ESA
MR EMEL RTE ES
s’immobilisent dans un doux rayonnement et ce sont finalement des tableaux que j’évoque : des tableaux qui pourraient être l’ornement d’un musée national où, comme dans une autre galerie de Versailles, notre jeunesse irait réchauffer son amour de la patrie.
Je n’ai pas la prétention de dicter de sujets de tableaux à nos jeunes peintres, je ne puis m'empêcher de leur signaler, cependant, ju quelques-uns de ceux qui hantent le plus sou- (A vent ma pensée :
Le premier défricheur canadien.
Vers 1620. A quelque distance du rocher de Québec que couronne un petit tort de palissades, une haute colonne de fumée s’élève auul dessus de la cime des arbres. Un beau soleil l de juillet dore les flots limpides du fleuve et met des rayons sur les flancs abrupts de la qu future capitale. Dans une large trouée noire ll qui a été pratiquée à l'entrée de la forêt, des pins et des chênes à demi calcinés jonchent le sol, tandis qu’un feu ardent consume des amas de branchages. Sur un tronc d’arbre un fusil tout armé. À quelques pas, debout, têté nue, l'air martial et fier, un homme attisagf l’incendie : Le défricheur-soldat, notre ancêtre.
AIS
ent et oquE * \ement > autre » jrait
sujets ne puis ndant, us sou-
cher de palissave auu soleil euve et
de la e noire êt, des hent le >s amas n fusil té nue, l’incene.
M. de Frontenac et l’envoyé anglais (1692).
L’envoyé de Sir William Phipps, qui vient assiéger Québec, est amené, les yeux bandés, dans la salle où se tient M. de Frontenac, le gouverneur, avec ses officiers. Dès que son bandeau lui est enlevé, il remet au gouverneur la lettre de son commandant.
« Cette lettre, dit le baron de La Hontan, parut plus turque qu’anglaise, et l’on ne reconnut point dans cette sommation, les honnestes formalitez que l’on observe, en pareil cas, dans notre Europe. Aussi, M. de Frontenac n'eut pas plutôt entendu l’interprétation de ce compliment, qu’il en fut indigné, et se tournant vers son capitaine de gardes, il lui commanda froidement de faire planter une potence devaat le port pour don ner payement au porteur de la lettre ». L’évéque et l’intendant réussirent cependant à amadouer le terrible gouverneur. « M. de Frontenac mit de l’eau dans son vin et dit d'un ton ferme, maïs assez rassis à l'officier anglais : Allez rapporter de ma part au chef de votre piraterie, que je l’attends de pié
ferme et que je me défendrai beaucoup mieux
qu'il ne n’attaquera. Au reste, je ne connais point d'autre roi d'Angleterre que Jacques
second, et puisque vous êtes ses sujets révoltes, Je ne vous regarde que comme de misérables corsaires dont je ne crains ni les forces, ni les menaces, maïs que je souhaiterais pouvoir châtier comme vous le mérites. Pour comble de mépris, M. de Frontenac, finissant sa réponse, jette la lettre de l'amiral au nes du major et lui tourne Le dos. » « L’infortuné messager, dit encore La Hontan, tirant sa montre et la portant à l’œil, eut assez de courage pour demander à notre gouverneur si avant que l'heure füt passée, il ne voulait pas le charger d’une réponse par écrit ; mais M. de Frontenac se retournant et lançant sur son homme des œillades assommantes :
« Votre commandeur, dit-il, ne mérite pas « que je me donne tant de peine, et je répon- « drai à son comp'iment par la bouche du « mousquet et du canon ».
Notre sculpteur, M. Hébert, dans une statue qui a été très admirée au salon des Champs-Elysées, à Paris, en 1892, a superbement rendu l’expression énergique, indignée et farouche de M. de Frontenac, lorsqu'il foudroie l’envoyé de cette fière réponse.
