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En effet, malgré les restrictions imposées au commerce, les négociants américains faisaient de la contrebande jusqu’en Portugal, en Espagne et même en Orient. D’un autre côté, l’Angleterre, produisant peu de céréales, en importait de ses colonies, de sorte que, jusqu’à la guerre de l'indépendance, celles-ci eurent toujours un excellent marché pour leurs produits agricoles.
On sait qu'après la guerre, cependant, la situation des États-Unis fut durant quelques années très critique, et que la jeune République se trouva même dans l’impossibilité de faire honneur aux engayements qu’elle avait contractés vis-à-vis de ses créanciers, en Europe. A partir de 1791, jusqu’en 1805, les produits américains obtinrent des prix très élevés sur les marchés étrangers, puis on employa la richesse créée par l’agriculture à la construction de fabriques et d’usines dont on sentait vivement la nécessité depuis la rupture avec l’Angleterre, « Stimulées, dit l'historien que je viens de citer, par une réunion de circonstances excessivement favorables : l’embargo, la loi de non-importation, les ordres en conseil, les décrets de Napoléon, les pri. mes, les offres d’exemption d'impôts, les résolutions solennelles des législatures et les engagements solennels, pris parla population,
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de employer que des marchandises américaines, les manu factures commencèrent à prospérer, des moulins, des fabriques, des ateliers, des fonderies, des corderies s’élevèrent dans toutes Les parties du pays, du Maïne jusqu’à Loutiseville ».
Ce progrès industriel eut pour résultat, comme je l'ai dit, d'attirer des émigrants qui devinrent les ouvriers de ces fabriques. Le mouvement de l’émigration ne s’est pas ralenti depuis lors; le capital et le travail n’ont jamais fait défaut ; le gouvernement de l’Union a su faire de bonne politique économique, et les ressources du pays ont été rapidement mises en exploitation.
Jusqu’à 1867,l’histoire économique duCanada, surtout en ce qui concerne les Canadiens français, a été absolument subordonnée à son histoire politique. Nos pères, tout entiers à leurs réclamations constitutionnelles, à la vindicte de leurs droits violés ou menacés, ont moins songé que les Anglo-Saxons à tirer parti des avantages matériels qu'offre notre pays. D'ailleurs, manquant de capitaux, ils n'auraient pu, tout au plus, que prendre une part plus grande dans le commerce local. Coupés de tous rapports avec la France ; tenus en suspicior, pendant les guerres de Napoléon, par les Anglais, qui, en outre, étaient
jaloux de monopoliser tout le commerce de transport ; sans navires et hors d’état d'en acheter, il est naturel qu’ils n’aient pas songé au commerce extérieur.
Lorsque la loi de non-importation fut votée aux Etats-Unis, quelques années après la guerre de l'indépendance, un grand commerce intérieur se développa dans ce pays, mais comme les difficultés de transport étaient très grandes, les États avoisinant le Canada durent chercher un marché pour Icurs produits à Québec et à Montréal. Naturellement, ce furent les Anglais établis au Canada dans le but unique d'y faire du commerce qui profitèrent de cette aubaine. La moitié du commerce de fourrures du Nord-Ouest et tous les produits du Vermont et des comtés du nord de l'Etat de New- York, jusqu’au Niagara, se concentraient à Montréal, d’où ils étaient expédiés en Angleterre. Les marchandises anglaises étaient admises en franchise au Canada et de là prenaient la route des Etats américains limitrophes. Les Canadiens-français étaient exclus de ce commerce, par la force des choses ; mais ils en bénéficiaient cependant, car les produits de leurs terres atteignaient des nrix plus élevés. Ils jouirent d’ailleurs, après la conquête, d’une plus grande prospérité; qu’en aucun temps de la domination française.
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