CHAPITRE II
LES NATIONALITÉS ET l'iNTERNATIONALE
I. — Certains écrivains conservateurs se soDt efforcés de montrer que le socialisme, favorisé en certains pays par les tendances ethniques, trouverait ailleurs, en elles, un grave obstacle. Notre intention n'est pas, ici, de discuter le problème complexe de la race ; mais l'argumentation de ces publicistes, hostiles à la libération communiste, vaut d'être examinée succinctement; elle aboutirait, en effet, à enfermer le mouvement prolétarien de notre âge dans des cadres strictement nationaux, et par suite à lui dénier le plus essentiel de ses caractères.
Les contrées de souche latine seraient très aptes à accepter un régime qui conférerait à la puissance publique, au lieu de l'administration des hommes, la gestion des choses. On remarque que les Fiançais et les Italiens, pour ne prendre qu*eux, n'as-
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sîgnent aucune limite à rintervention de l'Etat, et qu'au lieu de stimuler les initiatives privées, ils recourent au Parlement, qui devient un régulateur suprême. Le concept de l'association libre et féconde leur est à peu près étranger. Impuissants à trouver en eux-mêmes une solution aux crises de toute nature, qui se présentent successivement, ils remettent des attributions toujours renouvelées au gouvernement, qu'ils critiquent, chansonnent et criblent d'épigrammes, mais qu'ils entourent pourtant d'un culte idolâtre. La France, depuis 1789, n'est plus qu'une collection, qu'une poussière d'individus, qui s'ignorent presque les uns les autres, — unis seulement dans la servitude qu'ils revendiquent, et inclinés d'avance devant les pires despotismes, pourvu que demeure sauve la chimère Egalité. Et la thèse se justifierait tout aussi bien pour la Péninsule ibérique ou pour la Péninsuie italique, où le pouvoir central n'est pas seulem^ent omnipotent, mais où il est salué et adulé h chaque instant, comme l'unique force de rénovation.
Mais les peuples d'origine germanique n'ont rien à envier, à cet égard, aux Latins. Pour nous attacher exclusivement au domaine du travail, mesurez l'énorme extension que les lois industrielles ont pri^e dans l'Empire allemand et dans l'Empir^ d'Autriche. Là, tout est réglementé : à côté de§
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textes qui fixent la journée et qui statuent sur riiygiène, d'autres ont surgi, qui organisent les assurances ou qui restaurent la corporation. Le prolétariat berlinois , hambourgeois , viennois n'estime jamais excessive l'ingérence de la loi : au contraire, il la voudrait multiplier à Tinfini, tandis que les classes dirigeantes, entraînées par une instinctive admiration du système bureaucratique, ne songeraient pas un seul instant a la contester. L'Etat, de quelque façade qu'il se décore, en quelque régime qu'il apparaisse, peut écraser à sa guise des dizaines de millions d'hommes : jamais il ne les écrasera assez. Les foules se précipitent, sous ses appareils innombrables, comme les fanati(iues de l'Inde sous le char de Djagernaut. Comment, avec de pareilles tendances de la race, ne s'oxpliquerail-on point la rapide et énorme croîssauoo do la Social Démocratie d'Allemagne, produit spontané de la nienlalité nationale?
Mais, à l'inverse, la faiblesse du recrutement oollooliviste, dans les contrées anglo-saxonnes, fait honneur au vivaoe individualisme, qui est sauvegardé jalousement par les Unionistes, comme par les philosophes de la Grande-Bretagne, des c.ïKmuos britanniques et de la République américaine, loi, un mi^me sentiment régnerait dans les misses protoudes, et dans l'aristocratie des possé-
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dants. La zone d'action de la loi a été ramenée aux plus étroites limites; la liberté s'élargît au détriment de la puissance gouvernementale. Le contraste est donc saisissant entre les grandes catégories ethniques qui se partagent le monde civilisé. Conclusion ou moralité : le socialisme rencontrera, dans certains milieux, d'invincibles obstacles. On ne parle, il est vrai, ni des Slaves, ni des Scandinaves, ni d'une foule de nations qui tiennent ou tiendront leur place dans le monde.