Un peintre pourrait, avec plus d’avantage, rendre toute la scène : l'aspect de la salle, le gouverneur entouré de l’évêque, de l’intendant et de tous ses officiers, jeunes gens à la figure
AIS
révolmisées for- [terais . Pour naissant au ne£ fortuné ‘ant sa sez de jerneur voulait |; mais ant sur antes :
rte pas réponche du
ne staon des iperbedignée ’1l fou-
antage, alle, le endant figure
énergique, toujours sur le sentier de guerre.
On sait qu’à cette époque, la colonie était réduite à toute extrémité ; le gouverneur n’avait que douze pièces de canons, manquait de munitions et de troupes. « Jamais le pays, dit Charlevoix, n'avait couru un aussi grand danger ».
Le premier coup de canon qui porta la réponse de Frontenac, abattit le pavillon de l'Amiral. « La marée l'ayant fait dériver, raconte le même historien, quelques Canadiens allèrent le prendre à la nage, et malgré le feu qu'on faisait sur eux, l’emportèrent à la vue de toute la flotte. Il fut porté à la cathédrale où il est encore. » Cet épisode pourrait former le pendant à la scène de la réception de l'envoyé anglais.
Un peintre de bataille n’aurait qu’à choisir, au cours de deux siècles, parmi les centaines de sujets dignes de l'inspirer : depuis le premier combat auquel prend part Champlain contre les Iroquois, en 1608, jusqu’à Ja bataille de Châteauguay contre les Américains, en 1813, les exploits de d’Iberville, les batailles de la Monongahéla, où parmi les vaincus se trouve Washington, alors colonel sous Braddock, de Carillon, des Plaines d’Abraham, où nous fûmes défaits, de Sainte- Foye, etc., etc.
La découverte du Mississipi.
Ici l'artiste pourrait s’inspirer de la vision si poétique de M. Fréchette. Comme ils nous apparaissent bien dans ces vers admirables, le fleuve géant et son « découvreur », Jdoliet.
« Le grand fleuve dormait couché dans la savane, Dans les lointains brumeux, passaient en caravane De furouches troupeaux d'élans et de bisons.
Drupé dans les rayons de l'aube matinale, Le désert déployuit su splendeur virginale Sur d’insondubles horisons.
L'inconnu trônait là duns sa splendeur première, Splendide et tacheté d'ombres et de lumière, Comme un reptile immense au soleil engourdi, Le vieux Meschacébé, vierge encor de servage Déployait ses anneaux de rivage en rivage Jusques aux golfes du midi Joliet ! Joliet ! Quel spectacle féerique, etc., etc. Le voyez-vous là-bas, debout comme un prophète, Le regard rayonnant d'audace satisfaite, La main tendue au loin vers l'occident bronzé, Prendre possession de ce domaine immense, Au nom du Dieu vivant, au nom du roi de France, Et du monde civilisé !
A son aspect, du sein des flottantes ramures,
Montait comme un concert de chants et de murmures ;
Des vols d'oiseaux marins s'élevaient des roseaux,
Et, pour montrer la route à la pirogue fréle,
S'enfuyaient en avant, trainant leur ombre gréle, Dans le pli lumineux des eaux.
ÇAIS
1 vision ils nous irables, Joliet,
ane, ravane
iurmures ; pseaut,
yréle,
Du nord 4u sud de l'Amérique septentrionale, partout l’explorateur, le missionnaire, le querrier français, 6nt laissé de leur passage une trace héroïque que l’art peut faire revivre.
Ainsi cette vengeance du chevalier de Gourques, gentilhomme catholique, qui vena ses biens et emprunte de largent à ses aivis pour aller châtier les Espagnols qui ont traitreusement assassiné les Huguenots français établis en Floride, n’est-elle pas admirable dans sa férocité ?
« Je ne fay ceci comme à Hespanols, nt comme à martuaters, mais comme à traîtres, voleurs et meurtriers. » Tels sont les écriteaux que de Gourgues attache aux cadavres des prisonniers espagnols qu’il a fait pendre aux mêmes arbres auxquels ont été pendus les Huyuenots, après avoir surpris leur fort.
