrer leur vie à la science ou à l'art, de ce cAté-ci de l'Atlantique?

En Autriche, c'est seulement de 1848 que datent les progrès dans l'université, mais, que de chemin parcouru depuis lors ! Avant cette époque, pas un professeur autrichien n'était connu en dehors des limites de sa ville; aujourd'hui les docteurs de Vienne, de Prague, etc., rivalisent avec les grandes célébrités scientifiques de France et d'Allemagne. Aussi sontils excessivement bien rémunérés. En 1877,

I. (iofifried Keller, l'auteur de « Roméo et Juliette au village » et de tant de délicieux chefs-d'œuvre, est iié vcr« 1820 et mort en i8(j2.

LaiG l'aVENIB ou PKUPLE CVSADlCK-FilANtAIS 1

ries universités autrtcliieuiieHreccvaicntdurfOu- I F vernemenl. i.fioo.ooo dollnrs pur aiiniîo ot les 1 ■ professeurs titulaJrus louchaient ^lénl^riite» I I sieol, en outre du traitenn^iit oniciL'l, quatre I j. à cinq mille dollnrs des étudiants, pour des J Lcours privés. J

I On le voit, il n'est pas besoin d'une prépa- I I ration séculaire pour créer de hautes écoles J f daiis un pays, Un centre de culture litlArairo,^ h scienlilique ei artistique est plus long ft se I L former, maïs il se constiluc uétcasairement l r partout où existe une universiit^ possédant ] I des professeurs distingués. 1

Elevons par le perfectionnement des hautes I I Éludes le niveau intellectuel, et le hnt de lou- i I tes les ambitions sera relevé. Nulle part plu» I que dans notre province, il ne sornil possîrble d'obtenir d'excellents résultats ca ouvrant I on champ étendu à l'émulation des jeune» I gens se destinant aux carrières libéraleH ; car J r nulle part on ne renconire plus d'ardeur j i native, plus de talent, plus de (jofit instinctif, ' r hélas ! bieulAt oblitéré, pour le beau cl le ' L Trai, et aussi, le dirai-je, plus de vanité, de I -celle vanité ambitieuse qui est une force « I d'action. A l'heure qu'il est, comme je l'ai dit! ailleurs, en l'absence d'un but noble, louleal I ces facultés se perdent sans profit on se cOfi- i I Bomment dans l'activité dik- /"i/itirjue.%

l'aVBNIR du peuple GANÀDIEN-f'RANÇAIS 2 1 ^

(i) Les talents qui voudraient pousser dans un autre sens trouvent /'issue fernu^e et la pression de /'esprit pub/ic et des mœurs enoi-ronnantes /es comprime ou /es dévie, en /eur imposant une floraison déterminée. »

Le génie qui domine les foules, et dont le regard plane au-dessus des cités, des pays, des empires, a moins besoin de stimulants. Il s'inspire de sa seule force. Il ne cherche point autour de lui de points de comparaison, son orgueil ne coimaîl point de frontières, il sait qu'il appartient î\ l'univers entier. Il a pour rivaux des immortels que l'histoire a couronnés ou que le présent glorifie.

L'homme de talent, lui, a besoin de l'émulation que lui crée son entourage. Il est satisfait d'égaler ou de surpasser X ou Z de sa province, de sa ville natale. Aux heures d'enthousiasme, peut-être sa vanité prendra-telle de grandes envolées et révéra une gloire mondia/e, mais elle reviendra bientôt, fermant son aile, doucement se bercer au murmure des jalousies et des admirations locales.

Si dans la ville, dans la province, il se trouve un homme d'un talent transcendant, d'une érudition hors ligne, c'est lui qui sera le point de mire, c'est lui qu'on voudra atteindre, égaler, surpasser.

Page 1