Ainsi restreinte en son champ d'application, la thèse apparaît erronée à première vue. Ce qui la caractérise, c'est la confusion stupéfiante qu'elle établit entre l'Etatisme et le Socialisme. Les écrivains conservateurs, — et ils sont nombreux, — dont nous avons résumé très brièvement l'argumentation, n'ont pas discerné l'opposition, qui existe entre le développement de la libre activité prolétarienne, — principe nécessaire du communisme, — et le grossissement indéfini du rôle de l'Etat, organe et symbole de la domination capitaliste. Mais il y a plus encore : on a systématiquement oublié, en envisageant l'Angleterre et l'Amérique, que lé mouvement ouvrier, pour n'y avoir pas pris le même aspect que sur le continent européen, y était cependant en pleine vitalité, et qu'il suffirait du moindre ébranlement pour le
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détourner à Tassaut des rouages politiques. On a attribué à la race ce qui était imputable à certaines particularités historiques, et on a été, de la sorte, surpris par le puissant revirement, qui vient de s'affirmer dans la mentalité de l'Unionisme. Enfin la doctrine soutenue trahissait une étrange ignorance de la législation sociale britannique la plus récente^ qui, au regard de la réglementation et du contrôle des ateliers, Temporte à coup sûr, en minutieuse rigueur, sur toutes celles d'Allemagne, de France ou d^Italie.
Il est donc puéril de faire intervenir, pour justifier l'état présent, ou pour présumer l'état futur du socialisme, en telle ou telle contrée, — l'influence de la race. La poussée prolétarienne n'est pas spéciale à deux ou plusieurs pays pris séparément. La mentalité prolétarienne, qui peut, sans doute, offrir des diversités accessoires, est une et homogène, à travers le monde capitaliste, devant le grand problème de la propriété. Les conservateurs du régime commettraient une singulière erreur, s'ils comptaient sur on ne sait quelle suggestion intérieure, résidu des âges lointains, appel de l'obscur passé, pour refréner l'élan d'affranchissement qui emporte les foules.
II. — On peut dire que trois facteurs essentiels expliquent, soit en règle générale, ^oit à un moment
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déterminé^ les tendances des travailleurs dans une jnème nationalité : rhistoire de rorganisme-Etat, la condition des libertés publiques, et les conjonctures économique S|.
De toute évidencie» la classe ouvrière a dû adapter son action aux milieux divers, où elle évoluait. Lorsqu'elle a eu à subir de terribles répressions, cbmme il est arrivé en France, en Italie, en Espagne, lorsqu'elle a pu mesurer toute la sauvagerie dés haines sociales dans les couches supérieures, et que des insurrections réitérées Tont mise face à face avec les énergies de coercition, elle garde naturellement d'indélébiles souvenirs, qui animent tontes ses attitudes. Les faubourgs parisiens, malgré l'éloignement des temps, ont conservé vivace la inémoire des journées de Juin et de la Semaine sanglante. Les socialistes de Barcelone, qui ont, à maintes reprises, connu toutes les rigueurs de la l(H martiale, apportent en leurs revendications une note farouche, et toutes les grèves, dans la grande cité catalane, apparaissent comme autant d'ébauches de la guerre civile. A l'inverse, les mouvements du prolétariat éveillent rarement les passions violentes outre-Manche, parce que, sauf d'exceptionnels épisodes^ la lutte des classes s'.est déroulée ici sous ses formes pacifiques. Les éventualités historiques ont donc une part fort large dans la
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constitution des mentalités prolétariennes nationa«les, et certaines Impressions tragiqueSi perpé* tuées d'âge en âge^ dominent toute une longue orientation.