« Puis cela fait et le port rasé, dit Lescarbot, il renvoie son artillerie par eau, et quaut à l'ui, retourae à pied, accompagné de quatre-vingts arquebusiers, armes sur le dos et mèches allumées, suivis de quarante marin'ers portant picques… et trouvant le chemin tout couvert d’Iadiens qui le venarent honorer de présents et de louanges, comme un lib'rateur de tous les pays vorsins. »
« Les Espagnols avaient pendu les Français, dit le même auteur, avec cet écriteau :
A YA l'E 2.1 a { | à {il \ % % à !
Î nl Ÿ $ ‘Ÿ
Re Re
as
« Je ne fay ceci comme à Français, maïs comme à Luthériens », et il appelle l’expédition de De Gourques « l’entreprise haute el généreuse du capitaine Gourgques, pour venger l'honneur français. »
Le spectacle de ces Espagnols pendus devant le fort rasé dont les débris fument encore ; « les arquebuziers mèches allumées ; les mariniers portant picques », les Indiens acclamant le justicier ; ne serait-ce pas sinistre et grand ?
C’est encore dans cette partie du continent américain que fut assassiné Cavelier de La Salle, dans son expédition pour découvrir le Mississipi. Le père Jésuite Leclerc raconte ainsi cette catastrophe :
« Nous estions éloignez de deux grandes lieues, le sieur de la Salle inquiété du retardement du sieur de Moranger et de ses gens dont il estait séparé depuis deux ou trois Jours, dans la crainte qu'ils n’eussent été surpris par les barbares, me pria de l’accompagner, il prit ercore deux sauvages avec lui. Durant toute la route, il ne m'euatretenait que de matières de piété, de grâce et de prédestination... Il me paraissait extraordinatrement pénétré des bienfaits de Dieu à son endroit, lorsque j'e le vis tout à coup accablé d'une profonde tristesse dont il ignorait
ÇAIS
s, mais "expédisaute el ur ven-
s devant encore ; »s ; les 18 acclanistre et
ontinent r de La uvrir le raconte
grandes u retarses gens ou trois sent été de l’acges avec ’entreteice et de traordi- Dieu à up accaignorail
lui-même la cause, il fut troublé, en sorte que Je ne le connaïssais plus; cette situation d'esprit ne lui estunt pas ordinaire. Je le réveillay néanmoïns de son assoupissement, et au bout de deux lieues, nous trouvâmes la cravate sanglante de son laquais, il s'aperçut de deux aïgles qui voltigeaient sur sa teste et en même temps il découvrit de ses gens sur le bord de l’eau dont il s’approcha et leur demandant des nouvelles de son neveu, tls répondirent par parol”s entrecoupées nous montrant l'endroit où n.us trouverions le dit steur, nous les suivimes quelques pas le long de la rive jusques au lieu fatal, où deux de ces meurtriers eslaient caches dans les herbes, l’un d'un côté, l’autre de l’autre, avec leurs fusils bandes ; l’un des deux manqua son coup, le second tira en même temps et porta du même coup dans la teste de M. de la Salle qui en mourut une heure après, le 19 mars 1687 ».
Cette scène tragique du désert est également remplie, il me semble, d’une étrange grandeur. L’explorateur et le missionnaire, ces deux héros, arrivant, l’un offrant des consolations à l’autre, au bord d’une rivière inconnue, au fond de lointaines régions également inconnues, sous le couvert de la forêt séculaire ; ces deux aigles qui voltigent au-dessus
Me ;
Ë eltl i 111 Ê | ° È { M È { | î à Î 1.
Le fl t H} F 1 .| pi i fl | ni il ?
ps 4 qi:
\ ° il N :
al .
, 14 7 ‘N M / 1 Hi 4 ki < ÿ 0 14 … 4 }:
D 4 é He.
El ‘4 1 ï Î ! 4!
3 1 Ÿ Le 1 se] ‘| 4" t FAR L % Î 1 » if l . À Li M ee A HEC E 4] 3 Il À “ 1 4 È fi L..4 N° 4 pue gi n | | | + + 4 | , | ; | Ê L À] | :
% 1 à | Ÿ ts A n
de la tête de La Salle, les deux assassins guettant leur proie... Combien ce scénario devrait tenter le pinceau d’un artiste!
