Parmi nos romanciers, il faut citer A. de Gaspé, O, Chau
veau, Gérin-Lajoie, G. de Boucherville, J. Marmette, etc, ;
parmi les poètes : O. Crémazie, MM. P. Lemay, L. Poisson,
W. Chapman, etc. D'autres écrivains et publicistes de
valeur sont MM. Routhier, De Celles, H. Fabre, Beaugrand,
| Tarte, Buies, l’abbé Laflamme, T. Chapais, L. O. David, Sylva Clapin, P, Tardivel, etc.
tous plus de cinquante ans et appartiennent à la pléïade dont j'ai parlé (1).
Je reconnais bien volontiers que l’art du tribun populaire qui sait faire vibrer l’âme des masses et tressaillir leurs nerfs, en leur débitant des lieux-communs sur un rythme tonitruant et avec des regards enflammés, est une force non négligeable. Dieu me garde de médire du lieu commun; il a certainement fait verser plus de douces larmes, fait naître des émotions plus intenses que les pensées les plus sublimes! Combien de fois j’ai vu de nos orateurs politiques se grisant au son de leur propre voix, le rouge de l'inspiration aux joues, l’ardeur du feu sacré dans les yeux, faisant courir de petits frissons dans les veines de leurs auditeurs qui les acclamaient avec frénésie ! La phrase évocatrice des saints enthousiasmes avait pourtant été lue des milliers de fois dans les journaux par ces mêmes auditeurs. Certes, en des jours de crise ou d’affaissement national, l’éloquence populaire pourrait devenir un instrument de salut. En temps ordinaire, cet art me paraît inférieur,
1. MM. Fréchette, Laurier, Sulte, Routhier, Tassé, Mgr Tanquay, l'abbé Casgrain et tous les historiens et hommes de lettres dont j'ai mentionné les noms dans les notes des payes précédentes, moins trois peut-être, ont plus de cinquante ans. Ces derniers ont plus de quarante.
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au point de vue de l'utilité de ses résultats, à celui de lacteur qui lui, au moins, se fait souvent l'interprète de hautes pensées exprimées dans un langage harmonieux et leur prête tout le charme d’une diction parfaite.
Il est certains orateurs de foules, apôtres mus par une pensée religieuse ou philantropique, dont la parole sincère et enthousiaste est quelquefois profitable, Les officiers de l'Armée du Salut, en À ;lceterre, qui pérorent sur les places publiques, ou les champions de la cause socialiste qui, durant les après-midi dominicales, prêchent au Hyde-Park l’évanqile du siècle prochain, ont pu, souvent, faire germer quelques bonnes pensées. Qu’est-il résulté, depuis vingt-cinq ans, de tous les speechs prononcés dans la province de Qué-
bec ?
Notre tribun, dont la mémoire ne s’orne quère que de la liste des méfaits de ses adversaires, trésor mnémonique qui grossit d'année en année, et du compte des bienfaits de son parti, le tout recouvert de quelques vicilles fleurs de rhétorique, se meut exclusivement dans le cercle étroit des intérêts de coterie et de faction. Il cherche à soulever l’indignation publique contre ce misérable X..., qui a reçu nombre de pots de vin, contre cet ignoble Z..., quis’est livré dans son comté, à une
corruption éhontée ; il s’efflorce d’exciter l’enthousiasme de ses partisans en leur déclarant qu'une victoire glorieuse leur est, d'ores et déjà, assurée... Les années, les lustres, les décades se passent; tout ce bruit de rivalités et de vanités locales éclate, tonne, hurle l’envie, l'intolérance ; et notre nationalité se fait plus humble, notre pays devient moins prospère. Ainsi se consume l’activité intellectuelle de la plupart des jeunes gens bien doués de la présente génération.
La renaissance ne me paraît désormais possible qu'avec un encouragement pratique donné aux hautes études et la création de chaires d'enseignement supérieur
La science prend, chaque ïour, une part plus large dans la vie des esprits : l’art, la poésie, tous les genres de travaux littéraires sont ses humbles esclaves et personne aujourd’hui ne peut produire, s’il n’a longtemps étudié, approfondi et comparé.
La science se spécialise de plus en plus et, par là-même, gagne en profondeur et en éten-
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due. Nul ne peut, eût-il un génie puissant, ajouter quoi que ce soit de neuf et d’utile à l'ensemble des travaux humains, en aucun champ de production, s’il ne s’est familiarisé d'avance, au moyen de longues études, avec l’œuvre de ses devanciers. Autrement, il courra Je risque de se rencontrer avec quelques beaux esprits du passé et de découvrir un domaine déjà exploré. Il y a peu d'idées neuves, et ce n'est avanrès s'être assimilé tout ce qui a été dit et écrit sur ur. sujet donné que l’on peut caresser l'espoir de trouver soi-même quelque chose d’inédit et par conséquent d’utile.
La conception de l’art varie, se renouvelle, se modifie avec la marche du temps, et il faut être au courant de ces modifications pour trouver la note juste qui fera vibrer dans les âmes le sens de la beauté, qui éveillera le genre d'émotions particulier dont chaque génération est susceptible.
Peut-être qu'après de longues méditations, M. L..., publiciste canadien, aura réussi à formuler quelque grande vérité économique. On n’a pas dû penser cela avant moi, se dit-il, et il est très fier de sa trouvaille. Or, s’il avait lu Adam Smith, J.-B. Say, John, S. Mill ou Leroy-Beaulieu, il aurait constaté peut-être que cetie vérité était depuis longtemps découverte.
En étudiant les raisonnements et les faits exposés par les maîtres, il aurait pu, soit qu’il approuvât leurs conclusions, soit qu'il les repoussât, déduire de leurs théories quelques conséquences nouvelles, en faire quelque application ingénieuse. Et cela sans qu’il lui en coûtât plus de travail.
En thèse générale, la culture intellectuelle cest un devoir sacré; Jésus-Christ lui-même l’a proclamé : Qu’on se rappelle la parabole des talents : « 17 fallait, toi aussi, faire valoir mon argent, dit le maître au servitenr qui lui a rapporté le talent qu'il a reçu.
Qu’ox lut enlève son talent et qu’on le donne à celui qui en a dix! »
Les intelligences devraient être cultivées comme le sol; pour obtenir le développement idéal d’un pays et d’une nation, il ne faudrait laisser inculte ni une parcelle de terrain, ni une âme de villageois.
« Par le développement de la civilisation, dit M. Alfred Feuillée (1), chaque homme vit davantage, non seulement de sa vie propre, maïs encore de la vie commune; le progrès a deux effets simultanés qu'on a cru d'abord contraires et qui sont réellement tnséparables : accroissement de la vie indi-