Mais la classe ouvrière subit aussi l'empreinte de TEtat, contre lequel elle lutte^ et à l'influence duquel elle ne saurait se soustraire. Dans une con* trée centralisée^ telle que la France, ou hiérarchisée et asservie à la bureaucratie, comme l'Allemagne^ la masse reçoit du dehors des habitudes de pensée, des méthodes d'sLCtlon, qu'on ne retrouverait point dans les pays de décentralisation, de seir-government local^ de fédéralisme, comme rAnfjleterre ou la Suisse. Là où la tradition communale s'est conservée, et où la tutelle administrative s'est faite moins lourde et moins obsédante, de puissantes expansions de la vie socialiste locale ont surgi, dès les premiers temps de la poussée communiste. Le caractère spécial du parti ouvrier belge, qui tire de ses énormes coopératives le meilleur de ses énergies matérielles et morales, s'explique par la survivance d'une certaine autonomie municipale, par les initiatives qu'elle a suscitées, par la confiance en l'association qu'elle a entretenue. Wallons et Flamands ont discerné admirablement que le terrain du combat social était pour eux la cité, et que l'esprit public
différant de Liège à Gand et de Bruxelles à Anvers^ il fallait en chaque ville s'assouplir à des exigences originales. Le prolétariat suisse, de même, peut concentrer son effort dans chaque canton, tandis que le prolétariat français est obligé de réserver ses attaques pour le pouvoir central| qui de génération en génération a accru ses prérogatives, réduisant à la portion congrue les organismes intermédiaires, ou ceux qu'on qualifierait légitimement de cellulaires. Comment les nécessités stratégiques mêmes ne pèseraient-elles point sur rintellectualité des fractions nationales du prolétariat, et comment Thistoire, la structure externe de l'Etat, qui enveloppe Tunité de son principe dans les apparences les plus diverses, ne détermineraient-elles point des modes de réHéchir, des tendances, des aspirations par certains côtés indéfiniment variées.
Mais il y a plus encore : dans cette rapide analyse, il faut faire entrer en ligne le développement des libertés publiques. Quand ces libertés sont anciennes et suffisamment respectées, que les associations ont acquis le droit de vivre et que l'expression de la pensée n'est pas frappée comme un délit, les masses sont moins portées à obéir aux courants instinctifs, qui peuvent se déchaîner dans leurs rangs ; elles apprécient les avantages de la.
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lutte méthodique, quotidienue^ incessante. À Tinverse, quand l'Etat se réserve romnîpotence de l'arbitraire, que le souverain et ses supports so^ ciaux tiennent le peuple dans le servage politique, interdisent aux oppositions de parler, d'écrire, de se réunir, et arment la police d'attributions extra* i>rdinaires, c'est la mentalité terroriste qui doit jpré valoir. Toute propagande verbale ou littéraire étant prohibée,^ le coup de main, l'émeute^ demeurentles seuls moyens, dont les adversaires du régime moderne puissent user. Le système d'action qu'on a appelé le blanquisme, mérite d'être replacé dans son milieu typique, qui était la monarchie de Juillet, Les organisations de combac de la Russie contemporaine sont le produit naturel et nécessaire du tsarisme. Le blanquîsme et le terrorisme prendraient malaisément racine en Angleterre, où la diffusion des idées subversives n'est guère entravée par les lois en vigueur. Mais, l'état des Jibertés publiques, leur extension, leur limitation ou leur suppression totale, ne dominent pas seulement dans le présent, la mentalité de la classe ouvrière, en chaque contrée; une longue répercussion s'exercera dans l'avenir, car les formations lentement acquises ne s'efïacent pas en un jour. Le socialisme français n'a pu s'arracher complètement aux coutumes qui remontent à la
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période intermédiaire du xix® siècle ; et sa phraséologie elle-mèipe décèle des résidus qui, à Toccasion, s'arBrmeraient de tout autre façon. Si la Russie desserrait demain le régime qui FétoufiTe, le prolétariat de Pologne et du Donetz ne se soustrairait pas d*un seul coup à la près* sion du passé : ses allures se ressentiraient, des années et des années, de l'effroyable coercition qui pèse sur l'Empire. Il en est des peuples et des classes comme des enfants, qui ne s'affranchissent qu'avec peine des premiers souvenirs, les plus profonds et les plus vivaces de tous. On a remarqué dans toutes les révolutions, dans toutes les crises intérieures de la France, la réapparition de certains traits invariables, 1830 et 1848 ont copié 1789 et 1793. La Commune n'a pas été exempte de jacobinisme. Les mêmes mots expriment les mêmes pensées, malgré la différence des temps et des situations. Le prolétariat qui a subi certaines conditions, qui s'est armé pour tourner ou pour briser certains obstacles légaux, contracte des habitudes, dont il ne se défera que peu à peu, qui survivront aux entraves primitives, et qui le différencieront d'un pays à Tauti^e. On a seulement le tort d'imputer à la race les traits multiples, que des faits précis, et d'une facile évocation, ont engendrés.
