‹ L'avenir du peuple canadien-français [microforme]Chapitre 13 sur 97 · Page · texte numérisé non relu

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nôtre, leurs mœurs, leurs coutumes, l’originalité de leur esprit, semblent n’avoir fait aucune impression sur les Anglo-Saxons. « L’Anglais, a dit Renan, ne peut comprendre ce qui n’est pas lui ». Dans la Nouvelle-France, au contraire, tout ce qu’il y a chez le Huron ou l’AIgonquin, de bizarre, d’ingénu, constitue un aliment constant à ‘la curiosité des colons, un élément à leur gaieté. Le Français s’applique à deviner son frère sauvage, à pénétrer le fond de sa pensée ; il attire par le charme, auquel personne n'échappe, de sa cordialité, de son esprit prime-sautier, de son audace que rien ne déconcerte ; il apprend sa langue, lutte avec lui de ruse et de flair, se fait souvent son ami et son commensal.

J'aime à revoir par l’imagination les paysages canadiens d'autrefois : Dans la forêt profonde, le wigwam enfumé avec ses trophées de chevelures et ses colliers ; le feu de sapins brûlant devant le seuil, et sous les grands arbres, se profilant dans l’ombre, des silhouettes de Hurons tatoués et de soldats portant l'uniforme de l’armée française. J'aime à me transporter par la pensée, dans quelqu’une de ces fermes qui, longtemps avant la conquête, étaient échelonnées sur les bords du Saint- Laurent : C’est le soir, la famille du colon est réunie autour du foyer, les femmes rieuses,

enjouées, un peu coquettes, s'occupent de travaux d'’aiguilles ; les hommes, qais, exubérants, batailleurs, racontent leurs exploits. On cause guerre, affûts, chausses-trappes, hécatombes de gibiers, surprises et embuscades ; chacun met son ambition à passer pour le plus adroit tireur, le plus fin chasseur. On rappelle des souvenirs de France; on parle du fils, du frère absent, au loin par delà les grands lâcs, du prochain navire qui arrivera de Saint-Malo. Un Huron que les missionnaires ont converti se tient un peu à l'écart, grave, sobre de paroles, tandis qu’un petit garçon au regard curieux, s’approche doucement de lui, avec un mélange de crainte et d’audace satisfaite.

Comme le monde a marché rapidement depuis lors. Il n’y a pas beaucoup plus d’un siècle que cette vie aventureuse battait son plein. Nos arrière-grands-pères étaient de ce temps.

Des victoires brillantes, des faits d'armes glorieux signalèrent notre lutte contre les Anglais, mais enfin la fortune cessa de favoriser les audacieux. La bataille des Plaines d'Abraham marqua la fin de la domination française, et nos soldats vaincus revinrent désespérés dans leurs foyers que désolait la famine.

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Après le traité de paix, les Indiens continuèrent pendant quelques années encore à dévaster les établissements britanniques, et ce ne fut qu'aux instances des Français qu’ils se résignèrent à la paix. « Les premières mesures efficaces en vue de la pacification générale, dit Bancroft (1), furent prises par les Francais dans l’Ilinois. M. de Neyon, qui commandait au fort de Chartres, envoya des colliers et des calumets de paix dans toutes les parties du continent, exhortant les nombreuses nations tadiennes à enterrer la hache de querre et à donner la main aux Anglais, car jamais plus ils ne reverraïent parmi eux un représentant du roi de France ». Et alors le chef Pontiac fit dire au général Gladwin « qu'il acceptait la paix que son père le Français lur envoyaïit ».

« Les officiers français, ajoute Pancroft, traversant pour la dernière fois le Canada et la vallée du Mississipi et recevant de lous côtés des témoignages d’attachement

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