‹ L'avenir du socialismeChapitre 10 sur 21 · CO0>P · texte numérisé non relu

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être tenue pour une étape nécessaire vers la cité communiste, là où le développement historique a laissé subsister la monarchie. Mais de ce<]uerin5titution républicaine favorise, en théorie, Tébranlement du capitalisme, érigé en ennemi unique, il ne faudrait pas inférer que la suppression de la royauté ou de Tempire reste essentiellement une condition préalable.

. Nous avons déjà montré que plus l^e développement industriel s*aecuse, et plus la menace révolutionnaire s'accroît^ plus aussi la bourgeoisie se resserre autour du pouvoir personnel qui se perpétue par presque toute l'Europe- De jour en jour, la difficulté grossit de renverser les dynasties, sans infliger une défaite suprême à la classe qui s'est liée à elles. Les travailleurs risqueraient donc de briser leurs forces, en s'attaquant, avant l'heure, à une entreprise, qui ne serait plus seulement d'ordre politique, mais dont la portée économique et sociale serait manifeste. S'ils assumaient légèrement une initiative qui, au fur et à mesure que les temps s'écoulent, commande une organisation plus vigoureuse et une énergie mieux trempée, ils ne serviraient que la réaction Ils fourniraient aux maisons régnantes et au capitalisme dominant Tooeasion de consolider leur pacte, et de désagréger, en pleine formation, les éléments subversifs qu'élabore

aatomatiquement révolution quotidienne. Pour un pTO&t incertain et précaire, il» sacrifieraient peutêtre les ressources lentement accumulées, et ajourneraient, à une échéance lointaine, la victoire substantielle.

II. — Le budget de FEtat moderne a précisé sans celàche ses caractères, tandis que se déroulait le XIX® siècle. Il reflète exactement la structure sociale, les changements qui s'opèrent, de décade en décade, dans les rapports des classes et des fractions de classes. De même que les dépenses d'ancien régime comprenaient, en première ligne, l'entretien des ordres privilégiés, celles du régime nouveau représentent essentiellement le prélèvement des possédants, et la défense de leurs prérogatives.

Dans le devis financier des débuts du xx^ siècle, -^— qu'on envisage la France, l'Angleterre, l'Italie ou FAllemagne, — les travaux d'intérêt collectif, ceux qui pourront concourir au bien-être général, ne tiennent en principe qu'une place dérisoire. Les frais d'assistance ou d'assurance, les aumônes consenties aux ouvriers^ ne figurent que pour des chiffres infimes. Une portion énorme des milliards, que 1 Europe gaspille chaque année, s'en va au militarisme, au colonialisme^ au fonctionnarisme, c'est-à-dire aux services parasitaires, aux entreprises économiques de la bourgeoisie, aux instita-

lions qui la doivent protéger ; une autre portion énorme de ces milliards est affectée au paiement des intérêts de la dette publique, qui n'est pas aux mains des prolétaires, à coup sûr, et qui donne hypothèque aux dirigeants sur le revenu de la nation. Le budget, considéré en son compartiment des dépenses, exprime par suite, à notre époque, comme à toutes celles qui Tont précédée, les tendances de TEtat. Par les couches d'alluvions qui s'y sont déposées d'âge en âge, on peut mesurer les ambitions grandissantes, l'audace accrue, la confiance plus assise de l'oligarchie ; on y découvre aussi la courbe des institutions capitalistes, les timidités du colonialisme à son origine ; puis son expansion soudaine, déterminée par une concurrence avivée, puis sa stagnation subite, lorsque le prolétariat devient assez fort pour esquisser une résistance. A côté de ces dotations des troupes et des administration d'Asie et d'Afrique, le fonctionnarisme déploie sans relâche ses inscriptions. L'armée ne semble plus aux gouvernants une suffisante défense ; pour lier la foule à leur cause, pour neutraliser momentanément les petits bourgeois, et ceux qui ont déjà perdu le dernier vestige de leur propriété, ils multiplient les infimes postes publics, qui payent à peine leur homme, mais qui doivent, en théorie, l'associer au

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régime. Cette extension ininterrompue du nombre des emplois et des sinécures n'est point le trait exclusif des pures démocraties; elle se généralise dans le monde, sans faire acception des diversités de statut politique, et devient un phénomène social. Les maitres du jour se créent une clientèle. Le budget, lorsqu'on passe aux recettes, accentue encore son caractère d'instrument de classe et d'outil d'écrasement. Non seulement les frais collectifs de la société moderne se réfèrent surtout à la protection de l'Etat oppresseur, mais aussi les ressources sont prises essentiellement sur le peu* pie, et il paie de la sorte le coût de son exploitation. Il est de toute évidence que si aujourd'hui tous les citoyens acquittent l'impôt, cet impôt ne tient point un compte, même approximatif, des moyens individuels. Inique serait déjà, au regard de la justice stricte, un système fiscal qui, répartîssant les dépenses au prorata des émoluments de chacun, ne pourvoirait finalement qu'aux exigences d'une caste dominatrice. Or, si tel est le but de l'organisation financière contemporaine, elle ménage d'autre part les riches, en pressurant les pauvres. Même dans les contrées où fonctionne la taxe progressive sur le revenu, l'apport du prolétariat est hors de toute proportion avec ses facultés contributives. Partout les impôts directs ou les im-