Les conditions économiques, temporaires ou spéciales, doivent encore être envisagées. Si la masse est universellement subordonnée à une oligarchie, qui absorbe la majeure part du rendement du travail, la misère varie avec les époques. Les alternatives de chômage et de hâtive production déterminent des états d'esprit, sinon opposés, du moins infiniment divers. Nous avons déjà montré plus haut^ que la foi dans leréformisme l'avait emporté durant une phase de. prospérité industrielle, et qu'elle avait croulé brusquement, avec le retour des mauvaises années. Mais il est certains peuples, dont l'outillage mécanique reste défectueux, et qui conservent des salaires toujours inférieurs à la normale : tels ceux des Péninsules de l'Europe méridionale. Même lorsque les usines travaillent avec une activité renouvelée, que les échanges intérieurs et extérieurs augmentent rapidement, les prolétaires espagnols et italiens sont voués à la famine. Ils n'ont pas réussi, comme ceux d'Angleterre et de Suisse ou d'ailleurs, à relever leur niveau d'existence. L'expansion manufacturière est encore trop restreinte dans les pays du Midi, pour que tous les hommes exclus des champs, par le krach agricole international, puissent s'employer dans les centres urbains. En d'autres contrées, les transformations du machinisme s'ajoutent aux causes, écono-
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miques d'ordre général, pour engendrer des chômages successifs et croissants. Ici, une formidable armée de sans-travail subsiste en permanence, parce que la production de l'usine n'exige qu'une faible quantité de bras ; et en réalité le grossissement de ses effectifs est surtout imputable à la dépression chronique, qui frappe le labeur rural. Des milliers et des milliers d'hommes n'ont point la triste fortune de s'engager quelques semaines ou quelques jours par an au service d'un patron. Leur vie est une énigme. Ils ne peuvent compter qu'à un moment quelconque, l'industrie appellera à elle tous les bras disponibles, et^ par suite, ils nourrissent, contre la société, une haine, qui s'exaspère sans relâche, et qui les incline peu à peu aux solutions violentes. L'action méthodique et concertée est le propre des prolétariats puissants, pourvus d'un minimum de subsistances, évoluantdans un milieu économique progressif, déjà abrités contre l'extrèiiie misère ou contre la détresse continue. On conçoit que là où les foules ouvrières sont en proie au dénûment le plus atroce, et où elles subissent une privation de salaire dont elles ne voient point la fin, d'autres tendances s'affirment et l'emportent. On conçoit de même que les travailleurs des pays de production intense, envisagent le statut social avec moins de sérénité^ et
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^soient tentés de brusquer les étapes, lorsque soudain la crise du chômage s'abat sur des millions dUndîvîdus. Comme certains publîcîstes Tont dit et répété, il est très possible que la première révolution sociale de TOccident éclate en un pays de souffrances ininterrompues, tel que l'Italie, et de fait, 'depuis dix ans, les émeutes et les insurrections locales ont attesté Tirritation suprême qui fermente dans les cités comme dans les campagnes de la Péninsule. Mais la première poussée décisive contre le capitalisme peut tout aussi bien se déchaîner dans une contrée de forts salaires et de splendîde outillage, au lendemain d'une catastrophe qui viderait les usines. Ainsi de multiples éléments concourent à façonner la mentalité des prolétariats nationaux.
