Essays, p
\ÇAIS ompli :
t deveou des cellente que, une , et cela tages de
e l’émià fusion, et écossources [ls n’auémigrés rs natio- Ile sournent au é taries, uflés. Ce nombre les conon et au élabodévelopectuelles ent leur ux acction à un
progrès normal, et ils devront retourner en arrière avant de pouvoir avancer. »
Je n’ignore pas tout ce que ces théories peuvent avoir de paradoxal. Je sais aussi qu’il est des lois sociologiques auxquelles on ne résiste pas, et je reconnais que, dans la plupart des cas, l'assimilation s’est imposée fatalement aux émigrés européens. Dieu me garde, du reste, de souhaiter à chaque citoyen de l'Union la fierté de race que je voudrais voir chez tous les Canadiens-Français, et de rêver une diversité de nationalités à ce point étendue. Il en résulterait peut-être, au point de vue pratique, de sérieux inconvénients.
Je constate seulement que, jusqu’à présent, les peuples nord-américains se sont fondus en un tout singulièrement uniforme et produisant un bruit fort monotone.
Cette fusion ne saurait se continuer indéfiniment, l’état de choses actuel n’est que transitoire. Des fissures se feront nécessairement dans ce vaste ensemble, des groupes se reformeront, des divisions basées sur des lois naturelles se produiront.
On n'obtiendra jamais, quoi qu’on fasse, que les hommes acceptent l'humanité comme famille, la terre entière comme patrie. Un continent même est une patrie trop vaste et, Selon l'expression de Tocqueville, « offre au
patriotisme un objet trop vague à embrasser ». Ces peuples placés à l’autre extrémité de l'Amérique, dont jamais nous n’entendons parler, car ils vivent en paix, dont nous ne lisons pas même les journaux, ne sont pas dans les limites de notre sphère affective.
Chaque groupe se fera une petite patrie à aimer, au milieu de la grande patrie amérigaine. « Le culteinstinctif de la petite patrte, a dit I. Taïne, est un premier pas hors de l’égoïsme et un acheminement vers le cul e raisonné de la grande patrie. »
Le culte de la petite patrie est le seul que professe à proprement parler l’âme des masses. En France, l’homme du peuple est Breton, Provençal, Périgourdin, Normand avant d’être Français. En Allemagne, il est Saxon, Bavarois, Wurtembergeois avant d’être. Allemand.
L’Autriche est le pays du particularisme par excellence, rien n'a pu éteindre, par exemple, le patriotisme tchèque, six siècles d’une momarchie commune n’y ont rien fait. Les descendants des sujets du roi Ottokar sont encore aussi ardents à revendiquer leurs droits qu’ils l’étaient lors de la conquête par les souveraiss d'Autriche.
Pour l’homme du peuple, l'amour de la petite patrie est basé sur des raisons eoncrètes : Ce sont les objets familiers, le village natal, la
embrasxtrérmité n’entennous ne ont pas ive.
e patrie e amérie patrie, hors de le cule
seul que les mast Breton, nt d’être n, Bava- Ilemand.
sme par r exemes d’une fat. Les kar sont er leurs uête par
la petite ètes : Ce natal, la
L'AVENIR DU PEUPLE CANADIEN-FRANÇAIS if
ville voisine que l’on connaît et où l’on a des parents et des amis, la région qu’on a une fois parcourue, que l’on aime. Quant à lautre, la grande patrie, on aime surtout les paroles, les cris, les chansons, les hymnes par lesquels on la célèbre. Ces chants, ces cris enthousiastes dont on se grise, aux jours de fêtes nationales, tiennent lieu de Flaffection idéale, abstraite, basée sur des Faisons historiques, philosophiques et sociologiques qu’éprouve l’homme cultivé.
Jusqu'à présent, on peut dire qu’en dehors de certaines rivalités de métropoles, aucune tendance particulariste basée sur la situation géographique ou les divisions politiques ne s’est manifestée aux Etats-Unis. L'Union, avec sa puissante industrie, ses villes opulentes, ne compte encore. que des populations en grande partie nomades. Nombre des vieux résidents de l'Est s’en vont vers l'Ouest; à mesure que les émigrés s’établissent dans les Etats manufacturiers, les anciens habitants gagnent les territoires nouveaux. Les familles ne se sont guère fait de demeures permanentes. Nul n’entretient pour telle ou telle partie de PUunion de préférences invincibles, chacun cherche celle où il voit qu’il est le plus facile de gagner beaucoup d’argent.
