Tlio ('.aiiîulian «lueslion
L^VJENiR DU PEUPLE CANADIEN-FRANÇAIS 879
glise peut partir^ dans son commerce ou dans sa pro^ession^ r homme qui oserait se déclarer son ennemi. Des voix libres et hardies se font entendre^ mais elles sont peu nombreuses et les oreilles auxquelles elles s'adressent sonty en général^ sourdes à tout ce qui en troublant la tranquillité pourrait gêner les intérêts du commerce ».
Toutes ces leiidances pan-saxonnistes, ces velléités de vexations et d'intolérance ne prévaudront jamais, sans doute, contre le fort sentiment du droit et de la justice, contre l'amour de la paix et surtout contre le bon sens pratique qui forment le fond de l'âme du Canadien anglais, en général. Elles nous prouvent au moins combien peu nous sommes préparés pour l'indépendance du Canada.
\j\\ des lieux communs favoris de nos orateurs électoraux consiste dans l'évocation prophétique de l'avenir brillant qui nous attend « lorsque notre pays, riche, fertile, plein de ressources, comprenant près de la moitié de l'Amérique du Nord, sera devenu un pays indépendant et que notre nation aura
38o i/avemr du peuple ca.nadiex-français
pris plart* parmi K's nations de la terre. »
I)t*s.*(*fiilaiits «l.*s deux plus ijrandes races du iiioiifir*; favorisés d'une longue et bienfaisante tutelle qui nous a permis de développer pleifienient nos forces; héritiers d'institutions libres, de lois sanctionnées par la sagesse et rexpérience, etc., etc., à quels sommets ne pourrons-nous pas aspirer?
A la vérité, cet avenir pourrait être beau, bien beau.
Oui; si, un jour, nous pouvions rappeler que nous avons souffert en commun, que nous avons uni nos efforts pour quelque cause éyalenient sacrée à tous et supérieurs aux intérêts purement matériels ; si Ton comprenait bien dans fous Ii»s ran(|s des populations d'Onfario, des l^rovinoes maritimes et du Nord- Ouest, f[iie, nous, Canadiens-Français, nous conserverons notre lanijue, ([uoi <|u'on fasse, que jamais nous n'abdi([iierons rien de ce qui constitue noire être intime, et qail vaut mieii.r un il e/i soit ainsi.
Si dans vin;jt, dans trente ans, les produits intellectuels du Dominion pouvaient, comme nos produits for(»stiers, a()ricoles et industriels, prendre un ran(j honorable sur les marchés int(»rnati()naux, sans doute la vie nationale ra.Kulienne (ja<jnerait en force, en intensité, en cohésion.
Le progrès d'une civilisation généreuse éteignant l'esprit sectaire et intolérant, les forces mystérieuses qui unissent les hommes vivant sous le même ciel, feraient le reste.
Cet avenir, je n'espère pas qu'il soit jamais le nôtre.
Toux ceux qui sont venus de la Grande Bretagne depuis 1760 jusqu'en 1867 ^^^^ venus dans un pays conquis. Les immigrés des dernières décades sont venus dans une pos- SL^ssion anglaise, dans une colonie où Albion a su établir le plus libéral des gouvernements, où elle a instauré des principes de tolérance, accordé des droits égaux à tous ses sujets, mais enfin dans uiie possession anglaise.
Le Canada devenu indépendant ne sera pas plus un paijs anglais que la Suisse n'est un pags allemand ou français. Nous serons « les Canadiens » tout simplement : une nation composée de nationalités différentes (Anglais^ Français, Irlandais^ Ecossais)^ chacune exerçant sa part d'influence, aucune n'agant de prééminence reconnue : une nation enfin, qui ainsi formée, adoptera une consti-^ tution définitive et qui jamais ne sera une puissance anglaise.
Nos compatriotes anglais, les plus libéraux, envisagent, sans doute, cette perspective avec une âme sereine et reconnaissent tout le bon-
382 l'avenir Dr peuple canadien-français
heur qu'une fédération basée sur la tolérance et la concorde pourrait donner. Mais, en «erat-il ainsi de riniinense majorité des habitants de rOntario, du Manitoba et des autres provinces anglaises? Je ne le crois pas.
(le.ssa.it de faire partie du grand empire hritaimique^ ils voudront faire partie d'une grande répubUiiue où ^immense majorité de ia population parle la langue anglaise (i).
L'idée de la fédération impériale qui ne compte (juère fjiic des partisans brûlant pour elle d'un amour louf platonique, ne peut nous intéressé' r, nous, (lanadiens-Français, qu'au |)oinl lie vue des intérêts matériels de notre |)ays. Or, elle prclie contre la plupart des principes de Téconomie politique, en même temps (jue contre tr)utes les lois historiques; elle implique, de la part des colonies, des sacrifices qu'on ne leur demande pas et qui leur seraient très pénibles, de la part de la métropole, (les concessions qu'elle n'est certes pas disposée à faire. Yx pour amener quels résul-