De l'Allemagne
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|} l'instituteur de la localité, tient à 1.e faire exé-
fl cuter que des morceaux de maîtres, mêlés de
| quelques valses entraînantes et de romances fl sentimentales également signées par des mai-
(| tres, pour la plupart.
l Que de pures jouissances la culture musicale apporte à ce peuple, pauvre et écrasé par les dépenses militaires ! Je n’oublierai Jamais l'impression que j'éprouvai, un soir, dans un petit village de la Prusse saxonne, en
|. entendant l’orchestre de l’endroit, exécuter
Ii cette divine mélodie de Schubert « Près de La
j | mer y». C'était un soir de fête, —- la fête de la
| récolte, au commencement d’octobre —, dans | un grand jardin avoisinant la mairie. Deux ou | trois cents villageois, hommes, femmes et
Î | enfants, étaient assemblés en face des musi-
k ciens qui occupaient une espèce d’estrade. On
1 n’entendait pas un murmure, pas un souffle.
D: J'examinais les figures de ces enfants, de ces
M | hommes lourds, aux épaules puissantes, à l'air
entêté : on les aurait crus sous l'influence de
quelque puissance mystérieuse, tant leur |. regard se fixait avec intensité dans l’ombre | éclairée de quelques lanternes chinoises, tant | leurs lèvres entr’ouvertes semblaient s’enivrer
| voluptueusement de la mélodie qui s’élevait
| dans l'air. Quant la dernière note se fut effa- | cée lentement comme un soupir, je sentis les
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poitrines se dilater, respirer plus à l'aise; le silence régna une seconde encore, puis des applaudissements enthousiastes, des bravos dans lesquels il y avait des larmes se firent entendre, éclatèrent bruvants, délirants, Et les musiciens, le sourire aux lèvres, sentant qu'ils possédaient, suspendue aux cordes de leurs instruments, l’âme de cette foule, qu'ils tenaient dans leurs mains pour quelques instants encore le bonheur de ces deux cents viilageois, leurs parents et amis, recommencèrent au milieu du même silence religieux, suivi des mêmes applaudissements fiévreux. A la troisième reprise, toutes les voix, tous les cœurs répétèrent avec l’orchestre les derniers vers de la douce poésie de Heine.
Et de tes yeux, de tes beaux yeux Tombaient des larmes,
Je n’oublierai jamais ce soir d’automne, où seul, à l'étranger, loin de tout cœur ami, j'ai senti mon âme s'unir à celle de ces villageois allemands, dans un même enivrement d’une douceur infinie ; car jamais peut-être je n’ai aussi bien compris et éprouvé ce pur sentiment, la solidarité, la fraternité humaine, Cette âme allemande, si éprise d'harmonie, si sensible aux charmes de la musique, n’a pas été transmise ainsi à travers les siècles.
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Les Germains belliqueux, pas plus que les Gaulois, n’étaient des Tyrtées ; seul alors, sans doute, le son du cor pouvait faire vibrer leur cœur. Plus tard, les chants des Minnesinger ne se firent guère entendre que dans les châteaux des seigneurs, sous les fiers donjons. Ce n’est qu’au siècle dernier que le goût de la musique est devenu général en Allemagne, grâce surtout aux souverains de tous ces Etats minuscules dont notre siècle a vu disparaître le plus grand nombre, dans l’œuvre de l’unification nationale.
Ces petits ducs, princes et margraves, qui voulaient donner le plus d’éclat possible à leur cour, ont fondé des écoles, bâti des thé4tres, accordé des subventions aux artistes et développé ainsi dans la population des aptitudes bien conformes, du reste, au caractère à la fois naïf, enthousiaste et rêveur des Allemands.
La France avait produit, avant la révolution, plusieurs musiciens de talent, mais ce n’est que depuis la fondation du Conservatoire de Paris qu’il existe une école française de musique, cette glorieuse école qui, à l'heure actuelle, possède plus de musiciens éminents que l’Allemagne et l'Italie.