Lorsque le peuplement de lOuest aura rendu la stabilité aux différents groupes, les
affections de clocher grandiront, et, dans les villes, les Etats où se trouvera réunie une population homogène, l’ancien sentiment national, un instant étouffé, se réveillera sans doute. Il y aura, en Amérique, de nombreuses villes allemandes, de nombreuses villes françaises, et cela n’affaiblira en rien le sentiment de fidélité que tous les citoyens professeront pour l’Union.
Grâce surtout aux progrès accomplis, en ces derniers temps, dans les sciences historiques, les liens d’origine ont acquis, chez les peuples civilisés, une importance qu’ilsn’avaient pas autrefois. Les Slaves oublient les antipathies particulières des gouvernements dont ils dépendent, pour se réunir #déalement sous cette grande dénomination. Il n’était jamais question avant ce siècle d’autres divisions que les divisions politiques, on parle aujourd'hui des peuples néo-latins, des races celtiques, saxonnes, germaniques. Il y a des sociétés appelées « Union celtique » « Union latine », etc.
Je ne veux pas attribuer à ces symptômes plus de gravité qu’ils n’en ont, ils n’influeront sans doute pas sur le mouvement économique et industriel, ils ne modifieront pas l'orientation politique des nations. Ils indiquent seulement que les hommes sentent de plus en plus la force d’attraction du passé.
NÇAIS
dans les nie une nt natiora Sans nbreuses les fransentiment fesseront
nplis, en s historichez les n’avaient s antipas dont ils ent SOUS it jamais sions que d'hui des S, SAXONappelées etc.
mptômes influeront onomique l'orientant seules en plus
L'histoire de l'Amérique manque de profondeur, elle n'offre pas aux esprits chercheurs la perspective lointaine, les horizons brumeux et effacés. Elle n’a pas ce long cours aux sources ténébreuses, aux ramifications sans nombre, aux passages obscurs, aux remous ensoleillés, sur lequel l’âme du patriote aime à se laisser bercer dans une excursion vers le passé. L’'Américain, au moins l'Américain cultivé, éprouvera bientôt, lui aussi, le besoin de se rattacher à ses origines.
Je me figure, à tort ou à raison, que les Yankees descendants des premiers colons ne tiennent pas particulièrement à se fondre de plus en plus, à se noyer dans les flots d’émigrants qui leur empruntent leurs qualités en les exagérant, pour le seul plaisir d’entendre parler leur langue par ' des millions d’Allemands, de Polonais, d’Italiens, de... Juifs !
Sans doute, la langue anglaise, que parlent aujourd’hui plus de soixante millions de citoyens américains, ne cessera jamais d’être la langue officielle. Elle restera la langue des
législatures, comme la langue française, en Europe, est restée celle de la diplomatie.
« Cependant, pourra-t-ôn m'objecter, s’il advient qu’une population considérable d’émigrés et de descendants d’émigrés appartenant à la même nationalité et groupée sur un même point, constitue la majorité absolue dans un des États de l’Union, ne cherchera-t-elle pas à y rendre sa langue officielle,et cela fait, pourrat-elle refuser le même privilège aux minorités ? Or, étant donnée la multiplicité des peuples représentés dans chaque État, les législatures deviendront rapidement de véritables Babels. »
Cette question, si jamais elle se présente, pe sera pour les esprits libéraux et sans préjugés, qu’une simple question de commodité et elle sera résolue par le sens pratique des Américains. D'ailleurs, il est plus que probable que deux nationalités seulement pourront échapper au grand travail d’assimilation qui se fait au sein des masses d’émigrés qui peuplent la République. Selon l'étendue de leur patriotisme, selon leur degré de fierté ; selon qu'ils ont plus ou moins conservé l’amour du passé, le souvenir des aïeux, les divers groupes d’Italiens, de Hongrois, de Scandinaves, de Russes, de Polonais, cic., etc., disséminés sur tout le continent, vont continuer à se fondre plus ou
ANÇAIS çaise, en atie.
cter, s'il le d’émipartenant
un même ins un des > pas à y |, pourrainorités ? ’uples regislatures bles Ba-
présente, sans prémodité et tique des e probapourront ion qui se peuplent r patrliolon qu'ils du passé, pes d’Itade Russur tout le e plus ou
h19 moins rapidement sous l’hégémonie anglosaxonne.