ni. — Mais en sens inverse, un autre facteur, fondamental, lui aussi, intervient pour restaurer Vunitê dans la conscience ouvrière. L'Internationale est k coup sûr un produit de l'évolution économique universelle, qui nivelle les conditions de fabrication, et qui fait prévaloir, dans les deux mondes, le système capitaliste. L'idée d'une entente des travailleurs de toute origine et de toute langue n'a pu prendre corps, qu'au fur et à mesure que l'appareil mécanique moderne conquérait des espaces nouveaux : elle a gagné le Japon, l'Argentine etTInde.
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mais n'a poussé encore aucune racine dans les con U*ées d'industrie familiale ou artisane. C'est parce qu'elle est issue du développement matériel même de rhumanité, et qu'elle exclut par suite toute apparence utopique, qu'elle exerce en retour une action puissante sur la mentalité prolétarienne.
Tandis que les souvenirs historiques, la structure particulière des Etats, les phénomènes transitoires de réconomie nationale, apparaissent comme autant de raisons, sinon de désagrégation, du moins de différenciation, Tlnternationale tend à donner à toutes les organisations ouvrières du monde une impulsion uniforme. Par le contact fréquent, par la notion toujours précisée des intérêts et des devoirs communs, les divers prolétariats sont entraînés à atténuer les nuances, qui pourraient subsister dans leur façon de penser et d'agir. Une moyenne de vues se crée peu à peu, La méthode patiente et tenace des gens du Nord se fond, en un tout harmonieux, avec la politique spasmodique, heurtée, féconde en sursauts et en fléchissements, des Méridionaux, Les uns et les autres perçoivent de mieux eh mieux le caractère de la lutte poursuivie à travers les continents : ils comprennent que les travailleurs d'un pays^ avant de céder à telle ou telle suggestion, doivent considérer, consulter, le degré de préparation et les ijré-
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férences des travailleurs de tous les pays. Certes, cette procédure ne saurait être obligatoire en tous les cas ; *car il est des situations spéciales qui écartent les réflexions prolongées, mais la tâche de nivellement mental accomplie par l'Internationale est déjà énorme. Si Ton compare la condition intellectuelle du prolétariat en 1875 et en 1905, les progrès vers l'homogénéité et l'unité de conscience éclatent de toute parts. L'abîme, qui séparait jadis l'ouvrier italien ou l'ouvrier espagnol de l'ouvrier anglais, a presque disparu. Les derniers congrès, celui d'Amsterdam entre autres, ont attesté que d'un' bout à l'autre du monde capitaliste, les mêmes conceptions des choses, les mêmes tactiques, les mêmes corps de doctrines prévalaient dans la portion éduquée des masses populaires. Mais on commettrait une grossière erreur en n'envisageant que les assises politiques ; les assemblées corporatives, que tiennent, depuis des années, les mineurs d'Europe et d'Amérique, et que d'autres fédérations de métier commencent à organiser, contribuent, avec une énergie au moins égale, à éliminer de l'action ouvrière les particularités nationales, qui, se heurtant entre elles, devenaient un élément d'affaiblissement. L'élaboration d'une mentalité prolétarienne générale, sous la pression de la transformation industrielle elle-même, est
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un phénomène, dont les publicîstes conservateurs ont méconnu la portée, mais dont les eScts ne sauraient tarder à s'aiBrmer.