L’harmonie, cette langue divine,
Qui nous vint d'Italie et qui lui vint des cieux,
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révolunais ce ser vaançaise l'heure
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à d’abord été cultivée à Rome, à Gènes, à Venise et à Naples, de même que la peinture, sans doute parce que le peuple italien avait de grandes dispositions artistiques, mais aussi parce que c’est dans ces villes que furent fondés les premiers conservatoires et les premières écoles de musique. Les institutions de saint Philippe de Néri, à Gênes; les conservatoires dei poverti di Gesu-Cristo, de Sauta Maria di Loreto et de saint Onofrio à Naples, les quatre conservatoires de musique pour les femmes à Venise, etc., toutes ces écoles remontent au xvrr°, au xvie et jusqu'au xv° siècle.
Les conservatoires de Paris, de Vienne, de Milan, de Prague, n’ont été fondés qu'au commencement de ce siècle. Quant à l’Allemaqgne, elle avait au siècle dernier plusieurs excellentes écoles de musique.
Pour ceux qui ne se rendent pas bien compte de la supériorité que possède un conservatoire avant une vingtaine de professeurs sur vingt excellents professeurs de piano, de violons et de chant répartis dans une ville, je rappellerai ceci :
L'enseignement d’un conservatoire doit comprendre les matières suivantes : Le sollège et la théorie élémentaire de la musique ; le chant, la vocalisation et la musique vocale
| | d'ensemble ; la diction et la déclamation; la I) langue italienne et la prononciation latine ; | la déclamation lIvrique et les études. drama- | — tiques; l’ensemble instrumental (musique de | chambre et musique d’orchestre); l'harmonie et l'accompagnement; le contre-point et la jl fugue ; la composition appliquée aux divers genres de musique; létüde analytique des (Il formes et procédés techniques et enfin les fl divers instruments : orgues, piano, violon, harpe, violoncelle, flûte, alto, contrebasse, hautbois, etc. Un conservatoire doit posséder une bibliothèque d’œuvres musicales ; il comprend un orchestre recruté parmi les professeurs et les élèves des classes supérieures, qui donne chaque année, plusieurs arandes auditions publiques ou concerts d’œuvres classiques, généralisant ainsi le goût de la bonne musique. Enfin, la réunion d’un nombre con- | Ê sidérable d’artistes distingués fait nécessaire- | ment naître une émulation dont l’art bénéficie,
Les cours aux conservatoires de Paris, de il! Rome et à quelques autres sont ouverts gratuitement, à tous ceux qui satisfont aux conditions exigées pour l'admission. À Bruxelles,
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on; la latine ; [ramaque de rmonie et la divers ue des fin Îles violon, ebasse, osséder il comes prorieures, grandes es clasa bonne re conessaire-
bénéfi-
aris, de rts qra- Aux conuxélles,
ils sont gratuits pour les Belges seulement, les élèves étrangers ont à payer deux cents francs par an. En Allemagne, on exige de tous une rémunération généralement assez modique.
Les élèves d’un conservatoire ont cet avantage qu'ils peuvent recevoir des leçons de .
professeurs illustres pour un prix inférieur à celui qui leu: serait demandé par le plus humble professeur particulier, en outre de tous les autres avantages qui résultent des études d'ensemble, des leçons de théorie, des auditions presque quotidiennes de chefs-d’œuvre musicaux, etc., etc.
Je ne vois pas bien les diff cultés que présenterait la fondation d’un conservatoire, à Montréal, sur le plan des conservatoires allemands non subventionnés, en y introduisant le système des bourses et des cours gratuits, en faveur d’un nombre déterminé d’élèves qui ne seraient pas en état de payer et qui justifieraient de la possession d’aptitudes et de
‘talents supérieurs. Il suffirait que quelques
citoyens influents et dévoués à leur pays voulussent prendre l'initiative de cette fondation, que la ville aurait tout intérêt à doter et que le gouvernement de la province tiendrait également sans doute à favoriser ; une institution de ce genre, qui s’assurerait les services de professeurs éminents et de quelques artistes