Les relations des Jésuites abondent en scènes pittoresques, en actes d’héroïsme sublime.
Jamais peut-être, dans les annales du monde, on ne vit d'exemples de la domination de la chair par l’âme virile, semblables à ceux que nous offrent les martyrs des Pères Lallemand, de Brébœuf et Gogues, etc., etc.
« Le Père de Brébœuf que vingt années de travaux, les plus capables de faire mourir tous les sentiments naturels, un caractère d'esprit d'une fermeté à l'épreuve de tout, une vertu nourrie dans la vuë toujours prochaine d'une mort cruelle et portés jusqu’à en faire l’objet de ses vœux l'es plus urdents…
« Les Iroquois connurent bien d’abord qu’ils auraient affaire à un homme, à qui ils auraient pas le plaisir de voir échapper la moindre faiblesse. Ils le firent monter sur un échafaud, et s’acharnèrent de telle sorte sur lui, qu’ils paraïssatent hors d’euxmêmes de rage et de désespoir.
« Cela ne l’empéchait pas de parler à ses bourreaux qu’il exhortait à la crainte de Dieu... » Le détail des tortures qu’on lui infligea fait frissonner.
Le Père Lallemand, qu'on a tourmenté en
NÇAIS
ins queto devrait
en scènes sublime.
u monde, ion de la ceux que allemand,
années de re mourir caractère > de tout, jours pro is Jusqu'à urdents…
d’abord ne, à qui échapper ut monter
de telle rs d’eux-
rler à ses ratnte de
n lui infli-
menté en
même temps sur un autre bûcher, est amené en présence du Père de Brébœuf, et « /e voyaat en cet état, il dit ces paroles de l’apôtre : Nous wvons été mis en spectacle au monde, aux angès et aux hommes. Le Père de Brébauf lui répondit par une douce inclinaison de tête. »
L'art doit-il reculer devant la peinture de souffrances atroces susceptible de produire une impression à ce point navrante ? Je ne sais. Il y eut un grand nombre de martyrs, dans les premiers temps de l'Eglise, je me demande pourquoi l’ancienne école ïialienne qui empruntait volontiers ses sujets à l’histoire relyieuse, a si rarement demandé des inspirations au martyrologe. Ce n’est pas qu’on eût horreur de représenter le sang, la mort, les chairs déchirées ; le meurtre d’Holopherne, de Michel-Ange, et tant de tableaux de batailles nous donnent ce spectable. Il n’est pas de musée qui n'ait un saint Sébastien mourant percé par des flèches. Fra Bartholomeo, Carrache, le Pérugin, Pollaiuolo, Van-Dyck, E. Delacroix entre autres, ont traité ce sujet de main de maître. Nos martyrs n’inspirerontils pas aussi un jour quelque Delacroix canadien ? |
A la vérité, les sujets sanglants sont plus communs, dans notre histoire, que les scènes
enmperuénénènns ben.
DEEE RTS LITE TI
al DRE cene
LS
légères et gracieuses ; mais celles-ci sont de tous les pays.
J'aimerais voir décorant les murs de l'hôtel de ville de notre métropole quelque grande toile représentant « Le marché aux fourrures » qui se tenait, chaque année, à Montréal, avant la conquête : Les longues rangées de tentes en écorces de bouleau, remplies d’étoffes voyantes, d'articles de bimbeloterie, de colliers, d’armes destinées à séduire l’Indien; les monceaux de fourrures, s’étalant avec leur chatoiement soyeux : peaux de dains, de castors, d’élans, de renards, de loups-cerviers, de martres, de visons, etc., etc. ; Et tout ce monde bigarré, disparate, qui circule, pérorant, discutant, gesticulant : Indiens, coureurs des bois, colons, officiers, soldats, commis du qouvernement etc., Indiens ivres d’eau de feu, chefs solennels, missionnaires parcourant les groupes, distribuant les paroles de paix.
