‹ L'avenir du peuple canadien-français [microforme]Chapitre 92 sur 97 · The Canadian question · texte numérisé non relu

The Canadian question

LANÇAIS

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glise peut punir, dans son commerce ou dans sa profession, l’homme qui oserait se déclarer son ennemi. Des voix libres et hardies se font entendre, mais elles sont peu nombreuses et les oreilles auxquelles elles s'adressent sont, en général, sourdes à tout ce qui en troublant la tranquillité pourrait géner les intérêts du commerce ».

Toutes ces tendances pan-saxonnistes, ces velléités de vexations et d’intolérance-ne prévaudront jamais, sans doute, contre le fort sentiment du droit et de la justice, contre l’amour de la paix et surtout contre le bon sens pratique qui forment le fond de l’âme du Canadien anglais, en général. Elles nous prouvent au moins combien peu nous sommes préparés pour l'indépendance du Canada.

Un des lieux communs favoris de nos ora- | En teurs électoraux consiste dans l’évocation ji prophétique de lavenir brillant qui nous | attend « lorsque notre pays, riche, fertile, plein de ressources, comprenant près de la moitié de l'Amérique du Nord, sera devenu un pays indépendant et que notre nation aura

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pris place parmi les nations de la terre. »

Descendants des deux plus grandes ra’es du monde ; favorisés d’une longue et bienfaisante tutelle qui nous a permis de développer pleinement nos forces ; héritiers d’institutions libres, de lois sanctionnées par la sagesse et l'expérience, etc., etc., à quels sommets ne pourrons-nous pas aspirer ?

A la vérité, cet avenir pourrait être beau, bien beau.

Oui; si, un jour, nous pouvions rappeler que nous avons souffert en commun, que nous avons uni nos efforts pour quelque cause éçgalement sacrée à tous et supérieurs aux intérêts purement matériels ; si lon comprenait bien dans tous les rangs des populations d’Ontario, des Provinces maritimes et du Nord- Ouest, que, nous, Canadiens-Français, nous conserverons notre langue, quoi qu’on fasse, que jamais nous n’abdiquerons rien de ce qui constitue notre être intime, et qu'il vaut mieux qu'il en soit atast.

Si dans vingt, dans trente ans, les produits intellectuels du Dominion pouvaient, comme nos produits forestiers, agricoles et industriels, prendre un rang honorable sur les marchés internationaux, sans doute la vre nationale caradienne gagnerait en force, en intensité, en cohésion.

‘RANÇAIS

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Le progrès d’une civilisation généreuse éteiqnant l’esprit sectaire et intolérant, les forces mystérieuses qui unissent les hommes vivant sous l: même ciel, feraient le reste.

Cet avenir, je n’espère pas qu’il soit jamais le nôtre.

Toux ceux qui sont venus de la Grande Bretagne depuis 1760 jusqu'en 1867 sont venus dans un pays conquis. Les immigrés des dernières décades sont venus dans une possession anglaise, dans une colonie où Albion a su établir le plus libéral des gouvernements, où elle a instauré des principes de tolérance, accordé des droits égaux à tous ses sujets, mais enfin dans une possession anglaise,

Le Canada devenu indépendant ne sera pas plus un pays anglais que la Suisse n’est un pays allemand ou français. Nous serons « les Canadiens » tout simplement : une nation composée de nationalités différentes (Aaglais, Français, Irlandais, Écossais), chacune exerçant sa part d'influence, aucune n'ayant de prééminence reconnue : une nation enfin, qui ainsi formée, adoptera une constitution définitive et qui jamais ne sera une puissauce anglaise.

Nos compatriotes anglais, les plus libéraux, envisagent, sans doute, cette perspective avec une âme sereine et reconnaissent tout le bon-

heur qu’une fédération basée sur la tolérance et la concorde pourrait donner. Mais, en serat-il ainsi de l’immense majorité des habitants de l'Ontario, du Manitoba et des autres provinces anglaises? Je ne le crois pas.

Cessauit de faire partie du grand empire britannique, ils voudront faire partie d’une grande république-où l’immense : ajorité de la population parle la langue anglaise (1).

L'idée de la fédération impériale qui ne compte quère que des partisans brûlant pour elle d’un amour tout platonique, ne peut nous intéresser, nous, Canadiens-Français, qu’au point de vue des intérêts matériels de notre pays. Or, elle pèche contre la plupart des principes de l’économie politique, en même temps que contre toutes les lois historiques; elle implique, de la part des colonies, des sacrifices qu’on ne leur demande pas et qui leur seraient très pénibles, de la part de la métropole, des concessions qu’elle n’est certes pas disposée à faire. Et pour amener quels résul-

1, Oh! combien je voudrais me tromper !!

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tats? La création de quelques pairies canadiennes. L’accession de quelques-uns de nos hommes politiques et politiciens à la vie parlementaire anglaise, que rendent si attrayante le prestige de son ancienneté, ses traditions de dignité aimable, et le souvenir des gloires pures qu’elle a produites : L’initiation de nos députés, à Westminster, aux joutes de Ja grande politique extérieure et aux roueries de la diplomatie européenne. Voilà à peu près tout. Les divers autres avantages que les fédéralistes impériaux nous énumèrent sont plus que problématiques.

(1) « On veut unir vingt ou trente pays dispersés sur-toute la surface du globe, n'ayant, pour les relier les uns aux autres, aucune attache d'intérét commun, ignorants de leurs ressources et de leurs besoins mutuels. La première session d'un tel conclave développerait, nous pouvons en étre certains, des forces de désunion bien plus puissantes que le vague sentiment d'union résultant d’une très partielle communauté d'origine et d’une très impartfaite communauté de langue qui serait la seule base de la fédération...

Les institutions politiques doivent, après tout, se régler dans une certaine mesure sur

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