‹ L'avenir du peuple canadien-français [microforme]Chapitre 73 sur 97 · Essais de critique générale, p. 699, vol. IV · texte numérisé non relu

Essais de critique générale, p. 699, vol. IV

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Cette croyance, si ardente qu’elle soit, ne va pas cependant chez les peuples initiateurs sans une certaine somme de crainte et de défiance; car si, d’un côté, elle fait entrevoir un champ sans limites aux conquêtes de la science, d'un autre côté, elle repose sur la théorie du développement continu des facultés humaines. Or, rien ne nous assure que ces facultés régleront leur croissance sur le plan d'évolution qu'on leur a tracé, qu’elles ne décroîtront pas plutôt, qu’elles ne seront pas, un jour, impuissantes à accomplir tout ce qu’on exigera d’elles.

Chez un peuple jeune et où tout encore est à créer, cette foi, au contraire, se double d’un sentiment de sécurité absolue.

(1) On va d'un pas plus ferme à suivre qu'à conduire.

Le chemin que nous avons à parcourir, d’autres l’ont parcouru avant nous, qui étaient nos frères ; pour avancer ils ont dû et ils doivent encore détruire de lourds obstacles : la voie est libre devant nous, nous n’avons qu’à marcher, et nous possédons la calme sérénité de ceux qui ne voient rien à redouter par delà l'horizon.

Les problèmes à résoudre chez nous sont

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infiniment moins compliqués que chez les peuples européens. La question sociale n’existe pas au Canada et ne saurait exister dans les conditions actuelles de notre vie économique. Certes nous ne pouvons nous désintéresser des importantes questions qui, à la fin de ce siècle, agitent tous les esprits, mais nous sommes destinés pendant longtemps encore à assister en simples spectateurs aux expériences que feront les vieilles sociétés. D’autres accompliront pour nous cette tâche si diflicile de décider jusqu'à quel point l’homme de notre époque se rapproche de l’homme idéal pour lequel, de tout temps, on a élaboré des constitutions et rêvé des terres promises, ; L'œuvre du xx° siècle sera sans doute pour le vieux monde une grande œuvre de démolition; nous n'avons, nous, qu'à construire et à édifier. Construisons sur un terrain solide, sur des bases saines, afin que plus tard nous n'ayons pas à démolir à notre tour. Dans lor- (anisation des vieilles sociétés européennes, le bien et le mal, la vérité et l'erreur sont tellement unis et fondus ensemble, qu’on dirait que l'un est le produit de l’autre, que les institutions saintes et les abus criminels sont inséparables dans leur essence, que les privilèges iniques sont la conséquence de principes civilisateurs

et qu’il faut tout détruire pour pouvoir ensuite tout réédifier.

Pour obtenir une juste distribution des biens matériels, on croit nécessaire de détruire la famille et la propriété ; on ne conçoit l’humanité et la fraternité que sur les ruines des frontières et avec la disparition des liens de race, on ne croit au règne de la tolérance qu'après l'agonie des religions.

Dans notre jeune pays, le bien n’a pas encore engendré le mal, les institutions et les croyances chères à nos pères n’ont pas été des instruments d’oppression, et nous entendons leur rester fidèles.

Nous n’aspirons pas pour le moment à un état plus parfait que celui qui nous permettra de conserver la religion et les traditions de notre passé, de développer toutes les qualités de notre esprit, toutes les ressources de notre sol, d'entretenir ce foyer sympathique que constituent pour nous la nationalité basée sur la race, la langue et les souvenirs communs. En songeant à notre avenir, nous laisserons donc de côté tout ce qui est soumis à des lois arbitraires, tout ce qui dépend plus ou moins d'accidents, de transformations, que nous ne pouvons prévoir, et nous baserons nos calculs sur les seuls faits qui sont d’une vérité durable et invariable.

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Quelques changements que puisse imprimer à la société l'œuvre des siècles, il est certaines lois immuables comme notre nature, certaines conventions basées sur ces lois qui subsisteront toujours.

Ainsi, les nations pourront évoluer sur des bases économiques nouvelles, mais une lanque commune, des souvenirs comrauns, l'unité de race constitueront toujours un lien inaltérable entre les hommes. Le mot « peuple », restera comme le synonyme de sympathies mutuelles ayant leur source ‘dans le passé lointain, transmises à travers les âges, augmentées et étendues par mille affinités mystérieuses et fondées sur ce qu’il y a de meilleur dans l’homme.

Si J'insiste sur ce point, c’est que l'idée cosmopolite est à la mode, dans certains milieux, qu'on en fait bien à tort, à mon sens, l'une des formules d’un état social plus avancé, plus parfait, et que l’on peut trop facilement s’en servir pour voiler son égoïsme, son apathie, son manque de convictions sincères. J'ai souvent entendu cette phrase : Pourquoi vouloir, par un particularisme étroit, entraver la grande évolution qui entraine les hommes vers l'unité et l’union absolues ? Laissons les choses suivre leur cours “herchons plutôt à nous assimiler la pense de lavenir qui

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accomplira cette union. Si l'Amérique du Nord, un jour, doit être exclusivement anglaise, nous n’y pouvons rien,

Non, l'Amérique du Nord ne sera jamais exclusivement anglaise. Notre fidélité à notre langue et à nos traditions n’empêchera en aucune façon l'union politique des peuples américains de s’accomplir. Notre absorption n'aurait pas pour effet de créer une homogénéité à laquelle la nature elle-même s’oppose.

« Etablissez le libre échange universel, disait un célèbre économiste (1), supprimez les douaues et les armées permanentes, faites des lois identiques partout, et bientôt tous les peuples civilisés ne feront plus qu'une rième famille ». Sans doute le jour viendra, il n’est peut-être pas très éloigné, où tous les peuples seront frères, comme tous les hommes dont l'esprit n’est pas faussé par les préjugés sont frères. Les haines de peuples, les inimitiés collectives entre gens séparés par des frontières sont des haïnes et des inimitiés factices, voulues, qui re se justifient pas par les mêmes lois naturelles que les hames sntre les individus. Les peuples seront frères, mais Les peuples subsisteront. On pourra, sous pré

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