‹ L'avenir du socialismeChapitre 9 sur 21 · L.'AVBIIia DU aOCIAUSMI · texte numérisé non relu

L.'AVBIIia DU aOCIAUSMI

cofifôndaient les défenseurs de la dictature mo- Baorchi^ue, de la puissance ecclésiastique et de l'hégémonie des finaneiers.

c Leur domination, disait le grand penseur, ■i'étah possible qpe sous la forme de la république parlementaire. Sous cette seule forme, en effet,, les deux divisions de la bourgeoisie françaiise pouvaient s'unir, et mettre li l'ordre du jour la suprématie de leur classe, au lieu du règne d'une fraction de cette classe... Leur instinct leur disait que la république peut bien rendre leur pouvoir politique plus parfait, mais qu'en môme temps, elle en ruine les bases sociales. Elle oppose,, en effet, les classes dominantes aux classes dominées, foreç les premières à combattre les secondes, sanA intermédiaire, sans le couvert de la eoturonne, sans qu'on puisse faire intervenir Tlntérèt de ta nation. »

Il est indubitable qu'une monarchie, à prérogatives énormes: même, comme celle de l'Allemocrne OU de l'Autrieke-Hongrle, peut, plus aisément qu'une république,, accorder des réformes sociales,, établir des lois ouvrières. Le souverain s'efforce de servir de régulateur à la vie interne de la société. Il est assurément intéressé à refréner, à canaliser les courants impétueux qui circulent daUiS Us masses dirigées,. II n'ignore pas que tout

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assaut victorieux, donné au système capitaliste, I emporterait le vieil Etat, et que son propre pouvoir serait tout d'abord disloqué. Au surplus, sa tentation est d'autant plus grande de pratiquer l'interventionnisme^ que son autorité, à certains moments, est compromise par les ambitions de la bourgeoisie libérale, de la finance, de la grande industrie, avides de substituer leur domination directe à la dictature d'un seul. C'est en distribuant tour à tour ses faveurs aux catégories sociales en lutte, qu'il les maintient l'une par l'autre, et qu'il prolonge son règne.

Il est très vrai aussi que les monarchies constitutionnelles, telles l'Angleterre et la Belgique, peuvent être plus libérales que les républiques. La liberté de la parole et de la plume sont à coup surplus amples outre-Manche qu*en France ou en Suisse ; et la Belgique conserve, de la liberté de réunion, une conception qu'on se plairait à voir prévaloir chez nous. Ces extensions des droits civiques s'adossent à des restrictions des prérogatives politiques pures. Dans les monarchies libérales, la nation ne dispose pas tout entière du bulletin de vote, ou bien la classe ouvrière ne possède qu'un morceau de bulletin.

Que la monarchie soit absolutiste, ou à demi abso* lutiste, — car il y a des degrés, — ou parlementaire,

la lutte des classes ne s'y déploie jamais en toute son intensité. Ou mieux l'antagonisme des classes est masqué par des oppositions secondaires, qui dérivent les énergies, et le problème social ne jaillit pas, devant la foule^ dans sa fruste simplicité. Ici un empereur paralyse, un moment, l'élan prolétarien, par une façon de corruption collective, en imposant un simulacre de réforme qui satisfera à une revendication partielle. Puis les travailleurs s'imagineront que le statut politique seul est en jeu, et qu'il suffira de le modifier, de proclamer la loi démocratique, pour que leurs souffrances cessent subitement, — et toutes leurs attaques porteront contre la prérogative monarchique, laissant indemne, pour de longues années, la suprématie très réelle de la bourgeoisie. Là, ils réclameront avec force l'extension du droit de suffrage, ou la suppression de la pluralité des votes, ou la représentation proportionnelle, ou la réduction de la liste civile, et ils absorberont leur puissance de réflexion et de combat dans un conflit intéressant sans doute, mais aussi accessoire.

La République apparaît donc comme le cadre idéal des luttes de classe, mais à condition d'abord que la démocratie politique y soit à la base même des institutions, et que l'égalité des droits abstraits demeurela règle fondamentale. La bourgeoisie et le

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prolétariat sj dressent faee à face, sans qu'aocun pbavoir vienne s'interposer, sans qu'aocone pré* occupation étrangère a la bartaille sociale puisse les distraire un seal instant, sans que les masses soient apaisées par un don d'en haut, ou détournées vers des soucis parasitaires. Dans aucune contrée, les conflits an capital et du travail n'ont acquis autant d'ampleur que dans l'Union américaine.

