‹ L'avenir du peuple canadien-français [microforme]Chapitre 20 sur 97 · RO RO EE · texte numérisé non relu

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immorale d'individus que j'aie jamais vue ».

« Et cependant, c'était parmi ces gens et parmi eux seulement, bien qu'ils ne fussent que quatre cent cinquante, qu’il fallait choisir les magistrats et composer les Jurys; car tous les catholiques avaient été dépouillés de leurs droits politiques. La province paisible el sans résistance, fut livrée à une horrible oppression. L'histoire n'offre aucun exemple d’une aussi criante injustice ». Iest juste cependant d'ajouter que, si Angleterre nous envoya un certain nombre de fonctionnaires peu recommandables, et si nous eûmes à nous plaindre à maintes reprises, de nos nouveaux compatriotes, le gouvernement de Londres s’est presque toujours montré animé des intentions les plus conciliantes à notre égard.

Les Canadiens soumis, et en apparence résignés, portant le deuil de tous les bonheurs qu’ils avaient rêvés, se réfugièrent alors dans la vie familiale et s’adonnèrent tout entiers aux affections douces du foyer. Ces hommes dont l’ardeur enthousiaste et la superbe ambition n'avaient, pendant un siècle et demi, connu aucune limite, ces soldats dont l’âme altière ne s'était sentie à l’aise qu’en planant sur d’immenses horizons, se firent humbles et casaniers au point de renfermer i:urs désirs aux bornes étroites d’un village. Les liens de

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famille, qui s'étaient un peu relâchés pendant les époques précédentes, se resserrèrent, si bien que nulle part au monde peut-être l'affection familiale n’est aussi profonde qu'au Canada.

Nos ancêtres se livrèrent donc exclusivement à l’agriculture. Certes, ils étaient peu propres à la bureaucratie et ils ne paraissent pas s'être avisés, tout d’abord, que, dans un pays neuf et vivant désormais en paix, il ÿ avait d'immenses ressources àexploiter, qu’un champ magnifique s’ouvrait à l’activité commerciale. L’Anglais vainqueur s’empara de lout, comme je lai dit ; le vaincu regardait faire, presque indifférent, songeant sans doute, à mesure que grandissait dans son cœur son affection pour ses champs et son foyer, qu’après tout, un calme bonheur lui était réservé. « D'ailleurs, dit Garneau (1), il n'était resté dans Les villes que quelques rares employés, quelques artisans, à peine un marchand et les corps religieux ».

Le Canadien devint pieux, lui aussi, comme l'habitant de la Nouvelle-Angleterre, mais de façon différente. Sa religion, bien que plus superstitieuse fut moins étroite; sa piété plus chaude, plus féconde. Le Dieu de paix substitua ses. voluptés à celles que le Dieu des batailles ne pouvait plus lui procurer.

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