Nos paysagistes non plus ne manqueront pas de merveilles dignes de leur pinceau; ceux que ne tentera pas le genre héroïque pourront esquisser l'ombre aurorale de nos nuits d'hiver, les immenses nappes de neige éblouis-
sante, crépitant aux rayons de le lune, Île
feuillage argenté des arbres couverts de frimas, les sites enchanteurs des bords du Saint-Laurent, etc., etc.
NÇAIS
sont de
de l'hôtel grande Irrures »
al, avant tentes en s voyaners, d’arnonceaux itoiement , d’élans, rtres, de bigarré, liscutant, es bois, 1 gouvereu, chefs les qrou-
nqueront au; ceux 1e pournos nuits éblouislune, le e frimas, aint-Lau-
Enfin nous avons, même en ce siècle, des figures qui méritent d'être immortalisées : les champions de nos libertés constitutionnelles, Papineau, Bédard, Bourdages, Lafontaine, etc. ; les derniers de nos martyrs, ceux de 1837, Cardinal, De Lorimier, Duquette, etc. Et de nos jours ce simple, gai et populaire héros, le défricheur patriote, Mgr Labelle,
IT
Si notre passé offre un champ si vaste aux artistes, combien plus vaste encore est celui qu'il offre aux romanciers. Notre histoire est tellement belle que ce serait mal peut-être d'en altérer le caractère par la fiction. L’œuvre du romancier devra reconstituer la vie familiale des anciens pionniers, raconter comment nos ancètres ont quitté leur mère-patrie, quel mystère, quel chagrin parfois cachait ce départ, quelle vision ils entrevoyaient aux champs d'outre-mer.
Les marins des bords de l'Atlantique entreprenaient, sans appréhension probablement, une longue traversée ; les soldats obéissaient à ” leur consigne, tous cherchaient une terre où moins d’entraves gèneraient leur liberté, mais
n’en est-il pas qui venaient enfouir une douleur, ensevelir des illusions mortes ? De ce passé intime et obscur, rien ne nous reste.
Quelquefois, en lisant les registres de l’émigration, on voit les noms de groupes de colons de la Rochelle, Poitiers, Nantes, et par le même navire, un Jeune homme venu seul d’une province lointaine, de Bordeaux, de Paris. Pourquoi a-t-il ainsi quitté sa province ? seul?
Les contemporains d'Homère s’enquéraient de l’histoire de chaque étranger qui venait échouer sur leurs rives, car il est une histoire pour chaque homme que les circonstances de la vie ont jeté en dehors de la sphère d’action dans laquelle il semblait destiné à évoluer.
Pour chaque homme qui quitte son pays, il est une histoire, ne serait-ce que celle de la lutte qui se livre dans son cœur entre le connu et l'inconnu, celle des affections qu’il abandonne, des rêves qu'il avait chéris et qui s’envolent, des visions qu’il avait caressées et qui s’évaporent.
Nos romanciers futurs qui connaïîtront à fond les mœurs de ce temps, qui en auront étudié avec soin les mémoires, les vieilles * chroniques, pourront faire revivre l'âme ardente des ancêtres, nous dire les exploits de d’Artagnan superbes, de Porthos invincibles
NÇAIS
une dou- ? De ce us reste.
de l’émide colons et par le enu seul leaux, de province ?
iquéraient qui venait ne histoire stances de re d'action à évoluer.
| aYS; il est de la lutte e connu et ibandonne, s’envolent,
qui S'éva-
naîtront à en auront es vieilles vre l'âme s exploits invincibles
dont les noms ont échappé à l’histoire, ou peut-être aussi de poétiques Attalas, de Renés mélancoliques.…
Des centaines de noms de rivières, de villes, de villages, dans l’ouest des États-Unis, rappellent le souvenir de nos pères: les Illinois, Détroit, Prairie du Rocher, Prairie du Chien, la Baie verte, Gallopolis, Dubuque, etc., etc. Dans chacun de ces postes si nombreux établis par les Français de Québec à la Louisiane, et où leur nom est aujourd’hui presque oublié, n’y a-t-il pas le sujet d’un roman attachant, d’une idylle touchante, de quelque récit de vie solitaire, à la Robinson ?
