APRÈS LA CONQUÊTE
L Canada était conquis. Les soldats de Monwcalm retournèrent à leurs champs qui, depuis trois ou quatre ans, n'étaient plus cultivés que par les femmes et les vieillards incapables de supporter les fatiques de la querre. Les fonctionnaires et les plus riches citoyens s’embarquèrent pour la France avec une parie de l’armée vaincue. Le drapeau fleurdelisé disparut pour toujours des murs de Québec.
Une paix profonde et certainement durable allait maintenant permettre aux colons d’accomplir ce qui constitue l’œuvre même de la colonisation. Chacun d’eux pouvait, désormais,
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améliorer paisiblement son patrimoine, l’embeilir, accroître ses richesses par tous les moyens honorables, goûter enfin ce paisible bien-être qu’assure la vie agricole dans un pays aux ressources inépuisables, jouissant d'institutions relativement libres et d’une sécurité absolue.
Mais ce n’est pas impunément qu’on a dans les veines le sang de nombreuses générations de soldats ; qu’on a été élevé presque exclusivement en vue d’une vie aventureuse, qu’on « s'est adonné de bonne heure à la querre, à la chasse et aux voyages ». La tâche des Canadiens était bien simplifiée. On ne leur demandait plus, ni leur sang, ni leur vie ; on n’exigeait plus d’eux des prodiges de valeur et de vaillance. On ne leur demandait que de vivre. On ne leur demandait pas même cela, On n’exigeait d'eux qu’une chose : ne pas gêner l’expansion des vainqueurs, ne pas s’opposer à la prospérité, aux succès, aux fortunes rapides des fonctionnaires et des marchands accourus d'Angleterre.
Isolés désormais, ils ne reverraient plus les navires des côtes de Normandie et de Bretagne ; ils ne causeraient plus, avec les soldats revenus de France, des amis demeurés là-bas; des querres européennes, des victoires françaises sur Je vieux continent, C'était fini, les
courses lointaines, les expéditions aventureuses par delà les grands lacs, la traite avec les Indiens, les voyages de contrebande pleins de dangers. La terre seule leur restait avec ses ressources infinies. Mais les Canadiens n'avaient aucune bonne tradition d'agriculture et ne songeaient guère à améliorer leurs procédés routiniers.
Peu à peu, ils virent les vainqueurs se grouper autour d’eux, acheter les plus belles propriétés, s'emparer de toutes les fonctions | publiques, et, mornes, entêtés, ils se tinrent à écart, caressant peut-être un vague espoir ide revoir un jour le drapeau de la France.
‘Au surplus, les vexations des fonctionnaires anglais les empêchèrent pendant longtemps de tourner leur esprit vers les grandes entreprises mercantiles pour obtenir la prospérité matérielle.
« Après la conquête, dit Bancroft (1), des
3, The ignorant, the greedy and the factious were appointed to offices which required integrity, knowledge and abilities. The judge pitched upon to conciliate the minds of 70.000 foreigners to the laws and government of Great-Britain was taken from a jail and was entirely unacquainted with the civil law and the language of the People. In the 110 rural parishes were but 19 protestant families. The rest of the Protestants were a few half-pay officers, disbanded soldiers, traders, mechanics and publicans who resided in Quebec and Montreal ; most of them followers of the army,
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gens ignorants, avides et factieux, furent nommés à des fonctions qui exigeaïent de l'intégrité, des connaïssances et des capacités. Le juge choisi pour concilier les esprits de 70.000 étrangers qui ne connaïssatent pas la constitution et Les lois de la Crande-Prelagune fat tiré d’une prison ; il n'avait pas la motadre notion des lois civiles et de la langue de la population... Dans Les cent dix paroïsses rurales du pays, il n'y avait que dix-neuf familles protestaates. Le r°ste des protestants se composatt de quelques officiers à la demisolde, de soldats licenciés, de commerçauts,
d'artisans et de marchands qui demeuraïent
à Québec et à Moatréal ; la plupart étarent
des gens qui avatent suivi l’armée, des gens grossters qui tous avaient leur fortune à farre
el étaïent peu scrupuleux sur le choix des moyens. « J2 vous les donne, écrivait le gqéné-
ral Murray, comme la collection la plus
of low education ; all with their fortunes to ;axe, and little solicitous about the means. Report them, wrote Murray, to be in qeneral the most immoral collection of men ever knew, Yet out of these and these alone, though they were but about 450 in number, magistrates were to be made and juries composed ; for all catholics were disfranchised.
The meek and unresisting province was given over to hopeless oppression, The history of the world furnishes no ins. tance of so rash injustice.
{History of the United states. Vol. III, p. 87).