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pots des successions, qa*^on classe d'habîtude dans one autre catégarîe, ne représentent qu'une fractîon légère des perceptions. Ce sont les impèls indirects, dont ïa nomenclature- est illimitée, q«! frappent les consommations les plus élémenfaîres, et auxquels, par suite, les plu» déshérités ne sauraient échapper, qui fournissent k l'Etat le plus clair de ses dotations. Supprîmez-lesr : le bttdg«* se réduirait presque a néant. Aussi leur abolition, que les politiciens bourgeois laissent espérer otf promettent bruyamment aux époques de crise, ne saurait-elle être examinée sérieusement dans la société capitaliste. L'évolution de ces taxes, à travers les cent dernières années, constitue a elle seule le plus instructif des enseignements. Pour ne s'attacher qu'à la France, elles reparaissent dès qne la Révolution est submergée et qoe le capitalisme pose ses bases ; elles grossissent avec la Restauration, avec la monarchie de Juillet, avec le second Empire, a^vec la République, et rien ne dé* montrerait mieux la solidarité étroite de fous ces régimes disparates et antagonistes, au re^rd de l'organisation sociale.

En résumé, l'Etat contemporain arrache des milliards à la classe ouvriè-re, en usant du pouvoir de coercition qui lui est propre, pour les vouer a la protection ou à l'enrichissement; de la classe

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dirigeante. Non seulement celle-ci absorbe la plusvalue qui résulte de Tinstitution du salariat ; non seulemeat» par rétablissement des hauts tarifs douaniers» elle surcharge la foule des consommateur« et per<çoit unedlme qui ne parait en aucune comptabilité, mais aussi elle exerce, par le budget, uoprélèvement officiel et ostensible. Lorsque le tra- VAiUeiar a versé au patron son profit, lorsqu'il a acquitté^ntre les mains de l'industriel ou de l'agriculteur ou du commerçant, la redevance d'un monopole aménagé par les lois protectionnistes, il est encore tenu de donner aux soi-disants services publics une part de sou salaire. Mais les patrons, les industriels, la féodalité gouvernante, ne forment qu'une seule et même catégorie, sous des rubriques diverses. Comment le prolétariat, s'il n'est pas assez vigoureux encore pour renverser le régime économique, ne protesterait-il pas contre le budget qui en est l'expression la plus claire ? Comment lets députés, qui se réclament du socialisme dans les Parlements, pourraient-ils sanctionner les devis annuels qu'apportent les ministres des Finances ? Il semble qu'en posant la question, on en donne implicitement la solution ; pour tout mandataire du prolétariat socialiste, il y a une impossibilité absolue k voter les dépenses et à accorder les ressources de l'Etat contemporain.

III. — Noire époque, comme on Ta maintes fois remarqué, est celle de la législation ouvrière. Depuis dix ans, se sont accumulés d'innombrables textes qui traitent des matières les plus variées, et qui ont accusé l'intervention toujours plus grande de l'Etat dans le domaine industriel. Ils ont, au surplus, été promulgués dans les pays de monarchie à demi absolutiste, comme daiis les pays démocratiques, et ce ne sont pas toujours ces derniers qui ont le mieux répondu aux revendications des prolétaires.

Le problème, que nous avons à envisager ici, est fort simple : quelle sera l'attitude du socialisme à l'endroit de ces expériences sociales? Les rejettera-t-il comme dérisoires et fallacieuses, en montrant qu'en dehors du bouleversement de la propriété, il n'est point d'amélioration possible ? Demeurera-t-il indifférent, en insistant sur le peu d'efficacité de lois qui ne sont jamais appliquées, et que l'administration laisse sommeiller ? Ou, au contraire, s'attachant à ces dispositifs, s'efforçant d'en élargir le sens et d'en assurer l'exécution, prendra-t-il des initiatives, et préconisera-t-il sans relâche des mesures nouvelles ?

Il est certain que le régime politique, que le caractère des institutions ne sauraient ici entrer en compte; la grande République américaine a

établi des réglementations insignifiantes à côté de celles qui ont été publiées en Allemagne. La réforme ouvrière, la loi du travail, n'est pas le produit exclusif de l'intrusion plus ou moins bruyante des prolétaires dans les rouages de l'Etat. Que la classe dirigée puisse ou non se faire représenter dans les assemblées, qu'elle ait ou non une part théorique d'influence dans la gestion des affaires, c'est toujours du dehors qu'elle exerce sa pression sur les pouvoirs publics. C'est lorsqu'elle est groupée et qu'elle affirme une volonté réfléchie et mûrie, que la classe dirigeante dommence à porter la hache dans les abus de la manufacture. La bourgeoisie n'agit que sous la contrainte extérieure, sous la menace grondante. On peut envisager l'entrée dans une chambre d'une assez forte fraction socialiste, qui pourtant ne s'étayerait point sur un syndicalisme vigou» feux. Tel était, jusqu'à une date assez proche, le phénomène qu'on avait observé en Italie. De cette contradiction, il résultait que les lois ouvrières de la Péninsule n'avaient pu progresser au même degré que celles de l'Allemagne ou de l'Angleterre ou même du Danemark.