Dès que les peuples anciens ont acquis la conscience de leur vie, des poètes se sont hâtés de donner aux héros nationaux, les vertus surhumaines, la puissance magique, l'entourage mystérieux que leur prêtait la croyance populaire, car le peuple ne saura jamais voir les grands hommes tels qu’ils sont. Aujourd’hui le poème épique n’est plus de mode, on éprouve moins le besoin d'attribuer aux êtres une grandeur surnaturelle ; pour les jeunes peuples de l'ère moderne le roman historique peut remplacer l'épopée et faire aux héros ce type miréel, mi-imaginaire, qui plait à l’âme populaire.
L'œuvre du romancier complète l’œuvre de l'historien : ce dernier raconte les luttes, les
batailles, les changements politiques, et d’une manière synthétique la vie de la nation. Le romancier entre dans les familles, dit la vie intime des êtres, les aspirations, les joies, les chagrins des âmes; les évènements particuliers qui se sont perdus dans les bouleversements généraux. Il recueille dans le tumulte et le fracas de la bataille l'enthousiasme d’un seul cœur qui S'anime de la fièvre générale ; au milieu des chants de victoire, la voix solitaire qui pleure dans un foyer abandonné. I] peint les bonheurs et les tourments de l'amour, qui est la vie,et qui dans tous les évènements humains est le plus puissant inspirateur.
L'étude des sciences elle-même devra emprunter un attrait particulier à l’amour du pays, à la pensée patriotique. Les savants, en recueillant les secrets enfouis au fond des cœurs, révèlent l’homme à l’homme, en recueillant ceux que recèle la nature, ils révèlent Ja terre à ceux qui l’habitent. Etudier les sciences, e it.dier l’œuvre de Dieu, c’est affirmer
…w les êtres l'empire qui a été donné à La physique, la chimie, la mécani-
NÇAIS
et d’une tion. Le it la vie oies, les rticuliers rsements lte ct le d’un seul rale ; au solitaire . I peint nour, qui ènements ur.
e devra mour du vants, en fond des a recueilvèlent la sciences,
affirmer
donné à
mécani-
que, ont été les grands instruments du progrès en ce siècle ; il est du devoir de chaque peuple de contribuer à l’œuvre bienfaisante qu’elles accomplissent (1). « 17 y a cela d'admirable dans la science, ce qui hier nwétait qu’une découverte scientifique devient aujourd'hui une application utile, si bien que la science, en continuant sa marche vers les vérités spéculatives, sans paraïtre s'occuper de leur emploi, crée les plus utiles inventions et donne l’utile à la société à chaque pas qu’elle fait vers le vrai et le beau. »
Tant que nous manquerons de physiciens, de chimistes, de naturalistes, de botanistes, nous ne réussirons pas à tirer parti de nos terres et à instaurer dans notre pays une agriculture perfectionnée. Aussi longtemps que nous manquerons d'hommes de science qui, d'après l'étude des conditions particulières de notre climat, des qualités de notre sol, etc., pourront formuler des règles sur lesquelles se quideront nos agriculteurs, nous resterons fidèles à lancienne ro’tine. Nous savons aujourd’hui d’une manière vague que certains terrains ne sont pas propres à certaines cultures, que certains engrais sont favorables à certaines plantes, mais nous l'avons appris par
1, Saint Marc Girardin, cité par Mgr Dupanloup.
Déinetrrémentespercnns =
La
Fe ar $ . =
une expérience non scientifique. Ces connaissances ne reposent sur aucune loi reconnue, et si leur application, en raison de causes étrangères, cessait de donner les résultats attendus, on en conclurait probablement que ces résultats avaient été dans le passé dus à un simp'e hasard. Ni un agriculteur riche et dévoué à son pays, n même un professeur d'agriculture quelconque ne saurait faire les expériences nécessaires, il faut un savant connaissant à fonds la généalogie, la physique, la chimie, l’histoire naturelle, et tous les multiples phénomènes de la croissance des plantes, de leur nutrition, etc.
