‹ L'avenir du socialismeChapitre 14 sur 21 · DU MYSTICISME AU SOCIALISME SCIENTIFIQUE · texte numérisé non relu

DU MYSTICISME AU SOCIALISME SCIENTIFIQUE

I. — Le prolétariat conscient n'estpas en général venu d'un seul coup, par une poussée unique, au socialisme scientifique, qui tend à rejeter partout, à Tarrière-plan, le socialisme utopîque d'autrefois. On peut dire, en envisageant son histoire intellectuelle, dans les pays Européens, que d'ordinaire il a traversé plusieurs phases avant d'adhérer pleinement au rationalisme et au matérialisme marxistes- Il a été mystique ou religieux ; il a été ensuite humanitaire. La volonté divine, la fraternité^ W s<Ax-

darîté des hommes et des classes, se heurtaient, dans ses concepts, aux classiques entités de droit et de justice. Ce n'est qu'assez tard, dans les trente ou même les dix dernières années du xix* sièele, que l'analyse strictement économique et l'étude de révolution industrialiste se sont substituées aux chimères d'antan, dans la justification du mouvement communiste.

Certes, le manifeste de 1848 et les délibérations de l'Internationale attestaient déjà l'extinction de la religiosité socialiste et l'évanouissement de l'idéalisme et de la métaphysique sociale, chers aux contemporains de Considérant, de Leroux et de Cabet; mais le socialisme Européen n'a pas cheminé d'un bloc. Les Allemands avaient banni toutes les survivances d'un autre âge, alors qu'elles s'étalaient encore largement chez nous. Jusqu'en 1870 et 1872, les Italiens et les Espagnols que la misère et le dénûment poussaient à la révolution, ne s'étaient point libérés des croyances confuses des premiers temps. Dans les deux Péninsules, la pénétration de la dialectique marxiste ne s'est opérée que fort tard. Si bien, qu'à vrai dire» toutes les nations ont connu les phases successives, sans que les dates initiales et terminales en aient partout coïncidé.

Lorsqu'on lit les ouvrages des « utopistes » fran-

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çaîs, — de Fourîer et de Saint-Simon, — ceux de leurs disciples immédiats, ou des publicistes étrangers, qui écrivaient à la même époque et s^inspiraient de leurs idées, on est très frappé du caractère mystique et quasi-théologique de la doctrine. Pour justifier leurs conclusions, les « précurseurs » partent du christianisme primitif, de ses appels aux pauvres, de sa condamnation des riches égoïstes et barbares. Ils se piquent de se comporter en bons chrétiens, et de restaurer la pure doctrine de Jésus. Ils recherchent la volonté providentielle et montrent que systématiquement faussée par les régimes sociaux qui ont prévalu a travers Thistoire, elle n'a pu se faire jour. 11 suffit de la dégager et de l'exécuter, pour que tombent les souffrances et que surgisse l'universelle prospérité. Certes, la critique économique est loin d'être absente, et l'on n'a jamais surpassé Fotirier, dans son pénétrant et éloquent réquisitoire contre la concurrence et contre l'anarchie de la production ; mais le socialisme du début n'en est pas moins, dans son principe, dans son inspiration, un socialisme de droit divin. Ainsi s'expliquent les extraordinaires écarts de pensée, où versèrent les saint-simoniens, par exemple, à l'heure où Enfantin domina les conseils de l'école. Ainsi comprend-on que pour les élèves directs et indirects de nos d.fe\sc2L y^^xslm^x's*

écrivîiîns socialistes, le problème de a l'Église dans la société )> ne se soit jamais exactement posé. Le saint-simonisme et le fouriérisme, loin d'être en antagonisme avec les religions, entendent se subordonner étroitement à la décision de la Providence. Cet état d'esprit primitif ne pouvait être éliminé de leur propagande ; il s'y retrouve à chaque instant. La mentalité religieuse s'affirme, ou se fortifie, dans les sectes des premières années de la monarchie de Juillet. Ni critique, ni libre discussion, mais une adhésion entière et seryile à des dogmes révélés. Les chefs d'école n'apparaissent guère que comme les prophètes d'une parole d'en haut. Quelle que soit la puissance négative et destructive de leur socialisme, ils ont façonné une intellectualité qui subsistera, à travers les crises les plus dramatiques.

