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tale, MM. Guyon, Lancereaux, Péan, etc., etc. Il faudrait que le mouvement fût suivi dans d'autres carrières, que de jeunes Canadiens-
français fussent inscrits également, dans les
différentes facultés de droit, de sctences et de Lettres, et qu'ils eussent l’ambition de ne revenir au pays que docteurs ou au moins agrégés de luniversité de Paris. Que nous ayons, au Canada, dans dix ou douze ans, des docteurs en droit, ès-arts, ès-sciences, èslettres de la Faculté de Paris, et notre un:versité, quelles que soient les influences déprimantes où rétrogrades qui pourront prévaloir alors, se verra forcée de créer des chatres en leur faveur. La nouvelle France ne pourra refuser à ceux de ses fils qui lui revtendront chargés des fruits les plus précieux du génie de lavreille France, les moyens de vivre et de faire bénéficier leurs compatriotes des richesses acquises. C’est le seul moyen pratique et infaillible que nous ayons de vaincre les partisans de notre trop modeste statr-quo dans le domaine de l’éducation.
En 1660, dix sept héroïques jeunes gens, Dollard Desormeaux et ses compagnons, pour sauver la patrie en danger et intimider les Iroquois qui menaçaient la colonie, s’enfermèrent dans un petit fort en palissades, sans autre espoir, sans autre désir que celui de
mourir après avoir vendu chèrement leur vie.
Ils luttèrent avec une énergie désespérée et moururent accablés par le nombre.
N'y a-t-il pas dans la province de Québec dix sept jeunes gens d'énergie, de talents supérieurs (et dont les parents possèdent quelque fortune) qui seraïent prêts à renoncer à tout rêve « politique », pour consacrer à l'étude dix ou douze ans de leur vte et aller puiser aux sources de la science, selon leurs aptitudes et leurs goûts particuliers, les forces dont nous manquons? Leur lutte contre l'ignorance n'aurait pas pour issue fatale la mort et la défaite. Elle leur assurerait, au contraire, une carrière brillante et ferait « cesser la grande pitié qui est au cœur du peuple canadien-français ».
Etre l’un des initiateurs de la science et de la haute culture dans son pays ; en être le premier critique littéraire, le premier botaniste, le premier physicien, le premier géoloque, le premier putloloyue ; être l'ancêtre de nombreuses générations d'artistes, de lettrés, de savants auxquels on aura ouvert une voie glorieuse : cette mission qui, aujourd’hui, peut devenir celle de quiconque, étant doué d’aptitudes spéciales, voudra la choisir, n'est-elle pas pleine d’attraits et digne de l'ambition d'une âme fière ?
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J'entends encore ici les objections de « l’aomme pratique ». « Nous ne sommes pas assez riches pour avoir des savants et des artistes ; les jeunes gens qui consacreraient ainsi leurs belles années à l’étude, seraient: plus tard dans l’impossibilité de gagner leur vie. Il n’ya place chez nous ni pour des qéolo-
es, ni pour des astronomes, ni pour des botanistes. » J’ai déjà répondu à la première partie de cette objection. Quant à ceux qui auront approfondi des sciences ne contribuant pas d'ordinaire à la production de La richesse, notre université, je le répète, sera forcés de créer en leur faveur des chaires bien rémunérées; car elle aura tout intérêt à s'attacher ces jeunes qjens, quand ce ne serait que pour empècher la fondation d’une institution rivale.
Qu'on ne l’ignore pas, dans un petit pays comme le nôtre, un jeune homme qui se sent des aptitudes supérieures et qu’anime l’ambition certainement légitime de se faire une grande réputation, n’a pas d’autres moyens à sa disposition que les arts, les lettres et les sciences. Dans les sciences, Je comprends l'économie politique, dont l'étude devrait s’imposer à ceux qui entreprennent de développer les ressources agricoles et industrielles de notre province.
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Il y a peut-être en Suisse, en Hollande, en Suède, au Danenark, des hommes politiques d’une haute valeur et d’une grande habileté qui auraient pu briller sur un grand théàätre; mais qui connaît leur nom ? Combien d'hommes très renseignés même, en France et en Angleterre, pourraient, sans recourir à l’Almanach de Gotha, nommer le président de la République helvétique, le président du conseil des ministres de Suède, de Norvège ou du Danemark ? En revanche, personne n’ignore Îles noms de Bluntschli, de Bjæœrnson, d’Ibsen, de Brandès.
