‹ L'avenir du peuple canadien-français [microforme]Chapitre 33 sur 97 · ST D · texte numérisé non relu

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Les qualités d’un peuple ont besoin d’être canalisées, contenues et dirigées vers un but bien défini, si l’on veut qu’elles deviennent des forces nationales. On n’a quère appliqué, jusqu’à présent, qu’à la déclamatien creuse décorée du nom d’éloquence — l’éloquence est une tout autre chose — les dons innés et précieux de la race canadienne-française.

L’éloquence déclamatoire, si l’on tient à ce nom, est un art des âges primitifs. Elle agit sur les «sprits encore naïfs, mais surtout sur les nerfs ; elle n’obtient que des résultats immédiats, puisque la réflexion reprend tou- Jours ses droits après que l’émotion nerveuse et factice, suscitée par les gestes et les éclats de voix s’est dissipée. Or, comme nous n’avons plus de nos jours à exciter des soldats à la bataille, et que l’électeur n’est pas appelé à voter immédiatement après les grandes réunions, il en résulte que le plus souvent /’é/0quence des tribuns est dépensée en pure perte. |

Les influences qui prévalent aux bureaux de vote proviennent de sources multiples et agissent en général sans le secours des phrases à effet. Quant aux parlements et aux législatures, où ceux qui prennent part aux débats ne font guère que rééditer, sous une forme moins littéraire, les arguments déve-

loppés, à satiété, dans les journaux, on com prend que le talent oratoire n’y puisse être qu’un élément décoratif.

« Un orateur politique, dit Macaulay (1), peut, sans avoir lu dix pages ou réfléchi dix minutes, traiter des questions épineuses de commerce et de législation, s’attirer de bruyants applaudissements et retourner à son siège en laissant l'impression qu'il a fait un excellent discours. Pourquoi, en effet, se mettre en peine d’une logique de qualité supérieure, lorsque des raisonnements inférieurs sont également bien acceptés? C’est là, croyons-nous, l’un des maux les plus sérieux qui contrebalancent les nombreux bienfaits du gouvernement populaire. Les esprits les plus perspicaces et les plus vigoureux de chaque géñération, des esprits admirablement doués souvent pour la recherche de la vérité, consomment la plus grande partie de leur temps à produire des arguments auxquels un homme de bon sens ne voudrait même pas donner place dans un traité destiné à la publicité, des arguments bons tout au plus à servir une Jois grâce au secours d’une élocution aisée et d’un langage choisi. L'habitude de dis-

1, Essays.

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