II. — Mais la génération de 1840, sans refouler totalement la demi-théologie des fouriéristcs et des saint-simoniens, édifie un système nouveau. Avec Cabet, Pecqueur, Louis Blanc, Vidal surgit la philosophie de la fraternité — philosophie ultra-optimiste — • qui fonde le collectivisme ou le communisme sur le devoir d'humanité. A coup sûr, tous ces écrivains formulent de violentes dia-^ tribes conlre le mal social, contre les iniquités du régimCf contre la couceutration des capitaux.

qui se lie elle-même à la paupérisation croissante du peuple, mais ils écartent avec horreur l'idée de la révolution par en bas. Confiants dans la démocratie qui naît, qui va prévaloir, ils s'imaginent qu'en proclamant le droit politique, elle bouleversera de fond en comble la structure de la société ; ils font appel à Tintelligence, h la bonté des puissants, à la solidarité des citoyens. La théorie d'une évolution organique qui entraînerait invinciblement le monde h une transformation totale des rapports de propriété, n'a pas encore germé. Ni le matérialisme historique, ni le déterminisme social qui en résulte, n'ont encore dressé leurs concepts en (ace de l'idéalisme généreux, enthousiaste, mais stérile, qui anime le prolétariat. La classe ouvrière, barbouillée d'humanitarisme, plongée dans le mysticisme fraternitaire, attend son émancipation d'une entente avec les dirigeants. Après i^évrier, elle mettia trois mois de misère au service de la République, parce qu'à ses yeux la République donnera nécessairement, de par la simple expansion de son système, Taffranchîssement du salariat. C'est une religion encore que la génération de 1840 a instaurée; seulement à la place de la divinité elle a élevé la justice, comme si celle-ci, planant dans les régions supraterrestres, devait descendra ^^^<è\n,^•^

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jour, pour dissiper toutes les iniquités. Et cette religion développa dans le prolétariat la même mentalité que toutes les autres : Tadmiration irréfléchie des pompes et des mots, l'asservissement à un rite convenu, la crédulité tenace, la foi aux prêtres. Le socialisme de droit humain s'est substitué au socialisme providentiel. L'épreuve de sa valeur a été faite, non seulement chez nous, mais presque partout : il a croulé devant les premières répressions, laissant, avec la claire notion de son impuissance, des déceptions néfastes et anémiantes.

III. - — Survient la phase de la critique scientifique. Elle se caractérise par l'étude minutieuse des faits d'économie, par des généralisations rationnelles, par des systématisations dont le seul tort est de comporter une trop grande rigueur. Ce n'est plus de la volonté divine, ni de la fraternité universelle, que les publicistes prennent conseil pour annoncer la catastrophe qui bouleversera le capitalisme ; ils se contentent de montrer que le communisme découlera infailliblement du régime, et si cette vue d'ensepible est optimiste encore, en ce qu'elle tient le triomphe de la propriété sociale comme fatal et inéluctable, elle se dégage au moins de toute sentimentalité.

Les penseurs et les écrivains du socialisme sont

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désormais, au premier chef, des économistes, qui s'adonnent aux recherches exactes, et suivent de très près les phénomènes de production et d'échange, de concentration ou de dispersion, de distribution des industries et des hommes. Des statistiques détaillées et contrôlées sont à la base de leurs déductions. Mais la mentalité des masses évolue lentement. L'humanité éprouve une singulière difficulté à raisonner ses concepts, et à maîtriser les passions, qui l'entraînèrent aux âges d'îgnoranc^ et de foi. Comme on l'a dit justement, rirréligion prend souvent les formes de la religion. Le prolétariat n'a pu se soustraire absolument aux hérédités qui pesaient sur lui, aux 'Survivances de l'histoire, à la fausse éducation qui subsiste dans toutes les écoles du monde. Lors même qu'il s'était libéré des croyances su- -praterrestres et qu'il n'entendait plus la chanson rajeunie de la fraternité, il éprouvait le besoin de se donner à autrui, d'écouter certaines voix éloquentes ou dominatrices^ et d'aliéner son indépendance. En pleine période de rationalisme et de positivisme social, le triomphe de la rude doctrine de la lutte des classes n'a pas réussi à éliminer les influences personnelles et l'esprit de faction. La féodalité socialiste a surgi. Toutes les tares n'avaient pu être expulsées d'un seul couxj.