Si, en outre, nous tenons compte de ce fait généralement admis que les Etats-Unis ne peuvent quère recevoir et ne recevront pas plus de vingt-cinq millions d’émigrés nouveaux, et que ceux-ci continueront probablement, comme par le passé, à affluer surtout de l'Allemagne et des Iles Britanniques, nous pouvons, d’ores et déjà, prévoir que deux langues seulement, en dehors de l’anilais, survivront en Amérique, le français et l’allemand.
Les émigrés appartenant, aux nationalités que j'ai nommées plus haut, peu nombreux, sans liens d'union, sans culture, seront assimils avant d’avoir pu fonder des associations patriotiques, des écoles nationales, avant même d’avoir conçu l'espoir de se conserver.
Hs seront assimilés, à part peut-être les habitants de quelques villages hongrois et polonais de l’Ouest, au moment où le mouvement de l’'émigration sera enrayé.
L'Union américaine, ainsi constituée, portera les fruits des trois civilisations qui ont le plus fait pour l’avancement et le progrès de l’humanité, tout en bénéficiant des avantages qui, d’après les physiologistes, résultent du.
mélange des races, au point de vue de leur vigueur physique et de leurs qualités corpo-.
s% © CAES ke | NN CM Le P a DA ; | $ NS N7 V 7 “ < | &S \ d Ne ss | Ps D 4 {4 M dé Ç,% IMAGE EVALUATION Le TEST TARGET (MT-3) me ù Ré qu “1 ee IL.
IE VI 1LLé.
D SAT Y À D 9 À Sp à, NN A ce 7 "4 | # AN A ©:
0j V Photographic A o K Sciences “em ne
Corporation
LA { S 4 À > &° He, \ & <> V !
4 © O s 7 Ÿ j KE
relles. Les citoyens d’origine allemande et française, les premiers rattachés à leurs traditions nationales et au souvenir de leurs ancêtres, les seconds y étant restés fidèles, auront à cœur de manifester les vertus spéciales de leur sang, et du résultat de leur activité la patrie toute entière bénéficiera.
Nul Américain éclairé, je le répète, ne devra envisager avec regret cette perspective d’avenir.
Il est peut-être à craindre, cependant, que l'esprit ancien, intolérant et étroit ne lutte, pendant quelque temps encore, contre l’esprit
nouveau. Et ce n’est pas sans quelque raison que plusieurs d’entre nous redoutent un changement de régime qui portera notre infériorité numérique, vis-à-vis de nos compatriotes, de dapÿ millions à plus de soixante millions.
Quand le lien colonial qui nous attache à l'Angleterre aura été rompu et que le drapeau étoilé flottera sur toute l'Amérique du Nord, il se fera sans doute au sein des populations de langue anglaise une grande fermentation patriotique. L'idée pan-saxonniste s’affirmera au milieu de l’enthousiasme général, et il est possible que notre nationalité subisse alors quelques assauts.
NÇAIS ande et urs trade leurs fidèles, tus spéleur actine devra ve d’ave-
dant, que ne lutte, e l'esprit e raison un chaninférioatriotes, illions.
ttache à drapeau Nord, il ations de entation affirmera etilest se alors
L'AVENIR DU PEUPLE CANADIE -HRANÇAIS h21
Constituer une nation répandue sur tout un continent, ne reconnaissant d’autres frontières que celles que la nature lui a assignées et unie sous la domination exclusive d’une seule langue. Cette pensée, un instant, remplira toutes les âmes rattachées, plus ou moins artificiellement, à l’hégémonie anglo-saxonne. Alors, sur le front de cette nation triomphante sans combats, une ombre ne passera-t-elle pas, à la vue d’un petit peuple de trois ou quatre millions qui garde le culte de dieux étrangers, parle une langue étrangère, et reste presque indifférent à cette pensée? Ou l'Américain sera-t-il le géant loyal et jénéreux, fidèle à sa glorieuse devise : Live and let live : c’est-à-dire : vivez et laissez vivre, prospérez et laissez prospé— rer, aimez et laissez aimer ?