Il ÙluI ajouter toutef(Mis que la République ne peut comporter tous ces^ avantages tactiques, qu'autant que le prolétariat,^ fortement édnqué, a pris conscience de ses intérêts collectifs. S'il est ignorant, indifférent, divisé contre Itti-même, déchiré entre les idées et les personnes, il offrira une proie facile à la corruption et ne marquera que son impuissance. L'oligarchie au pouvoir jouera de cette infériorité intellectuelle, de cet émiettement, de la naïveté même des opprimés, et alors l'institution républicaine, au lieu de susciter le combat Ibrniidable des puissants et des humbles, de l'aoristocratie et des masses, couvrira seulement la servitude pins douloureuse et plus enracinée des travailleurs.

Au fur et à mesure que les années s'écoulent, et que l'évolution capitaliste s'accentue, les monarchies anciennes apparaissent plus étroitement liées a la strocture économique. Dans la période de sa formatîian, la bourgeoisie, demeurée révotiaftion-^

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naire, entrais ée par sa lutte contre Taristocratie foncière» donnait un inceasant assaut aux royautés, qui s'étayaient sur cette catégorie de privilégiés. Ce n'était point «eulement la bourgeoisie française, c'étaient les industriels et les commerçants de partout qui, en défendant les thèses libérales contre les féodaux, revendiquaient le gouvernement parlementaire et la limitation ou la suppression des prérogatives dynastiques. Mais l'œuvre politique, accomplie au cours de cette crise^ ne fut pas uniforme. Elle fut contrariée par les conditions historiques, ethniques, diplomatiques. LaBelgique après soninsurrection,dut accepter un souverain, parce que loutes les monarchies voisines se fussent coalisées pour détruire sa jeune République. Lorsque l'Espagne fit ses révolutions, l'Eglise était encore trop riche et trop forte chez elle, et la bourgeoisie industrielle trop faible, pour que la démocratie pût s'implanter solidement. En Allemagne et en Italie, le problème d'unification primait tous les autres, et l'imité dans ces conti*ées de passé complexe , de -tempérament infiniment diversifié, de statut économique trop visiblement hétérogène, ne pouvait, pcnsait-on, se réaliser que par là prédominance d'uAemaisonde lointaine activité, les Hohenzollern d'un cété, les Savoie de l'autre. En Autriche enfin, -où dix peuples se heurtaient, où chaque groupe-

ment tâcliaît d'asservir et de molester le groupement voisin, oij le développement industriel et commercial changeait d'aspect d'une province à l'autre, où les grands propriétaires du sol jouaient encore un rôle décisif, l'Empire qui semblait le lien unique de tant de races et l'arbitre nécessaire de ces innombrables luttes, fut, à vrai dire, accepté <;omme un régime de salut et de raison.

Ainsi la grande poussée révolutionnaire du milieu du siècle, qui a secoué TEurope avec une •extraordinaire brutalité, qui en a quelque peu renouvelé la physionomie, a laissé subsister presque partout la monarchie. Mais les soutiens sociaux des royautés et des dictatures impériales ont changé. Jadis, c'était sur la noblesse foncière que les souverains s'appuyaient, contre les bourgeois associés ^u prolétariat naissant. Maintenant la bourgeoisie tend a se confondre de plus en plus avec les fils des hobereaux, qu'elle s'allie par mariage ou dont elle rachète les biens immobiliers, et loin de renverser les trônes, elle s'efforce de les consolider. Le sort de la République, dans les pays de tradition monarchique, est de plus en plus subordonné à celui du socialisme. Le statut politique ne se modifiera guère dans l'avenir qu'avec le -Statut économique. Partout où elle avait survécu -à Tassant du milieu du siècle, l'institution dynas-

tique est devenue le paravent de la propriété capi* taliste. La classe dirigeante a de longue date compris, qu'en ajournant le gouvernement impersonnel, elle refrénait l'ardeur de la guerre sociale, et divisait l'attaque ouvrière.

De ce point de vue, Ton s'explique admirablement la tactique des socialistes allemands, ou autrichiens, ou italiens. Républicains de principe, ils sentent fort bien que pour conquérir la République, ils doivent compter à peu près exclusivement sur leurs propres énergies. L'heure est passée, où Une fraction des possédants, exaspérés des hostilités' que leurs initiatives rencontraient en haut Keu, dans les cours, faisaient front avec la foule contre la royauté. Chacune des consultations élec- * torales montre le resserrement des partis de conservation sociale autour des souverains. Pour détruire l'Empire des HohenzoUern, la Social Démocratie d' outre-Rhin devrait déployer autant de vigueur que pour instaurer le socialisme pur; et ce n'est pas son alliance avec la monarchie demi absolutiste qui fortifiera finalement la bourgeoisie allemande. Un peu partout, les maisons régnantes ont réussi à perpétuer leur tutelle, en acceptant le concours de l'industrie et de la banque, jadis leurs adversaires, mais celles-ci, en se solidarisant avec l'es institutions politiques du passée ont peut-

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être consenti un marché de dupes. Le jour où les prolétaires, dans leur ensemble, perceront le voile de brumes qui enveloppe les combinaisons de notre âge, et où ils discerneront la subordination étroite du régime gouvernemental aux préoccupations égoïstes des possédants de leur pays, le jour où il ne sera plus loisible à des stratégistes trop habiles de détourner leur attention vers des problèmes se« condaires, la guerre des classes éclatera avec d'au-» tant plus de violence qu'elle aura été plus longtemps comprimée. Pendant que d'aucuns discutent les mérites comparés des systèmes politiques, la con«^ centration capitaliste s'accomplit, et c'est elle, en dernier ressort, qui domine l'action des groupe* " ments sociaux.