Les prolétaires de la fin du xix® siècle et du début du XX® ne connaissent pas encore la toutepuissance de la foule anonyme, maîtresse d'ellemême, délibérant dans ses assises, soucieuse d'égalité et de nivellement. Les partis socialistes se sont organisés, partout, ou à peu près, comme les autres partis, avec des chefs de guerre, dont l'autorité, une fois assise, subsiste indéfiniment, — avec des états-majors qui tendent à exclure les innovations, parce que le moindre choc pourrait briser leur prestige, — avec des cadres d'officiers et de sous-olficiers, dont l'activité s'amortit nécessairement d'année en année. Certes, les comités directeurs, quelques titres qu'ils prennent, contiennent des hommes remarquables par leur élévation intellectuelle et par leur probité morale. Les Congrès de l'Internationale renouvelée défient la critique et les sarcasmes des pires conservateurs, par la grandeur des débats ou la richesse des argumentations. Mais le phénomène certain et grave, c'est que des dictatures permanentes ont pu s'édifier et que des oligarchies, en se combattant les unes les autres, ont créé ou entretenu des divisions dans la classe ouvrière. Le mal n'a pas laissé complètement indemne le milieu syndical ; il s'affirme autrement vivace dans les fractions politiques, dont il a compliqué l'histoire, et souvent

paralysé les progrès, durant les vingt dernières années.

Quelque pays qu'on envisage, l'effort prolétarien se concentre autour de deux, de cinq» de dix personnalités émergeant de la masse, et dotées d'une plénitude d'attributions que certains monarques leur envieraient. Partout où les luttes politiques et sociales ont atteint au paroxysme dans le passé lointain ou proche, cette exagération de l'action Individuelle, cette glorification des tribuns, se constatent et dominent les moindres épisodes. Il suffirait d'évoquer les GracquesetRîenzi, Robespierre et Kossuth, Parnell et Ledru-Rollin, qui représentent à des degrés différents, le type du dirigeant. C'est le vice de l'humanité d'asservir ses élans les plus fougueux à la stratégie de tel ou tel homme supérieur, dont la défaillance, la trahison, la maladie ou la mort, rompra pour des années, l'attaque concertée de centaines de milliers ou de millions de déshérités. Les aristocraties, par leur nature même, se gardent de ces abandons qui sont le propre des foules populaires. 11 semble que les misérables ne puissent s'affranchir de certaines sujétions, que pour en élaborer d'autres, eX sacrifier librement la liberté conquise, — ou les premiers rudiments d'autonomie.

" Les religions anciennes extirpées ou ébranlées,

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la métaphysique de la fraternité submergée dans la sauvage répression des guerres civiles, le prolétariat a versé dans le culte des grands chefs, qui n^est ni moins dangereux, ni moins stérilisant que d'autres. Parmi tant de multiples causes qui ont favorisé Fémieltement de la classe ouvrière, cette mentalité mérite une mention spéciale. Si elle n'est nouvelle, ni dans l'histoire du socialisme français, ni dans l'histoire du socialisme mondial, elle a marqué cependant une tendance à s'afErmer davantage au fur et à mesure que s'effaçait l'influence des précurseurs, ou le prestige de la génération spiritualiste de 1840. De même que la division des barons féodaux a singulièrement facilité l'entreprise d'unification et de centralisation monarchique de Louis XI chez nous, de même les rivalités des directeurs de conscience, dans le socialisme contemporain, donne des armes à la résistance capitaliste. H y a une contradiction flagrante entre le réalisme brutal et nécessaire, que la victoire des idées marxistes a implanté dans le prolétariat, et l'élan qui, entraînant les salariés vers de nouvelles subordinations, s*inspiré a coup sûr d'un idéalisme d'une espèce particulière.