Nous aurons pour nous la foi des traités, car, comme je l'ai dit, nous ne serons jamais détachés par la force de l'Angleterre, et quand nous entrerons dans l’Union américaine, nous verrons à nous assurer la plénitude des droits dont nous jouissons sous le régime britannique.
Au surplus, quels sont ceux qui, au nom de l'intolérance et de l'injustice, daigneront se faire les champions du chauvinisme anglosaxon? Est-ce que ce seront les douze ou
treize millions de Yankees descendants des
anciens maîtres du sol, eux les fils aînés de la liberté moderne ? Ou bien les Irlandais (1), que la tyrannie a chassés de leur pays et à qui la langue anglaise a été imposée par la force, après des siècles d'abus et d’oppression? Verrons-nous se consacrer à cette œuvre inique des descendants d’Italiens, de Slaves, de Hongrois, de Scandinaves ou même de Français, que des circonstances, dont leurs pères ont gémi. peut-être, ont attaché à la langue d’Albion?
Au milieu de tous ces éléments divers, un fanatisme qui n’aurait pas même l’ombre d’une justification trouvera-t-il assez d’adeptes? Ne serait-il pas souverainement ridicule de voir des millions d’émigrés et de descendants d’émigrés, auxquels on aura appris depuis quelques générations à exprimer leurs pensées au moyen de certains sons et de certains vocables, se faire oppresseurs pour rendre exclusif l'usage de ces mêmes vocables?
Si jamais nous avons à nous défendre contre quelques velléités de vexations, c’est sans doute de l'Est, du Canada même, que proviendra l'attaque. Peut-être qu’un jour, au Con
1. C'est un fait étrange, mais, au Canada, les principaux champions de l’anglicisation sont des Irlandais. Aux Etats- Unis, l’éminent évèque de Saint-Paul, Mgr Ireland, passe à tort ou à raison pour être le porte-drapeau du pan-saxonnisme ou mieux de l'expansion de la langue anglaise.
GAIS
s de la 1), que qui la force, ? Verinique le Honais, que nt gémi.
lbion ?
ers, un re d’une tes? Ne de voir nts dé is quelpensées certains rendre es?
e contre st sans que pro- | au Con
principaux ux Etatsd, passe à pan-saxon= ise.
Le mena
grès de Washington, un député de l'Ontario ou des territoires du Nord-Ouest viendra rappeler à ses collègues qu'au sein de l’Union quelques millions de citoyens osent encore se servir d’une autré langue que lidiome parlé dans cette assemblée, qu’ils ont même l’audace d’avoir des écoles dans lesquelles on enseigne cette langue. L’orateur ajoutera que le peuple canadien-français fait des progrès rapides, que son expansion est préjudiciable à la sécurité de la patrie, qu’il faut empêcher la formation d’un Etat dans l'Etat, etc., etc.
Il y aura là des représentants de la Floride, de l’Arizona, du Texas, de l'extrême Sud et du Far west, venus pour légiférer sur les cotons, les sucres, les céréales ou les bestiaux. Ils écouteront distraitement l'homme de l'Est ; ils songeront simplement que ce peuple que l’on dénonce est loyal et paisible, que la langue qu’il parle est celle que parlaient les soldats qui ont donné la liberté à la République américaine, et qu’elle a été un précieux instrument de civilisation. Ils songeront surtout que les Canadiens-Français, en restant fidèles à leur passé, ne font que jouir des droits qui leur sont qarantis par les traités. Le danger sera facilement conjuré.
Notre langue ne peut désormais d'sparaître de la province de Québec, et quand nous aurons fait de cette province, de cette patrie de notre cœur, un foyer sympathique, brillant du rayonnement des sciences, des arts et des lettres et occupant un rang à part et distingué dans la graide patrie américaine à laquelle nous aurons juré fidélité, nous verrons se rattacher plus étroitement à notre vie nationale tous ceux qui, par delà les frontières actuelles, fécondent la Nouvelle Angleterre du labeur canadien-français. Les fils de notre race se réuniront en un groupe puissant pour les œuvres de paix, d'humanité et de progrès.
Une partie importante de l'Est de lAmérique est destinée à devenir française. Nous constituons déjà dans la Nouvelle Angleterre un cinquième de la population ; notre force d'expansion est beaucoup plus grande que celle des autres races ; nous nous trouverons nécessairement en majorité dans un avenir plus ou moins rapproché, car la Nouvelle Angleterre ne pourra pas longtemps, sans doute, recevoir de nouveaux émigrants. La province de Québec et les états limitrophes formeront un centre de culture et de langue principalement françaises.