' Il est certain aussi que la législation du travail ne saurait modifier le statut social des travailleurs. Elle ne déborde point le cadre de la société mo-

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d^rne, fondée sur un mode de propriété intangible, eJt par «uite les limites de jce réformisane jue ^ot jjBomais éloignées. Chaque initiative soMOÙse à «n Parl^ement, si restreinte soit-elle en ses ambitions, soulève la question essentielle de notre âge^et met enjeu la structure économique tout entière. Veuton instituer des délégués ouvriers à TijDspaetion des fabriques ? L'autorité patronale, la hiérarchie de l'atelier sontsapées. — Proposc-t-oiï de jeter bas les usines insalubres? Atteinte k la propriété. — Béclame-t-on des assurances contre la maladie o u contre la vieillesse ou l'invalidité, dont les employeurs et l'Etat acquitteront seuls les frais ? £x« propriation partielle encore ! — La conclusion s'établit très rapidement, au plus cursif examen, qu'il ne faut point attendre d'une série de lois pins ou moins bien étudiées l'afiTranchissement du proié^ tariat. Une société ne se suicide jamais en brisant sa base; les mesures partielles ne feront qu'éolaircir le feuillage^ alors que l'arbre doit être coupé par le pied. Ce serait une folie et un crime que d'entretenir des illusions sur ce point dans la masse souffrante, d'où vient tout travail et d'où sort toute richesse.

Mais ces lois ouvrières sont autant de transactions successives entre le parti capitaliste, entre les tenants de la conservation et l'esprit révolu-

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ttonnaîre du socialisme* Chacun de ces textes est iffiu d*ua loQg combat; il a sanctionné une attaque dij^ fois renouvelée» et jamais la pensée initiale n'en a été formulée d'en haut. Lorsqu'il a été adopté et promulgué, l'assaut devenait plus presdaat ; la solution semblait plus urgente ; Timpatîence de la foule grondait plus lourdement; l'organisation prolétarienne tirait des arguments triomphants de la résistance des possédants, et de l'inhumanité du gouvernement, qui représentait leur puissance politique.

Quelque minimes que soient leurs effets, ces lois jalonnant la marche historique de la classe ouyriëre; quelque chèrement achetées qu'elles aient pu paraître» elles constituent autant de victoires. Si trop souvent, elles ne conférèrent que des satlsfaotîons de pure forme et demeurèrent stériles, il dépend des groupements corporatifs de les faire appliquer. Elles vaudront ce qu'ils valent.

Mais il y a plus; elles ont, malgré tout, élargi le chaunp d'action du prolétariat, en limitant la durée de son labeur, en éliminant les parasites mêmes du parasitisme social, en assurant une meilleure salubrité. Il n'est pas indifférent que le travailleur quitte l'usine de bonne heure ; que son corps, affranchi des tares professionnelles, conserve plus loiigtemps sa jeunesse ; qu'il soit associé au contrôle

de rindustrie ; que son salaire soit garanti contre de nouveaux prélèvements, plus odieux encore que d'autres. Plus se desserrent ses liens, et plus s'af- .^ firmera son énergie de subversion.

Il n'est pas jusqu'aux réformes refusées, systé» inatiquement écartées par les pouvoirs publics, qui n'aient leur portée. Les votes négatifs des Chambres contribuent à éduquer les masses sur les sentiments de fraternité et de générosité, que les dirigeants nourrissent a leur égard. Lorsque l'institution des retraites est sans trêve ajournée, comme en France, * parce que l'allocation de la plus minime pension requerrait le concours pécuniaire de l'Etat, et par suite, une économie sur les budgets improductifs, ou une taxation de la richesse acquise, la classe ouvrière comprend que le régime l'écrase de tout son poids. Incitée à réfléchir, soustraite à Tinfluence des vaines polémiques de la politique courante, elle s'ouvre plus largement à la propagande communiste. Elle perçoit alors, sous la végétation touffue des apparences superficielles, l'infrastruo- * turc du système capitaliste. Soudain elle vit en pleine lumière. Elle secoue sa torpeur; elle s'arrache au sommeil séculaire, où elle déroulait ses rêves. La brutale réalité, en la ressaisissant, lui restitue sa force... Et de la sorte, l'attitude du socialisme, vis-à-vis des réformes ouvrières, est

iite tracée par une série de considérations, qui soutiennent Tune l'autre. Il doit sans trêve voter, iger, proposer des améliorations partielles.

i*elles soient adoptées ou exclues, ce sera toujours r profit pour lui, à condition qu'il ne s'attarde s dans une entreprise après tout secondaire, et 'il ne perde point de vue les idées essentielles i dominent sa marche.

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