Or, cette science nous ne pouvons pas la demander à des auteurs étrangers ; les conditions climatériques, biologiques et géologiques spéciales de notre pays exigent des expériences faites chez nous.
L'agriculture a fait, au Canada, des progrès assez sensibles, depuis quelques années. Nos compatriotes anglais ont créé dans leurs universités un bon nombre de chaires pour les sciences appliquées ; nous sommes restés en arrière.
La culture des sciences n’est pas cette étude aride qu’imaginent les profanes. Celui qui arrache à la nature ses secrets éprouve toutes les joies de l'explorateur qui, à mesure qu’il
ANÇAIS
, connais- -onnue, €!
ses étranattendus, ces résulun simp'e voué à son agriculture xpériences naissant à la chimie, tiples phétes, de leur
vons pas la s ; les conet géologit des expé-
des progrès innées. Nos s leurs unis pour les 4 restés el
cette étude . Celui qui ouve toutes esure qu'il
s'avance, aperçoit des terres nouvelles, salue des horizons nouveaux.
Le géologue, le naturaliste, le paléontologiste font revivre les siècles envolés : Les couches sédimentaires du sol, les dépôts stratifiés des montagnes, les végétations mortes qui ont servi à leur exhaussement, les coquillages, les couches de sable marin que les eaux y ont laissés leur racontent les révolutions qui ont agité le globe, leur disent l’âge de ces montagnes, les mystères des mondes enfouis et des formes disparues, et les croissances diverses des merveilles que nous admirons. Ils assistent aux grandes migrations de faunes et de flores, aux changements de climats et de configurations géographiques. Ils
suivent les traces des alluvions des mers et
des fleuves, avant la grande poussée végétale qui a couronné nos cimes et nos vallées de ces bois sombres que l’Indien plus tard devait faire tressaillir de son cri de querre.
Chaque point du globe a son histoire. Si ce travail mystérieux des âges intéresse le savant, ne doit-il pas aussi intéresser le patriote, lorsqu'il s’agit du sol que nous habitons et que nos pères ont conquis ?
Notre âme, comme notre regard, aime les horizons lointains, les abîmes profonds, les au-delà insondables. Quelquefois je me prénds
D 2 CO MED Eh 0m DEF SE 3
à regrettér que la nuit n’ait pas présidé à notre entrée en Amérique, que le passé de notre race sur ce sol qui nous est cher, n’embrasse pas des milliers d'années et qu’il ne flotte pas quelque étrange mystère de beauté ou d'horreur dans les plis obscurs de son voile. L’imagination a bientôt pénétré les trois siècles qui se sont écoulés depuis l’arrivée des premiers navires transportant des colons dans le golfe Saint-Laurent. Elle a embrassé en un instant l'épopée glorieuse dont nos pères furent les héros, mais elle voudrait encore aller plus loin, remonter plus haut vers le passé infini, en évoquant toujours sur son passage . des âmes d’ancètres, d’ancêtres qui auraient vécu, aimé, combattu et souffert dans la patrie. Il me semble que du haut de quelque dolmen primitif, près de quelque tombe inconnue, de quelque ruine enfouie qui me parlerait d’un passé de mille années , mon pays me serait encore plus cher et serait plus à moi.
Celui qui nous racontera l'histoire de notre sol, qui évoquera pour nous la vision des temps préhistoriques, avec leurs végétaux géants, leurs fleurs monstres, leurs mers de glace, qui fera entrer notre esprit plus profondément dans le passé, nous attachera davantage à ce sol canadien qui est nôtre ; car notre prise de possession s’étendra à travers les âges.
NÇAIS
résidé à passé de Tr, N'eEMqu'il ne le beauté , de son les trois rivée des lons dans ssé en un res furent aller plus ssé infini, ssage . des ient vécu, patrie. Il te dolmen onnue, de erait d’un me serait » de notre ision des végétaux s mers de us profonra davancar notre s les âges.