Les arts, les sciences, les belles-lettres sont des fruits des vieilles civilisations, ce ne sont pas des produits indigènes, et ilnous faut, de toute nécessité, les importer chez nous.
Mais lorsqu'une fois nous nous serons adonnés à leur culture et que nous aurons pu apprécier les richesses dont ils sont la source, nous serons mille fois reconnaissants à ceux à qui nous devrons les précieuses jouissances qu'ils nous procureront,.
Les jeunes canadiens sortant de nos collèges se voueront avec la même ardeur au travail et à l'étude, une fois l'habitude prise, qu'ils se vouent aujourd’hui au « sport politique », avec le même enthousiasme que nos ancêtres ont apporté aux expéditions querrières, Des
chaires nouvelles seront créées au fur et à mesure qu'augmentera le besoin d'apprendre et de savoir ; la vie intellectuelle s’élévera, s'agrandira, s’ennoblira, et rien ne pourra entraver ce mouvement.
Je ne crois pas qu'il y ait au monde un seul pays, sans excepter l'Allemagne et l'Italie, où le sentiment musical soit aussi général et aussi profond qu’au Canada français.
Cette virtuosité innée qui a répandu avec une telle profusion les orateurs cherchant à entraîner les foules par la musique des mots, le charme des phrases ronflantes ; cet amour de la forme qui à multiplié les audutoires capables de savourer ces jouissances ; cette ardeur voluptueuse des âmes, ces entraînements faciles, cet enthousiasme si promptement allumé qui nous distinguent, tout cela constitue La base même du tempérament artistique, Or, c’est surtout dans la sphère musicale que ce tempérament s’est le plus clairement manifesté chez nous jusqu'à ce jour.
La musique est le plus populaire des arts, c'est aussi celui dont le charme se révèle le
plus facilement, le seul qui, même aux moins cultivés, donne cette sensation douce, cette émotion poétique du « dieu tombé qui se souvient des cieux. » Les chefs-d’'œuvre de larchitecture, de la peinture, de la sculpture, ne sauraient produire chez l'ignorant qu’une espèce d’éblouissement, de surprise, une admiration s’adressant au savoir-faire de lartiste ; la plus simple mélodie sait réveiller au cœur du plus grand comme du plus humble les doux souvenirs et les rêves divins. Le Jeune dessinateur, le jeune architecte, à ses premiers essais, n’éprouve pas un sentiment très différent de celui qu'éprouve lPapprenti me“ ïsier, ébéniste ou forgeron. Le petit musicien qui, dans une heure d'enthousiasme, improvise sa première mélodie, s’élève déjà aux pures jouissances de l'artiste et du poète.
Qui n’a constaté, dans nos campagnes et dans nos villes, combien sont nombreuses les personnes qui jouent avec un qoût exquis de quelque instrument de musique ?
Qui d’entre nous ne connaît cinq ou six, au moins, de ces jeunes prodiges, dont on dit :
Si cet enfant avait l'avantage de suivre les cours d'un bon conservatoire, quel artiste il deviendrait !
On pourra contester les dispositions spécia-
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les du peuple canadien-français à tout autre point de vue ; mais ses aptitudes musicales sont incontestables,
Seulement, si l’on veut tirer de ces dispositions heureuses plus qu'un amusement, plus que des Jouissances passagères ; si l’on veut augmenter, affiner ces Jouissances, ici encore il faut une culture appropriée, la haute éducation musicale. On n’obtient rien sans cela. Toutes les autres conditions nécessaires à l'éclosion artistique, nous les possédons.
Pourquoi les Allemands, si essentiellement musiciens, Si épris d'harmonie chez eux, semblentils n'avoir rien conservé aux Etats-Unis de cette qualité nationale ? C’est que l’art ne peut éclore que dans un terrain propice. Le bruit des usines, le grincement des machines, l'activité fébrile du commerce et de l’industrie, l'effarouchent sans doute. IT faut pour qu'il fleurisse que rien n’obscureisse le soleil, que rien ne ternisse la limpidité de Pair. II faut avant tout à Partiste un milieu sympathique, le rayonnement de cœurs affectueux et d’esprits enthousiastes ; il faut que, devant lui, la vie s’épanouisse avec tout le charme dont elle est susceptible, qu’elle ne soit pas seulement la course hâtive d'hommes affairés qui disparaissent avant que f'œil ait pu les saisir, mais aussi, par moments, la promenade nonchalante