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enrichir de son travail les villes manufacturières du pays voisin. La seule province de Québec a pe:du ainsi près de la moitié de ses habitants. Vu ce phénomène étrange au premier abord, mais facilement explicable, notre expansion nationale pourra être considérablement modifiée ou entravée, si nous ne nous hâtons de prévenir les maux qui nous menacent, si nous n’opposons pas aux circonstances adverses une foi patriotique inébranlable, prête à tous les sacrifices comme à tous les dévouements.
Quelles sont les causes de l’émigration?
J’ai rappelé, dans un chapitre précédent, comment, avant la construction du magnifique réseau de voies ferrées qui sillonne les Etats- Unis, une partie du commerce de la Nouvelle Angleterre et de l'État de New-York s’était concentrée à Montréal et à Québec. Plus tard, en 1854, un traité de commerce basé sur la réciprocité fut conclu entre le Canada et la République voisine, assurant à notre pays agricole un libre accès à son marché naturel, la Nouvelle-Angleterre, qui estcouverte de fabriques et d’usines. Ce traité nous valut une ère de prospérité sans exemple. En 1867 malheureusement, le gouvernement américain refusa de le renouveler, et des deux côtés dela frontière on eut recours aux tarifs protecteurs : le gou-
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L'AVENIR DU PEUPLE CANADIEN-FRANÇAIS 10Ff
vernement américain, afin de défendre contre la concurrence canadienne les céréales et les bois de construction de ses États de l'Ouest, le youvernement canadien, afin de défendre contre la concurrence américaine les industries qu’il voulait créer et qu’il ne put créer. Le résultat à constater, c’est qu’à partir de 1871-72 la prospérité a disparu de la province de Québec, et que l’émigration a pris des proportions gigantesques, qui n’ont fait qu’augmenter chaque année.
Les émigrés sont, en partie, des journaliers et des ouvriers qui se croient assurés d'un meilleur salaire aux États-Unis ; l’immense majorité est composée de cultivateurs qui ont, autrefois, connu une grande aisance et qui ne veulent pas donner le spectacle de leur indigence dans la localité oùon les a vus prospères et heureux. Pour tous ceux-ci, l’histoire est la même. Ils possédaient une jolie propriété libre de toute hypothèque ; les mauvaises années sont venues, un premier emprunt a été facilement accordé par une compagnie de prêts hypothécaires, à sept ou huit pour cent. Comme on obtenait l’argent de si bonne grâce, on a un peu majoré le montant strictement nécessaire — car on sait qu'avec de l'argent on gagne de l’argent— on se disait qu’on achèterait un morceau de terrain, qu’on améliorerait le
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