Ce qui marque l’agrandissement de l'esprit humain, c’est cette faculté d’accroître ses jouissances dans le passé et dans l'avenir, d'unir par la pensée les trois termes de la durée, de rendre présent par la reconstitution et l’anticipation ce qui a été et ce qui sera. L'animal inférieur ne voit que le présent, ne jouit que du présent. L'homme sans culture n'occupe quère dans le temps que les cinquante ou soixante années que la Providence lui a dévolues; cependant il a de vagues aspirations vers le lointain, l’au-delà, l'infini; et ces aspirations, les religions ont toujours tendu à les satisfaire, Le savant seul s'empare des mondes disparus et prévoit, dans une certaine mesure, les mondes à venir.
Toutes les jouissances de l'esprit ne sontelles pas faites principalement d’anticipations et de souvenirs ? ont-elles une réalité dans le présent? Les émotions de l’art, de la musique, de la peinture, de la poésie, ne consistentelles pas surtout en ce qu’elles entraînent notre âme au loin, dans un monde imaginaire qui peut être le passé ou l'avenir, mais qui n'est jamais le présent? Les conquêtes de la science, lors même qu’elles ne peuvent, en apparence, amener aucun résultat pratique, sont utiles à l’homme, car elles ouvrent son horizon et élargissent son esprit. Elles le ren-
ntm
nent ipnnmemmeleorrmte
dent meilleur, plus tolérant, plus généreux, en diminuant en lui cet instinct égoïste qui veut tout rapporter à un Gain actuel. En lui révélant des richesses qu’il ignorait, elles rendent moins absolu son attachement aux biens palpables et tangibles.
Oh ! toutes ces végétations, ces splendeurs, cette faune, cette flore dont on nous raconte les merveilles et qui ont existé alors que l’homme n'était pas là! Ne nous semble-t-il pas, à nous, rois de la création, que la nature nous doit des arrérages de servitude, et que tout ce qui s’est ainsi perdu dans le grand tout est un vol qu’on nous a fait ?
Le géologue, le paléontologiste, le naturaliste revèlent à notre imagination ce que notre œil ne verra jamais. Leur œuvre, si aride qu’elle paraisse, au premier abord, est pleine de poésie; ils éprouvent toutes les jouissances du touriste, sans être soumis aux ennuis inséparables du voyage.
L’astronomie également étend le domaine de l’homme dans l'infini. Elle augmentr sa possess.on de ces biens dont on ne jeuit que par le rejard et par la pensée. L’œil du pauvre qui sart et comprend peut se reposer sur les richesses des cieux étoilés, avec plus de bonheur que n’en éprouvera le riche, en contemplant les merveilles de ses palais et de ses
ÇAIS
eux, en qui veut ui révérendent ens pal-
endeurs, , raconte lors que mble-t-il la nature le, et que le grand
e naturaque notre si aride est pleine jouissanx ennuis
domaine tu sa poSt que par u pauvre r sur les s de bon-
contemet de ses
parcs. « {7 me semble, dit l’Initiée, dans une œuvre de Camille Flammarion (1), il me semble que ma vie ne date que du jour où J'ai connu l'astronomie. Je ren sais pas beaucoup, maïs je me vois dans l’univers.
Jusqu’alors j'étais aveugle, j'habitais un pays dont je ne savais même pas le nom.
Maintenant je sais où je suts ; Je sens la terre m'emporter dans le ciel. »
Mais revenons pour une dernière fois à « l’homme pratique », car je sens combien tout ce que j'écris ici doit lui paraître ridicule. « Vous voulez, me dit-il, que des peintres et « des romanciers s’inspirent de notre histoire, « que des savants pratiquent des fouilles dans « notre sol, afin de nous raconter ses trans- « formations, que des botanistes fassent le « recensoment de nos plantes, que des astro- « nomes comptent les étoiles. Je ne m'y « oppose pas, c’est affaire à eux. Mais que « nous fassions des sacrifices d'argent, que « nous payions des professeurs d’université, « afin qu’un jour, un certain nombre de jeu- « nes gens puissent s'élever à des contempla- « tions plus ou moins poétiques, selon l’ex- « pression des gens du métier; qu’ils puissent « raconter en prose ou en vers que nous ne