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I. Essais de critique générale^ p. Ogg, vol. IV

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Cette croyance, si ardente qu'elle soit, ne va pas cependant chez les peuples initiateurs sans une certaine somme de crainte let de défiance; car si, d'un cc^té, elle fait entrevoir un champ sans limites aux conquêtes de la science, d'un ïiutre coté, elle repose sur la théorie du développement continu des facultés humaines. Or, rien ne nous assure que ces facultés régleront leur croissance sur le plan d'évolution qu'on leur a tracé, qu'elles ne décroîtront pas plutôt, qu'elles ne seront pas, un jour, impuissantes à accomplir tout ce qu'on exicjera d'elles.

Chez un peuple jeune et où tout encore est à créer, cette foi, au contraire, se double d'un sentiment de sécurité absolue.

(i) On ou d'un pas plus ferme à suivre qu'à conduire.

Le clicmin que nous avons à parcourir, d^au* très l'ont parcouru avant nous, qui étaient nos frères ; pour avancer ils ont dû et ils doivent encore détruire de lourds obstacles : la voie est libre devant nous, nous n'avons qu'à marcher, et nous possédons la calme sérénité de ceux qui ne voient rien à redouter par delà l'horizon.

Les problèmes à résoudre chez nous sont

!► Corneille,

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infiniment moins compliqués que chez les peuples européens. La question sociale n'existe pas au Canada et ne saurait exister dans les conditions actuelles de notre vie économique.

Certes nous ne pouvons nous désintéresser des importantes questions qui, à la fin de ce siècle, agitent tous les esprits, mais nous sommes destinés pendant longtemps encore à assister en simples spectateurs aux expériences que feront les vieilles sociétés. D'autres accompliront pour nous cette tâche si difficile de décider jusqu'à quel point l'homme de notre époque se rapproche de l'homme idéal pour lequel, de tout temps, on a élaboré des constifiitions et rêvé des terres promises.

L'fieuvre du xx® siècle sera sans doute pour le vieux monde une grande œuvre de démolition; nous n'avons, nous, qu'à construire et à édifier. Construisons sur un terrain solide, sur des bases saines, afin que plus tard nous n'ayons pas à démolir à notre tour. Dans Toryanisat ion des vieilles sociétés européennes, le bien et le mal, la vérité et Terreur sont tellement unis et fondus ensemble, qu'on dirait que l'un est le produit de l'autre, que les institutions saintes et les abus criminels sont inséparables dans leur essence, que les privilèges iniques sont la conséquence de principes civilisateurs

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et qu'il faut (ont détruire pour pouvoir ensuit! tout ri^i^dîdi'r.

Pour olilenir une jusU: distriliutiou des biead matériels, on croit nécessairt' de détruire ligt] famille el lit propriété ; on ne conçoit l'hiuns^ nité et la fraternité que sur les ruines des fron (iéres et avec la disparition des liens de race, on ne croît au ré(|ne de la tolérance qu'aprésJ l'agonie des reliçjions.

Dans notre jeune pays, le hieu n'a p^ encore engendré le mal, les institutions et lei croyances chères à nos pères n'ont pas été des instruments d'oppression, et nous eutenr dona leur rester fidèles.

Nous n'aspirons pas pour le inonieut à un>>j| étal plus parlait que celui qui nous permettrat, de conserver la relif[ion et les traditions ( notre passé, de développer toutes les qœ lités de notre esprit, toutes les ressources (' notre sol, d'entretenir ce foyer syrapalhiquêr que constituent pour nous la nationalité basée sur la race, la lantjue el les souvenirs comrmuus. En sonfjeant à notre avenir, nous laisserons donc de côté tout ce qui est soumis à des lois arbitraires, tout ce qui dépend plus ou moins d'accidents, de transformations, q nous ne pouvons prévoir, et nous baserons o calculs sur les seuls faits qui sont d'une vérifll durable et invariable.

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Quelques changements que puisse imprimer à la société l'œuvre des siècles, il est certaines lois immuables comme notre nature, certaines conventions basées sur ces lois qui subsisteront toujours.

Ainsi, les nations pourront évoluer sur des bases économiques nouvelles, mais une lan- (|ue commune, des souvenirs communs, l'unité de race constitueront toujours un lien inaltérable entre les hommes. Le mot « peuple », restera comme le synonyme de sympathies mutuelles ayant leur source dans le passé lointain, transmises à travers les âges, augmentées et étendues par mille affinités mystérieuses et fondées sur ce qu'il y a de meilleur dans l'homme.

Si j'insiste sur ce point, c'est que l'idée cosmopolite est à la mode, dans certains miheux, qu'on en (ait bien à tort, à mon sens. Tune des fornmles d'un état social plus avancé, plus parfait, et que Ton peut trop facilement s'en servir pour voibr sou égoVsmc, son apa- Ihie, son manque de convictions sincères. J'ai souvent entendii cette j)hrase : Pourquoi vouloir, par un particularisme étroit, entraver la grande évolution qui entraîne les hommes vers l'unité et l'union absohies ? Laissons les choses suivre leur cours. Clierchons plutôt à nous assimiler la pensée de l'avenir qui

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acc(»niplira cette union. Si l'Amérique du Nord, un jour, doit être exclusivement anglaise, nous n'y pouvons rien.

Non, rAinérique du Nord ne sera jamais exclusivement anglaise. Notre fidélité à notre langue et à nos traditions n'empêchera en aucune façon l'union politique des peuples américains de s'accomplir. Notre absorption n'aurait pas pour effet de créer une homogénéité à laquelle la nature elle-même s'oppose.

« Etablissez le libre échange universel^ disait un célèbre économiste (i), supprime!: les doua.ies et les armées permanentes ^ faites des lois identiques partout^ et bientôt tous les peuples civilisés ne feront plus qu^une même famille ». Sans doute le jour viendra, il n'est peut-être pas très éloigné, où tous les peuples seront frères, comme tous les hommes dont l'esprit n'est pas faussé par les préjugés sont frères. Les haines de peuples, les inimitiés collectives entre gens séparés par des frontières sont des haines et des inimitiés factices, voulues, qui ne se justifient pas par les mêmes lois naturelles que les haines entre les individus. Les peuples seront frères^ mais les peu])lcs subsisteront. On pourra, sous pré

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