‹ L'avenir du peuple canadien-français [microforme]Chapitre 50 sur 97 · IS · texte numérisé non relu

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Quant à la science, comme je l’expliquerai plus loin, nous ne pourrons l’acclimater qu’au moyen de la création de chaires nouvelles dans notre université.

Je dis aussi : soyons pratiques. Ouvrons à toutes les aptitudes, à tous les telents que nous constatons au sein de notre population des carrières dans lesquelles ils pourront être mis à profit, donnons-leur les moyens de se développer. Ne négligçeons aucune de nos richesses ; surtoutles plus rares, les plus précieuses, les plus réellement productrices. Que tout ce qui germe puisse éclore et porter des fruits. Je ne demande pas que l’ouvrier quitte son atelier, l’agriculteur son champ, l'avocat son étude, pour aller se grouper autour d’une université ou d’une école d’art, qu’ils abandonnent leur travail quotidien pour se livrer aux hautes spéculations philosophiques ou à l'étude du dessin et du piano. Mais l’avocat, le médecin, le notaire des générations futures n'en gagneront pas moins bien leur vie parce qu'au lieu d’avoir passé quatre ans de leur

Jeunesse à flâner à Montréal ou à Québec (avec quelques intervalles d’étude vers le temps des examens), ils auront acquis quelques connaissances solides. Nos classes dirigeantes ne s’en porteront pas plus mal pour occuper leurs loisirs à se tenir un peu au

courant d: la vie intellectuelle générale, pour avoir ouvert leur âme à des jouissances d’un ordre élevé.

J: demande que nous ayons des écoles où nos jeunes gens de talent puissent acquérir des conna'ssanc:s qui les mettent au niveau des gens cultivés des autres pays; que lon fasse des efforts pour renverser la domination déprimante de la médiocrité prétentieuse et ignorante. Nous aurons contribué par làmême à notre développement matériel en ouvrant nombre de carrières nouvelles qui seront productives.

Nous sommes, à l’heure qu’il est, dans l'état d’une province un peu routinière, un peu arriérée qui s’en remet à la métropole du soin de représenter l'esprit national, le génie de la race et qui se désintéresse absolument de toute préoccupation à ce sujet. La partie colonisée de la province d: Québec pourrait consttuer au milieu de la France deux ou trois vastes lépartements que l’on considérerait comme excssivement prospères, bien que fort mal cultivés, et dont les conditions sociales de liberté, d'égalité et d’indépendance sembleraient absolument idéales aux esprits non prévenus par les idées anti-r.ligieuses; au point de vue de l'éducation, nous serions quelque p:u au-dessous du niveau général sur-

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tout en raison de nos anglicismes, mais nous ne trancherions pas autrement sur la vie de province, si ce n’est par notre passion ridicule pour le sport politique. J’excepte dans cette comparaison les grands centres universitaires, comme Lille, Bordeaux, Montpellier, etc.

Notre situation, ne l’oublions pas, n’est pas, en Amérique, celle d’une simple province, nous sommes les seuls représentants de la race française, sur ce continent; nous sommes un peuple à part, tenu comme tous les autres peuples, d'affirmer sa vitalité en contribuant au progrès.

Tel état de l’union américaine, telle province anglaise du Dominion peut, à la rigueur, se contenter d’une prospérité agricole, commerciale et industrielle ; car aucun de ces Etats, aucune de ces provinces n’a, à proprement parler, une histoire à part, des traditions séparées, une mission différente de celle de toutes les autres divisions politiques de l'Amérique du Nord. Nous ne le pouvons pas.

Le temps est venu pour nous, je le répète, de jeter les bases de l’œuvre de civilisation spéciale qui nous incombe sur ce continent, de préparer les voies à l’avenir, de prendre, en Amérique, une position en vue, afin de ne pas être perdus et oubliés au milieu des populations de race étrangère qni nous entourent.

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