‹ L'avenir du socialismeChapitre 12 sur 21 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L ATTAQUE PROLETARIBUNE

I. — Labourgeoisie défend ses positions, en exploitant les lutles qui se développent dans le prolétariat. Elle applaudit au triomphe de sa méthode, quand elle voit les groupements socialistes échanger des défis et des menaces, et les associations professionnelles se livrer, tour à tour, dans les congrès généraux, des assauts exempts d'aménité. A cùté des querelles qu'elle suscite, et dont nous avons précisé le caractère, d'autres oppositions plus profondes, et qui se rattachent à Tantagonisme des traditions et des concepts, subsistent, ou s'aggravent avec le temps. Alors que la classe dirigeante est en proie à de violents conflits d'intérêts, qu'en matière économique, politique, coloniale, etc., ses éléments divers revendiquent les solutions les plus disparates, elle sait pourtant discipliner son action, dans sa résistance h la poussée

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communiste. La propnété est-elle en cause, et le régime social peut-il subir un ébranlement? Les travailleurs sentent se reformer contre eux le bloc compact du conservatisme. A Tinverse, tandis qu'eux-mêmes devraient percevoir l'étroite communauté des besoins et des aspirations, et qu'en théorie, pour l'observateur étranger aux dissidences internes, ils ne constituent qu'une masse solide et sans fissure, ils se dispersent en tronçons rivaux et hostiles. Leur impuissance à remporter la victoire finale, les hésitations qui se marquent dans Jeurs rangs, depuis la rapide croissance des dernières années, la stagnation inattendue de l'heure présente, s'expliquent par cet émiettement. La classe ouvrière ne sera vigourcuse-que dans l'union. Certes, ses différends intérieurs ne l'empêchèrent pas de poursuivre sa bataille contre le système capitaliste, de proclamer les grèves, de revendiquer l'élargissement des libertés publiques, ou de pénétrer dans les Parlements. Mais combien affaiblie, languissante, incohérente, apparaît sa marche ! Chacune des agglomérations partielles du prolétariat ressemble à une division, qui serait séparée des autres divisions de la môme armée, et qui ferait face à l'ennemi, en avant et sur les flancs. Une pareille situation ne saurait durer sans dommage et déjà dans le passé, et surtout dans le présent,

s'accusent ses effets désastreux. Plus les salariés perpétuent leurs discordes, et plus ils prolongent le règne de la bourgeoisie. On dirait qu'ils s'appliquent à faire le jeu des dirigeants, et qde révoltés cependant .contre l'étreinte de la corruption aperçue de toutes parts, ils balancent à loi fermer les voies d'accès, en se serrant les uns contres les autres. Numériquement, ils sont la force; ils devraient broyer, en un clin d'œil, sous Tafflux de leurs effectifs, l'oligarchie qui les pressure. Pratiquement, ils demeurent écrasés, parce qu'ils ne savent pas, ou ne veulent point se concerter. Pour triompher, ils n'ont qu'un pas à faire, qu'une décision à prendre. Leur affranchissement est en leurs mains; il ne leur viendra point de haut, par un acte providentiel. Le monde réel n'a rien de commun avec la féerie, et les changements à vue y sont inconnus ; tout événement a sa cause ; toute rénovation s'élabore et se mûrit dans la souffrance, de par le patient travail des opprimés.

Or cette unité intime et profonde du prolétariat, condition nécessaire de Témancipation future, ne peut se réaliser que par un retour aux principes. C'est en s'arrachant aux théories décevantes , qui l'ont attirée vers les plus équivoques compromissions, c'est en brisant les pactes contre nature, en s'isolant de tous côtés, en bannissant

l'humanitarisme vague et vide, qui se substituait aux claires notions et aux formules simples, que la classe dirigée reprendra conscience d'elle-même, Le problème n'est pas si ardu que d'aucuns Tont prétendu. Il se présenterait tout autrement, en sa rude netteté, si on ne l'avait point compliqué, ou faussé, à dessein. Trop longtemps les déshérites ont perdu de vue les faits, — qui portent un enseignement quotidien, — et ouvert leurs esprits à la pure idéologie, aux jeux de la rhétorique, aux combinaisons péniblement échafaudces des sociologues byzantins. Leur instinct leur montre l'antagonisme -partout présent dans le régime social; une courte méditation sur l'histoire du temps, qu'ils ont vécu, leur signale l'enrichissement ininterrompu de l'aristocratie financière, l'égoïsme et la mauvaise foi des partis qui se succédèrent au pouvoir. C'en est peut-être assez pour dissoudre les sophismes, pour condamner les transactions périlleuses, et grouper les masses des souffrants sous une seule bannière. Et quand le prolétariat aura accompli ce bref retour sur lui-môme, les déviations et les litiges tomberont tout à coup. Lorsque la fraction éduquée, organisée des salariés aura chasse ses dissensions, elle attirera à elle, avec une puissance de séduction invincible, les éléments autrement nombreux encore, qui végètent dans l'ignorance.

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dans la stérile quiétude de Tesclavage intégrtl.

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