Qui donc pourrait nous reprocher de rèver qu'un jour tous les fils des vaincus de 1760,
saraître saurons de notre 1 rayonttres el dans la e nous attacher ale tous 8, féconur Canae réuniuvres de
l'Amérie. Nous ileterre re force nde que buverons
avenir Nouvelle ns, sans ants. La itrophes
langue
de rêver
de 1760,
au lieu d’être dispersés d.ns des milieux hétérogènes et de s’être assimilés aux autres races, seront réunis sur un même point et se développeront conformément aux exigences de leur civilisation particulière ? Pourquoi, je le repète, nos compatriotes et nos voisinsde langue anglaise verraient-ils cette perspective avec un sentiment d’amertume ? Pourquoi chercheraient-ils à prévenir une agglomération ainsi basée sur l'attraction naturelle ? Ce ne serait en vertu d’aucun droit, d'aucune raison légitime. On ne peut exiger des citoyens d’un Etat libre qu'une seule chose : qu’ils soient soumis aux lois, qu'ils concourent aux charges (énérales &e l’administration, qu’ils soient prêts à faire les sacrifices qu’exige le maintien des institutions nationales.
On parie d’aspirations différentes. Entendons-nous bien: quelles sont les aspirations du Yankee, de l’Ecossais, de l’Irlandais aux Etats-Unis ? Acquérir le bien-être et dans ce but concourir au développement de la prospérité générale qui en est la condition. Nous aspirons comme eux au bien-être et nous avons le même intérêt à la prospérité générale. Les sympathies particulières de chaque groupe comme de chaque individu échappent à la législation. Notre fidélité au passé, nos souvenirs historiques, la langue de nos pères : ce
sont là des trésors précieux qui ne sont pas prélevés sur les contribuables et qui n’enlèvent rien aux autres citoyens, ce sont des richesses de l’âmé qui, si on les détruisait, laisseraient leur place vide. L’oppression victorieuse — je pose cette hypothèse en la reconnaissant invraisemblable — l’oppression victorieuse ferait de nous, au lieu d’un peuple portant tous les fruits intellectuels et moraux qui, consacrent chaque manifestation de finalité, un assemblage d'individus n'ayant au cœur qu'un désir, qu’un instinct : le désir, l’mstinct de l’homme d’argent. Et à cela personne n'aurait rien à gagner.
Mais non, dans l’Union américaine, comme dans la Confédération canadienne, le maintien de notre langue et de notre nationalité ne dépendra que de nous.
Nous sommes les maîtres de notre destinée.
Bien souvent, sans doute, des esprits optimistes qui dans l’étude de questions d'avenir, se sont basés sur une foi absolue dans le sens de justice des hommes, ont fait fausse route et ont été déçus par les évènements. Les hommes obéissent beaucoup plus à la voix de leurs intérêts qu’à celle du droit. Il nous-est permis de prévoir, cependant, qu’après notre entrée dans l’Union, rien n’entravera notre expansion nationale ; car les Américains
ÇAIS
as prénlèvent richeslaissevictoreconn victole poraux qui, finalité, u cœur r, l’insla per-
comme maintien alité ne
lestinée.
its optid'avenir, s le sens se route its. Les voix de nous ‘est ès notre a notre éricains
seront tenus à da tolérance autant en raison de leurs intérêts qu’en vertu de la stricte justice.
Quand les territoires de l’Union seront suffisamment peuplés, l'immigration européenne, enrayée et réduite à un minimum dans la République, se dirigera vers le Canada — qui ne sera peut-être pas encore annexé — et alors notre population, comme celle des Etats- Unis depuis le commencement de ce siècle, augmentera rapidement, se doublera en peu d'années. Des industries devenues nécessaires pour empêcher les immigrants pauvres de tomber dans un trop grand dénûment seront créées et prospèreront, toutes les richesses de notre sol seront mises en valeur, toutes nos ressources seront exploitées. Dans les villes aujourd'hui stationnaires et improgressives des bords de notre grand fleuve, des fabriques seront construites, des populations d’ouvriers se grouperont, et la province de Québec cessera d’être aussi exclusivement française,
Je ne puis voir dans l’accroissement de la population étrangère qui se fera alors un danger pour notre nationalité, ainsi que plusieurs le redoutent. La vie prendra dans nos villes un aspect un peu plus cosmopolite, voilà tout; certains émigrés s’assimileront à notre
race, d’autres s’angliciseront, Dans Îles districts ruraux, l’organisation paroissiale et l'influence du clergé seront, à elles seules, suffisantes pour maintenir la cohésion.