IV. — Le nivellement apparaît donc comme une nécessité pressante pour le socialisme international, pour la classe ouvrière envisagée dans son ensemble*

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A cet ëgard les groupements syndicaux ont donné, de longue date, des exemples qui valent d'être médités. Même dans les contrées de tradition latine, où les influences de la parole et de la culture supérieure s'exercent plus largement qu'ailleurs, les associations professionnelles ont montré une réelle et louable résistance à l'abdication. Il serait très malaisé de mettre un nom déterminé sur une foale de corporations, dont l'activité et la gestion sont tenues à dessein anonymes. Mais cet efiacement des secrétaires et des trésoriers des unions on des fédérations de métiers, dont les qualités personnelles sont très appréciables et très utiles pourtant^ s'explique fort simplement par le caractère de mouvement corporatif. Nul ne peut y conquérir une fonction telle, qu'il aboutisse à se rendre indispensable. Comme l'effort collectif ici seul est en question^ comme lui seul produit les résultats les plus im.médiats, en préparant les résultats plus amples de l'avenir, les mérites des hommes pris isolément ne sauraient attacher les regards. Loin de nous pourtant la pensée de contester la pénétration du mal que nous étudions dans les trade-unions ou groupes professionnels, il n'y est pas non plus totalement inconnu, mais il est conteniL et réprimé par la structure même du milieu où il évolue.

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A rînverse, quand il s'est infiltré dans les organismes politiques de la classe ouvrière, (et l'hypothèse est maintenant devenue universelle, réalité), il est stimulé, alimenté à l'infini par les conditions ambiantes. Si l'assimilation de la masse, la transformation de son intellectualité, l'élabora* tion d'une attaque collective et engagée partout simultanément, sont à la base même de la révolution de la propriété, l'éclat de l'action individuelle est colossal. Dans les pays où le régime parlementaire fonctionne, et où l'aménagement du suQrage permet aux prolétaires d'envoyer des délégués particuliers aux Chambres, ces délégués qui restent d'ordinaire en petit nombre, saisissent surle-champ un relief sans égal. L'ouvrier qui paie sa cotisation à son syndicat, et qui exécute les décisions arrêtées en commun, a rempli presque tout son devoir vis-à-vis de la corporation à laquelle il s'est agrégé ; il demeure ignoré. Le secrétaire du syndicat, qui convoque les adhérents aux réunions, qui administre la société, en cas de grève, qui échange des notes comminatoires ou autres avec les patrons, n'a qu'une notoriété intermittente. Il ne traite pas des intérêts généraux d'une région ou d'une nation ; il peut rester aussi obscur que le moins remuant des syndiqués. Le député socialiste et, avec moins d'élan, les autres mandataires

élus du socialisme, — se dressent sur un piédestal improvidé. Ils peuvent être supérieurs ou inférieurs à la moyenne intellectuelle de leurs concitoyens, peu importe. Ils participent, dans une certaine mesure, à l'illustration que la presse officielle et officieuse confèrent à tous ceux qui gèrent les affaires publiques. Comment, dans les contrées où la mentalité séculaire est entretenue par le système scolaire, par les écrits de toute espèce, — oii les individualités représentatives, dans tous les sens du terme, ont été élevées sur le pavois, depuis les époques les plus reculées, — ces délégués du prolétariat n'exerceraient-ils pas une suprématie, une façon de royauté ? Les discours, prononcés du haut de la tribune parlementaire, revêtent le caractère grandiose qui les impose à l'attention générale ; le député, tribun du peuple^ expression patentée de ses revendications et de ses souffrances, champion par lui désigné de la transformation sociale, devient forcément le chef du peuple. Un fétichisme aveugle s'attache à sa personne ; la seule qualité, dont il est investi, entraine les foules sur ses pas. Il se crée peu à peu une dictature, dont nul ne sent d'abord le joug, mais qui ne tarde pas à peser sur la marche même de la classe ouvrière. L'égalité est rompue entre l'homme obscur qui combat en bas et Télu qui foudroie le capitalisme^

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dans le sanctuaire même de la loi eapîtaliste. Une hîérarchîe se forme et le directoire européen ou international se constitue par la juxtaposition de toutes les primautés nationales.^ Il n'était point superflu de souligner le contraste qui éclate ici entre le mouvement syndical et le mouvement politique.

