I. The Canadien question
Sji i/ave.mu nr peiple canadien-français
Sans doute y les AïKjIais du Canada qui caressent ces projets d annexion aux États- Unis, de fédération impériale, ou d'union de tous les peuples de lanyue anglaise, ne sont pas, en (jénéral, inspirés, tout d'abord, par un sentiment d*hostilité à notre égard. Seulement lorsqu'au fond de leur pensée ils voient se dérouler, comme une immense surface unie et hrillante, tout le continent américain : les villes, les lleuves, les forêts, les productions, les climats divers partout dominés et assujettis par des hommes de mœurs, de coutumes britanniques et parlant la langue d'Albion, la province de Québec, le peuple canadien-français leur fait retfet d'une excroissance désa- (jréable qui (p^ne leur conception idéale d'unité et d'li()niO(jénéité.
I/AïKjIo-saxon chauvin, exclusif, si fier de tout ce ([ui constitue sa personnalité distincte, son essence intime, serait peut-être surpris, s'il y songeait, de constater que dans tous ses efforts pour s'assimiler des éléments étran(jers, il travaille à détruire son unité de race, ses idiosvncrasies nationales. Plus il anglicise, moins il reste an(jlais.
Le principe de la ditfusio]! de la langue et le principe de la race sont tout-à-iait opposés, ceci n'a m^^nie pas besoin d'être prouvé. Si rAïKjIo-saxon était réellement pénétré du
dogme de sa supériorité, il devrait rester pur de tout mélange, surtout avec des peuples qui, pour s'allier à lui, s'amoindrissent et abdiquent tout ce qui jusqu'alors a fait leur gloire et leur force : leurs souvenirs nationaux, leur passé, leur langue, souvent même leur foi.
Que devient le pur type anglo-saxon aux Etats-Unis? Mais il est sur ces choses plusieurs manières de voir, et les physiologistes, en attribuant au mélange des sangs, la vertu d'améhorer les races, justifient l'apparente inconséquence du pan-saxonnisle.
Et quelle gloire l'Anglais peut-il attendre de la diffusion de sa langue? Les Français ont pu être fiers de voir toutes les classes dirigeantes de l'Europe adopter la leur ; c'était, en quehjue sorte, un hommage qu'on leur rendait, qu'on rendait à leur culture intellectuelle, à la supériorité de leur littérature, à l'élégance de leur civihsation. 11 n'en a pas été ainsi des conquêtes qu'a faites, jusqu'à présent, la langue anglaise ; elle s'est imposée par une sorte de force fatale, non pas aux classes supérieures de la société, mais aux déclassés, aux indigents, aux déshérités, à des peuplades sauvages ou demi civilisées, vaincues.
Ce fait témoigne au moins de la force d'expansion de. la race anglaise et de l'excellence
Sjfi l'avenir Dr PEUPLE CANADIEN-FRANÇAIS
des systèmes de ()ouvernement qu'elle sait se donner. Mais si l'on cherche à angliciser par la violence el contre toute justice, comme on le fait actuellement dans le Nord-Ouest canadien, le témoiyntaije se trouve singulièrement atténue^. Cela rappelle un peu le mot de Chamfort qualifiant IVruvre des révolutionnaires de la Terreur « Sois mon frère ou je te tue. »
Cette manie des vainqueurs qui veulent imposer leur langue aux vaincus n'est pas nouvelle, on la rencontre beaucoup chez les peuples anciens. On vit les Goths eux-mêmes chercher à substituer leur langue au latin, en Italie.
« Le roi Affi/a, après avoir remporté la victoire^ se montra si zèle pour la propagation de la langue gothique^ quil défendit^ par un èdit^ à fjui que ce fùt^ de parler latin; et quil flt^ de plus, venir des processeurs de son pays pour enseigner la langue des Goths au.r Italiens » (i).
L'édit lancé contre les Maures par Philippe Il commence ainsi : Les Maures renon- (^.eront à leur idiome; ils ne parleront plus qu'espagnol.
riuillaume-le-Conquérant voulut imposer la angue française en Angleterre, il n'y réussit pas.