L'extension des débouchés pour nos produits augmentera le bien-être de nos agriculteurs, la colonisation fera des progrès plus rapides.
Ce mouvement d'activité fiévreuse qui emporte nos voisins, se fera aussi sentir chez nous; notre vie perdra son caractère quasi patriarcal, mais notre expansion nationale ne sera pas entravée.
Depuis que les pages qui précèdent ont été écrites, J'ai eu l’occasion de visiter plusieurs
des centres canadiens-français les plus importants de la Nouvelle-Angleterre, et je me prends presque à regretter certaines expressions dont je me suis servi plus haut. J'ai parlé comme d’une calamité nationale de l’émigration aux Etats-Unis; or, en constatant combien, sous le ciel de l’Union, le patriotisme latent s’est affirmé au cœur d’une foule des nôtres, combien nombre d’indifférents sont devenus des croyants, combien les apathiques se sont jetés dans l’action; en constatant les progrès accomplis, au cours de ces dernières années, par nos frères devenus citoyens de la grande République, je trouve tant de motifs
ÇAIS
ns les siale et les, suf-
roduits ilteurs, apides.
qui emir chez e quasi male ne
ont été lusieurs s imporje me expresai parlé émigrat comiotisme ule des ts sont athiques ant les rnières s de la
motifs
consolants que je me demande si l’émigration n’a pas été plutôt une circons'ance favorable à notre expansion.
Dans la province de Québec, comme je lai rappelé ailleurs, l’apathie et l’égoïsme ont, depuis trente ans, gagné toutes les classes. Les difficultés de la vie matérielle, provenant surtout d'une mauvaise direction économique et de l’encembrement qui s’est produit dans les carrières non-productrices, ont, jusqu'à un certain point, paralysé chez les individus l’esprit d'initiative, gèné les facultés créatrices. De l'importance exagérée attribuée au sport politique, il est résulté que les aspirations généreuses et élevées se sont dépensées en une agitation factice pour le triomphe de lun ou de l’autre parti et n’ont abouti, le plus souvent, qu’à des sacrifices au profit d’une caisse électorale, sans aucun résultat utile pour l’avancement de notre race.
Aux États-Unis, la voie large ouverte aux actifs et aux entreprenants dans le commerce et l’industrie, la facilité pour tous d’arriver à l’aisance ont, au contraire, développé ou plu-. tôt réveillé dans les caractères des qualités d'indépendance, d’énergie, de persévérance qui sont des forces précieuses dans la lutte pour la vie. Beaucoup de Canadiens que J'ai rencontrés dans. la Nouvelle-Angleterre me
font l'effet — je ne sais si le mot dont je vais me servir rend bien ma pensée, et je reuretterais qu’il fât mal interprété — me font l'effet d'hommes longtemps tenus en tutelle et enfin émancipés. D'un autre côté, la foi en l'avenir, de sentiment de la solidarité nationale, la fierté du sang augmentent de jour en jour et se dégagent des pensées égoïstes et des désirs de richesse qui avaient, tout d’abord, accaparé seuls l’âme de nos compatriotes émigrés.
Du fait de son hérédité, l’homme de notre race est un homme de lutte, un destructeur d'obstacles, et la Nouvelle-Angleterre a fourni un vaste champ à sa combativité. L’émigré de la provmce de Québec est arrivé indigent dans un pays où seul l’homme riche a droit à la considération, il a pris place au bas de Péchelle sociale, et il a dû jouer des coudes pour s'élever peu à peu et conquérir une ‘situation moins humbe. En cela, du reste, il n’a fait que suivre l'exemple des autres “émigrés venus de tous les points de l’Europe. Hanté par le souvenir du pays natal, où ül “comptait retourner, il s’est refusé à l’assimila- ‘tion, et il s’est attaché avec d’autant plus de persistance à sa nationalité qu’elle a été pour Jui la cause de plus de vexations. Les sociétés nationales, les paroisses, les écoles qu'il a