. Dans les contrées de forme républicaine, le devoir du prolétariat est tracé par les considérations mêmes que nous avons développées. Puisqu' aucun régime ne saurait, à un si haut degré, favoriser, stimuler son élan, il aurait grand tort de laisser s'opérer un retour en arrière, une restauration royale ou impériale. Il est républicain, parce qu'il est socialiste ; s'il tient à l'équilibre de forces, qui s'est établi à travers des conjonctures historiques très variées, en France, en Suisse, en Amérique, c*est que la destruction de cet équilibre compliquerait la lutte sociale. Les travailleurs et les

■ ■ ]|l8eD présence:

Il jeu, qui (ausseliers.

I iiina, ui en Suisse, la )<■ un instant menaci^e au d'iino pari, les préten- \ Invoquer une tradition, fon- 1 pnrl, l'armée est améles pouvoirs sont si bien B fédérntive, qu'aucun César trgir. La France, au con- !«niiëre vue, plusdechanmonarrliiquc, mais il faut us iispirent ici ii se redites; que la bourgeoisie (Bade de l'un ou de l'autre une i droits; et pour la dictature mili d'un général quelconque, ienl que dans des circonstances et au milieu d'une guerre civilet ï perspective imposerait la réflexion au, ambitieux. C'est l'habileté suprême de la -c poBsMante, en France, d'exagérer par inter- .ii& U nlenr des soulèvemeuts d'opinions, qui nt le meilleur de leurs énergies de la petite "l^eoÎMe. Alors, elle évoque le péril de la liberté ; 'uenace le prolétariat d'un attentat au droit

de suffrage et aux garanties élémentaires, et elle s'efforce de détourner les travailleurs de leur tâche propre et de leur activité autonome, pour les entraîner à une alliance, qui relègue la bataille économique au second plan.

• Mais le prolétariat doit se rendre compte que la bourgeoisie s'applique à l'arracher à sa conception simpliste et juste des choses. Tout en conservant la République qu'ils ont conquise et asservie à leurs vues particulières, les chefs de la classe industrielle et financière voudraient garder les bénéfices de l'Etat monarchique, c'est-à-dire écarter l'opposition brutale, élémentaire, du capital et du travail. Les vicissitudes politiques qu'ils suscitent par leurs résistances aux réformes, et dont ils dénaturent sciemment le sens, leur permettent de jeter au travers de cet antagonisme des querelles secondaires. Contre le danger césarien, ils entendent recourir à la collaboration des classes, qui ressuscite une solidarité factice, renouvelle des liens détruits, et paralyse la poussée ouvrière. Oja peut se demander si ce second péril n'est pas aussi redoutable que l'autre. En tout cas, plus les prolétaires seront éduqués et organisés, plus le mouvement syndical apparaîtra puissant, plus s'affermira la notion de la structure de l'Etat moderne, et plus ces rapprochements deviendront malaisés.

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La République, pour la bourgeoisie de France et d'ailleurs, représente à la fois le gouvernement impersonnel et le système des institutions sociales, qù*il couvre et qu'il maintient ; la République, pour le prolétariat, doit se définir : le régime qui fournit le champ le plus large à la guerre des classes. Comment, partant de ces points de vue si opposés, ces deux éléments pourraient-ils contracter une alliance, dans des éventualités qui se renouvellent trop souvent ? Et comment, le jour où elle possédera, dans son ensemble, une perception nette des phénomènes, la plèbe de l'atelier et des champs se laisserait- elle entraîner à de néfastes compromissions ? 11 suffit qu'elle se dresse dans sa force, sur son propre terrain, pour que les ambitieux de toute catégorie reculent effrayés.

Peut-être de ces considérations diverses, dégagera-t-on surtout cette conclusion, que si la République est le cadre idéal de la lutte sociale, les embûches y sont multiples. Les périls de déviation y sont même plus accentués que dans tout autre statut politique. Aucune forme de l'Etat ne requiert du prolétariat plus de rigidité, plus de méfiance, plus de hautaine et persévérante fidélité aux principes.

On semble tomber dans une contradiction, en Mfirmant maintenant que la République ne saurait

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