Histoire du Canada
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n'était pas créancier de l’État. Ils ont tout sacrifié, écrivait M. de Lévis, pour la conservation du Canada. Ils se trouvent actuellement ruinés, sans ressources. Des marchands et des officiers de l’armée anglaise, achetèrent plus tard, à vil prix, une partie de ces créances. » Les Canadiens perdirent presque tout.
Enfin les Anglais avaient sur nos ancêtres cet avantage. Ils arrivaient, fiers et désireux de s’enrichir dans un pays conquis par leurs armes, où ils étaient assurés de toutes les protections, où le négociant entreprenant et malheureux pouvait avec certitude, compter sur une charge qui l’indemniserait de ses pertes. Ils trouvaient notre peuple dans cet état d’énervement et de prostration qui suit les grandes catastrophes, les malheurs considérés comme irréparables : peuple haï, maltraité et opprimé.
Dans ces circonstances, quoi d’étonnant à ce que nous soyons moins riches que les Anglais ? Il ne pouvait en être autrement. Il faut reconnaître cependant que de vrais cultivateurs sont venus d’Ecosse et d'Angleterre, qui ont su tirer de leurs terres un meilleur parti que nous, et appliquer des méthodes meilleures, que nous leur avons, en partie, empruntées depuis.
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Les Anglais étant, avant tout, un peuple de commerçants, se sont, dès la première heure emparés du commerce et ont gardé leur conquête : Armés de riches capitaux, ils ont fondé les maisons les plus considérables et les plus prospères. En dépit de tous ces désavantages originels, nous avons, peu à peu, cependant, pris notre part dans la vie commerciale e. industrielle du pays ; nous avons contribué et nous contribuons, dans une large mesure, à son extension, si le plus clair des profits n’est pas toujours pour nous.
On se plaît souvent à comparer le développement matériel si rapide de nos voisins des Etats-Unis, l’accroissement vertigineux de leur population avec ies progrès plus modestes réalisés par les Canadiens, et l’on en conclut trop hâtivement d'ordinaire à la supériorité des premiers. Sans doute, ils doivent beaucoup à leur esprit d'initiative, à leur entente des affaires, à leur patriotisme éclairé et pratique, mais plusieurs circonstances spé ciales les ont favorisés.
Le fait que les Etats-Unis renferment une grande variété de climats et de productions, qu'ils peuvent à la rigueur, se passer de létranger et entretenir un commerce intérieur florissant, leur donne, tout d’abord, un grand avantage sur nous. Forcés par leur rupture
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avec l'Angleterre et les difficultés de la navigation, au temps des guerres de Napoléon, de construire des fabriques et des usines, les Américains ont fait de leur République un grand Etat industriel et ont attiré chez eux en conséquence, le flot de l’imm gration européenne. Les indigents, que la misère et la pauvreté forcent à s’expatrier ne peuvent s’occuper d’établissements .agricoles, et ils vont, en mettant le pied sur le sol étranger, demander du travail aux chefs d’industrie. Ainsi les Etats-Unis se peuplèrent rapidement d’émigrants qui se sont mis, d’abord, au service des anciens propriétaires du sol. Les émigrants venus au Canada, à la faveur des privilèges accordés par le gouvernement anglais, sont arrivés avec l'intention d’être les maîtres des anciens proptiétaires du sol.
Ilest intéressant d'étudier dans ses pre- -mières phases la croissance de la prospérité chez nos voisins et de se rendre compte de la manière dont ils ont su tirer parti des circonstances. À la fin du siècle dernier, alors que l’émigration ne se faisait encore que sur une faible échelle, la situation économique, ‘éducative et sociale des anciennes colonies anglaises différait assez peu de la nôtre; si ce n’est que les habitudes d'économie et d'épargne étaient plus répapdues, dans les
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