Remarquez bien que les directeurs de conscience du socialisme contemporain ne sont pas tons responsables de la situation qui leur est faite^ et dont ils bénéficient. S'il en est qui semblent avides de popularité et de pouvoir, d'autres furent dans leur jeunesse, des héros anonymes. Ils revendiquaient le droit de combattre dans la foule. La foule leur donna l'hégémonie ; pouvaient-ils se récuser et repousser la mission brillante, mais dangereuse^ voire mortelle, qu'on leur confiait?

Remarquez aussi que parmi ces députés qui émergent au second rang, beaucoup n'étaient point des ambitieux. Ils se signalèrent par leur ardeur militante, par leur connaissance des choses, par leur mépris de la répression policière ou de la coercition armée. On leur offrit un mandat, en ajoutant qu'il y aurait lâcheté à refuser. Et malgré eux, tandis qu'ils réprouvent l'organisation d'une oligarchie dans la plèbe ouvrière, ils sont investis d'une influence démesurée.

Remarquez enfin que parmi ces officiers et ces

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sous-officiers, dont il était plus haut parlé, le plus grand nombre peut-être ne recherchaient, dans la lutte, aucune satisfaction personnelle. Ils étaient prêts à sacrifier position, relations, salaire, sécurité, pour servir leurs frères de souffrance. Ils furent emportés, par une volonté collective, à un office qu'ils ne postulaient point«

Le mal qui ronge l'action communiste n'est pas imputable au désir de paraître et de commander, qui agite les hommes, ou du moins à ce seul désir ; il remonte à la mentalité fâcheuse qui s'est perpétuée dans une fraction du prolétariat, pliée à l'obéissance et rebelle à l'initiative. Lorsqu'on dénonce le culte des grands hommes, ce n'est pas à l'idole qu'il faut s'attaquer, mais aux fidèles.

Or il est à peine besoin de signaler les périls de toute nature qu'engendre cette constitution présente des groupements socialistes. De partis de classe, ils tendent à se convertir en partis polititiques, et la vision nette du but est immédiatement perdue... Les conflits de personnes, se superposant .aux conflits d'idées et de tactiques, enveniment les moindres débats, et les f3nt quasi-insolubles. Comme les chefs se recrutent dans la catégorie intellectuelle, parmi les professions libérales, ils ne sont pas toujours dégagés des préjugés de leur milieu^ et c'est par eux que se perpétuent le.%

survivances, que se relèvent les traditions dépassées, et que rhumanitarismc, avec son cortège de sentimentalités troubles et d'hésitations incessantes, reparait dans le prolétariat. De plus, les autorités durables inclinent infailliblement à devenir conservatrices ; en l'espèce, elles s'attachent à un état de choses, qu'elles ont trouvé à l'origine, et dont elles supportent avec peine le changement ; les mutations des titulaires d'emplois ne leur apparaissent pas moins désagréables. Et de la sorte se forgent et subsistent des instruments de lutte, qui purent être excellents à un moment de l'histoire, mais qui, une fois évanouies les situations pour lesquelles ils étaient façonnés, ne tardent pas a être autant d'armes ébréchées.

L'appareil d'attaque du socialisme doit se transformer incessamment, au fur et a mesure qu'évolue le milieu capitaliste. Cette transformation est incompatible avec le maintien des prépondérances individuelles. Il faut que le personnel actif du prolétariat « politique » se renouvelle sans relâche, si l'on veut réellement instituer une organisation originale, différente de celle des vieux partis. Mais c'est à la foule que l'appel s'adresse, et non aux conseillers qu'elle élève bénévolement. Le communisme ne peut triompher que par le rationalisme critique et par le pur réalisme, exclusifs

du fétichisme des a leaders ». Ici encore, Talliancc étroite avec les unions de métier arrachera le socialisme « politique » à une mentalité surannée, qui paralyse et compromet son expansion.

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