De la haute éducation intellectuelle
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tés de l’esprit humain de secrètes harmonies ? Est-ce que toute culture élevée, généreuse, féconde, ne profite pas en définitive à l’esprit lui-même et ne grandit pas l’homme tout entrer ?
En Allemagne, et c’est à ce pays qu’il faut demander des exemples et des renseignements utiles, lorsque l’on traite de questions d'éducation; en Allemagne, et de même en Suisse, tout étudiant inscrit dans les facultés de droit ou de médecine est tenu en même temps de suivre deux autres cours à son choix : soit de philosophie, soit de philologie, soit de littérature ou de sciences historiques. J’ajouterai qu’il est peu d'étudiants qui ne suivent pas quatre ou cinq de ces cours complémentaires, pendant toute la durée d£ leurs études. Dans une université où il existe ainsi des facultés de sciences et de lettres, l’élève intelligent ne songe pas, son cours fini, à s’éloigner le plus tôt possible. Il entend, en passant dans les longs couloirs, les applaudissements, les murmures approbateurs, les échos de la voix des professeurs qui lui arrivent plus ou moins distinctement; il voit des camarades ‘entrer dans d’autres salles, il est entraîné par le courant; il y a une certaine attraction dans ces portes closes derrière lesquelles on distribue le savoir, Bref, il vient de passer une
Pt D TEE,
heure à faire de l’anatomie ou à entendre des commentaires sur le Code civil, ilira durant une autre heure s’initier aux lois de l’économie politique, aux mystères de la philosophie ou des langues anciennes. Il n’est pas un étudiant des grandes universités qui n'ait éprouvé cette attraction. L'activité des camarades est un stimulant; il s’établit une louable émulation entre les étudiants ; on se rencontre pour causer des choses de la science, on discute les opinions émises, on en émet soi-même. Peu à peu on sent grandir en soi la conscience du monde extérieur; l’histoire du passé se présente à nos yeux sous des couleurs que nous ne lui connaissions pas. La voix des grands penseurs, des grands poètes dont s’honore l’humanité se revêt d’un charme évocateur qui jusqu'alors ne nous avait pas été révélé, | C’est ainsi que se crée — en dehors de la vie bruyante d’un certain nombre de jeunes gens que l’on appelle « Étudiants » et qui pour la plupart n’appartiennent pas à l’université —la vraie vie des écoles, vie si attrayante, que dans toutes les grandes villes universitaires, on rencontre des étudiants -de dixième, de vingtième année. Îls sont souvent des savants eux-mêmes, mais ils continuent à suivre les cours des grands professeurs, contribuant
dans l’apparente inutilité de leur vie à maintenir le prestige du savoir. Ce sont les vieux fidèles, les courtisans de la science. Trop sceptiques peut-être. pour produire, ou manquant d’initiative, ou ne sachant pas donner à leurs idées la forme qui s’impose, ils se contentent de lui rendre un culte tout platonique. Ce vieil étudiant, n’est-ce pas là, précisément, le petit rentier idéal, l’aristocrate intellectuel que l’on serait heureux de rencontrer quelquefais dans notre Amérique pratique et démocratique ?
Et le traitement des professeurs? Cette question, les Allemands et les Suisses l’ont résolue victorieusement et facilement.
J’emprunte ce qui suit au rapport présenté par Victor Cousin au gouvernement français, en 1833, sur l’état de l’instruction publique en Allemagne : « Tout pro‘esseur ordinaire, recevant de l’Etat un traitement fixe, est tenu de faire, pour ce traitement, quelques leçons gratuites, sur lesujet le plus tahérent au titre de sa chaire. Mais outre ces leçons, il a le droit d’en donner autant qu'il lui plait sur des sujets qu'il croit convenir davantage aux goûts et aux besoins des étudiants, ou aux intérêts de sa propre réputation, pourvu que ces sujets se rattachent plus ou moins à la chaire dont il est titulaire et
ne sortent point du cercle de la faculté à
laquelle il appartient. Ces leçons se font
dans l’auditoire de l’université ou quelquefois dans la maison même du professeur; elles sont payées, et le prolesseur fait très peu d’'eæceptions à cet usage ». Ces honoraires sont payés entre les mains du trésorier de l’université, de sorte qu’il n’y a entre le professeur et les élèves aucune question d’argent.
« Le droit de fréquenter un cours est, presque partout, d’un louis par semestre. Un professeur distingué peut avoir au moins une centaine d’auditeurs par cours, ce qui lui Jait, pour trois cours, trois cents louis par semestre et six cents par an, outre son traitement fixe ».
« Le premier devoir du professeur, dit ailleurs l’illustre philosophe, est envers la science, non envers les étudiants ; c’est La maxime de tout vrai professeur d'université, maxime qui sépare essentiellement l’université du collège. L'État doit donc assurer aux professeurs de l’université un traitement convenable, indépendant du nombre des élèves ; car souvent un cours na que sept ou hutt élèves ; la haute analyse, par exemple, ou la haute philologie peut être d’une utilité inftnie pour la science. Un traitement fixe, con-