‹ L'avenir du peuple canadien-français [microforme]Chapitre 61 sur 97 · RS · texte numérisé non relu

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de dilettantes qui passent en souriant et prennent le temps d'aimer.

La vie dans notre province a bien ce double caractère d'activité chez plusieurs, et d’aimable noncaalance chez le plus grand nombre.

Le souci des affaires et de la richesse à acquérir ne nous préoccupe pas encore outre mesure, nous aimons à nous laisser vivre. Le Canada français est peut-être, oserai-je dire, le seul endroit dans toute l'Amérique du Nord, où une société d'artistes, de musiciens, de peintres, de sculpteurs, pourrait se développer à l'aise et trouver tous les éléments congéniaux propres à favoriser son œuvre. [Il manque aux esprits un peu de cet affinement que donne la haute culture, la vision du beau y est un peu obscurcie, mais le voile qui nous la dérobe est léger et disparaîtra facilement.

Il faut donc, pour mettre à profit ces heureuses facultés, pour tirer parti de ces circonstances favorables, créer des écoles d’art. IT faut que l'Etat, la municipalité ou une association de citoyens prenne l’enseignement artistique sous son patronage immédiat,

J'ai dit plus haut que déjà un certain nombre de jeunes peintres canadiens faisaient à Paris des études sérieuses; ceci peut nous donner bon espoir pour l'avenir de la peinture dans notre pays; mais pourquoi n’avons-nous

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pas un conservatoire de musique à Montréal, quand la ville de Toronto, moins importante que Montréal et située en plein pays anglais, en possède un? La même indifférence coupable qui règne dans notre province pour tout ce qui ne se rattache pas aux luttes des partis, nous a empêché de songer à ce détail, — la culture des arts — de même qu’à la plupart des branches du haut enseignement. « L'art n’existe, cependant, que pour les pays qui le cultivent ». Sans les arts, aussi bien que sans les sciences et les lettres, un peuple reste nécessairement arriéré, aveugle aux plus exquises beautés, sourd aux voix les plus suaves, fermé aux plus pures jouissances.

Nous avons, dans toutes les parties de la province, des professeurs de piano et de violon; mais jamais tant que nous nous en tiendrons là, notre population si friande de musique ne pourra compter sur une bonne interprétation des grandes œuvres du rérertoire classique, excepté lors des rares iournées de quelques grands artistes européens. Jamais nous ne pourrons composer un orchestre capable d'exécuter convenablement une symphonie de Haydn ou de Beethoven, une suite de Bach, ou même une rhapsodie de Liszt, et nous devrons nous contenter de la musique des valses de Strauss et de Waldteutel, d’ouver-

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tures d’opéras, et de pots pourris tirés des œuvres de Lecoq et d'Offenbach. De même qu'un peintre ne peut exceller dans son art, si, en outre de lonques études dans une académie de peinture, il n’a l’occasion de visiter souvent des musées, des expositions, et d’étudier à loisir les chefs-d’œuvre des maîtres ; de même un musicien très bien doué pourra difficilement produire une œuvre de quelque valeur, s’il ne lui est donné d’assister fréquemment à une exécution supérieure des grandes compositions vocales et instrumentales, s’il n'existe pas d'institution où le jeune compositeur « trouve à nourrir son imagination et à échaufler son génie au contact permanent des créations immortelles de l’art. » Aujourd’hui, comme on le sait, la musique est devenue presque une science, et le compositeur doit se doubler d’un critique musical. Quant à la foule, jamais elle ne s’élèvera à la compréhension intégrale des chefs-d’œuvre de l'art classique et surtout de l’école moderne ; jamais nous ne possèderons le dilettante musical, au goût pur et délicat, tant que nous n’aurons pas une académie de musique qui fera notre éducation dans cet art divin. Jusque Îà, nous assisterons religieusement aux concerts donnés par les virtuoses étrangers, d’une réputation consacrée, mais un peu comme chez nos voi-

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sins, à cause de la mode, Un conservatoire dans la province de Québec, outre qu'il développerait et épurerait notre goût musical, aurait pour effet d'ouvrir à un bon nombre de jeunes gens une carrière honorable et facilement lucrative. Les artistes qu’il aurait formés trouveraient dans toute l'Amérique anglaise un champ immense à exploiter. Le sens du beau enfin, en se développant au sein de notre population, augmentera la somme du bonheur général, Chaque paroisse voudra avoir son orchestre que dirigera l’organiste de l’église, élève du Conservatoire, et ce sera là un grand attrait ajouté à la vie villageoise.

Les habitants des villes et des campagnes allemandes, disait Mme de Staël (1), Les soldats et les laboureurs savent presque tous la musique. Il m'est arrivé d'entrer dans de pauvres matrsons norrcies par la fumée du labac et d'entendre tout à coup, non-seulement la maîtresse, maïs le maïtre du logis tmproviser sur le clavecin, comme les Italiens improvisent en vers ». Cette phrase est quelque peu fantaisiste, Ce qui est vrai, c’est que chaque village allemand possède un excellent orchestre, que ses habitants savent apprécier, et que le directeur qui est en même temps

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