‹ L'avenir du peuple canadien-français [microforme]Chapitre 43 sur 97 · HAUX · texte numérisé non relu

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Quinet, à exprimer le génie de nofre race.

Si encore cette introduction de termes barbares pouvait avoir pour effet d'établir, entre nos compatriotes anglais et nous, une concorde, une harmonie plus parfaites ; si elle pouvart être considérée comme une gracieuseté à leur adresse, langlicisme aurait une excuse, Mais il n’en est rien, et les Anglais ne nous savent aucun gré de ces concessions.

Nous ne pouvons nous permettre d’emprunter aux Anglais, comme pourraient le faire nos frères de France, pour deux raisons principales : La première, c’est que les mots anglais que nous franciserions ne seraient francisés que pour nous et resteraient des barbarismes pour le reste du monde; les seuls termes étrangers qui ont été introduits en France, Pont été par de grands écrivains, avec la complicité des grands journaux parisiens, ou par les grands journaux parisiens avec la complicité de grands écrivains et plus tard avec la sanction de l'Académie. La seconde, c’est que la pente de l’anglicisme est trop glissante ; nous ne saurions pas nous limiter et nous tomberions bientôt dans le patois. Toute langue qui se détache, dans ces circonstances, de l’un des grands idiomes littéraires du monde peut difficilement réussir à ètre autre chose qu’un patois. Non seulement

nous devons proscrire l’anglicisme, mais nous sommes tenus d’être plus puristes que les Français de France eux-mêmes.

C’est dans cette question de l’épuration de notre langue que l’on peut le plus facilement demander à tous les Canadiens-français ayant au cœur quelque patriotisme, de joindre leurs efforts; car ces eflorts n’impliquent aucun sacrifice réel. Il suffit qu’à Montréal et à Québec, une élite, plus nombreuse qu’elle ne lest aujourd’hui, déclare une guerre sans pitié à l’angtisme et au barbarisme, l’émulation et, disons le mot, la vanité feront le reste. Quand on pourra compter à Montréal cent jeunes gens parlant un français absolument irréprochable ; quand vingt avocats de notre barreau seront en état de plaider devant un tribunal comme pourraient le faire des avocats français de province ; quand il y aura à la législature de Québec dix orateurs en état de prononcer un discours qu’un conseiller général de département pourra lire sans sourire ; quand surtout nos journalistes en seront arrivés à avoir honte de faire des fautes de français, alors nous pourrons être certains que le travail d’épuration de notre langue sera en bonne voie. Nos Jeunes gens acceptent bien un état d’infériorité générale qui est commun à tous ceux avec lesquels ils sont journellement en contact ;

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jamais ils ne se résigneront à une infériorité qui sera particulière à un certain nombre d'entre eux et pourra être constatée à chaque instant.

Songeons-y pendant qu’il en est temps. Il ne faut qu’un peu d'effort. Nous en sommes encore à cette phase heureuse où un mouvement patriot'que peut se propager sans entraves et exercer en même temps dans tous les centres canadiens-français une influence immédiate. Dansnotre province, tout le monde, pour ainsi dire, se connaît. Nos frères émigrès aux États-Unis, ou du moins l'immense majorité d’entre eux, n’ont pas=ncore rompu les liens qui les attachent à nous; ce sont des émigrés d'hier, qui, presque tous, conservent un vague espoir de revenir au pays, aussitôt que les circonstances seront favorables. Leurs journaux se modèlent sur les nôtres ; l'esprit qui les anime est le nôtre; leur sens du beau, du bon, du bien, ne s’est guère modifié dans les villes américaines, puisqu'ils se mêlent peu à la population de langue anglaise. Si donc tous nos jeunes compatriotes ayant reçu une éducation classique se disaient : détruisons l'anglicisme, débarrassons-nous de cette entrave qui arrête notre développement intellectuel à sa source même, l’œuvre serait bientôt accomplie. Nous apprenons une lan-

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gue étrangère d’une manière suffisante en moins d’un an d’étude ; pourquoi ne corrigerions-nous pas quatre ou cinq cents barbarismes, anglicismes et négligences de langage dans le même temps. |

En France, l’homme qui, ayant’ reçu une bonne instruction primaire, est pris en flagrant délit de locutions incorrectes, se sent tout honteux. C’est ce sens-là qui nous manque ; mais il y a plus, ce sens chez nous a été retourné. Il existe dans la province de Québec un état d'esprit qu’un lecteur. français ne s’expliquerait guère et qui, de fait, n’est pas explicable, un état d'esprit unique au monde peut-être.

Dans ce réseau de la médiocrité qui nous étreint et retient tout à son humble niveau, il n’est presque personne qui ait le courage de s'affirmer homme de progrès. On a honte de bien parler sa langue etisurtout de la bien prononcer, si, pour ce faire, il faut différer de son entourage. « Voilà X..., qui parle à /a française » (c’est-à-dire en bon français), dirat-on et... c’est incroyable, mais c’est comme cela, X..., qui prononcera miroir, mois, oiseau, main, tard, au lieu de mirouère, moûd, ouéseau, min, tord, sera voué au ridicule.

O mes compatriotes, quand nous aurons émondé et épuré notre belle langue, quand nous lui aurons rendu sa limpidité, sa clarté,

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son élégance incomparables, il me semble que notre race aura fait un grand pas dans la wie du progrès. Chacun de nous pourra énoncer clairement ce qu’il concevra bien et sentira profondément ; nous aurons retrouvé un organe. Nous serons au niveau des autres peuples ; nous pourrons produire et créer ; nous aurons à notre service toute la puiiéuncé du verbe.

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