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LE SOCIALISME ET LA RELIGION

I. — L'attitude du socialisme scientifique visà-vis de certains phénomènes, qui ne sont pas spéciaux à la société contemporaine, mais qui ont évolué avec les temps, est déterminée par une .critique positive des origines, des mutations et des effets. Peu importe au reste le domaine où ces phénomènes s'exercent ; ils demeurent toujours en relation profonde avec le milieu économique. Cette dernière considération prend une importance décisive, lorsqu'on examine le problème religieux, même très succinctement.

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Les diverses formations prolétariennes da monde n'ont pas adopté la même politique à Tendroitdes croyances supraterrestres, quoiqu'elles leur aient uniformément refusé le droit de dominer l'Etat. Cette dernière conception semblerait aboutir à proclamer la liberté du culte, l'abolition des budgets des cultes, et la neutralité de la classe ouvrière devant le dogme, et les hiérarchies qui le maintiennent. Mais, en fait, les tactiques les plus différentes se sont fait jour, et ont prévalu, à travers les deux hémisphères. Lorsqu'on a déclaré la religion « affaire privée », on n'a ni résolu la question de principe, ni précisé la méthode à suivre. — On a négligé la question de principe, parce qu'aussi longtemps que subsisteront les superstitions et l'appel k l'au-delà, l'Etat s'en armera contre les opprimés pour perpétuer leur oppression ; et, d'autre part, la puissance des révélations et des clergés se prolongera jusqu'à l'écroulement de l'Etat capitaliste* Il est donc loisible de séparer l'Etat et les Eglises en théorie : pratiquement les destinées de ces organismes, — et des fondements sur lesquels ils reposent, — sont trop bien liées, pour que l'association ne se reconstitue pas, à chaque instant, sous une forme nouvelle. — On n'a pas non plus indiqué la méthode à suivre, car de la déclaration formulée, se sont déduites d'innombrables règles d'action.

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A vrai dire, bien qu'elle paraisse vieillie, rebattue , fastidieuse, la controverse des religions sollicite encore une solution d'ensemble du prolétariat international, et cette solution ne peut être découverte que dans l'application de l'analyse scientifique, sous l'inspiration du strict réalisme.

Comment l'observateur ne serait-il point frappé des divergences des vues, qui apparaissent ici, parmi les groupements nationaux du prolétariat ? Taudis qu'en France ou en Belgique, et aussi en Espagne et en Italie, la lutte est engagée avec une extrême vivacité entre le socialisme et les défenseurs des dogmes, la Social Démocratie allemande hésite, se divise^ superpose des tendances disparates, et les partis d'Angleterre et d'Amérique observent vis-àvis des croyances, une attitude déférente et plutôt bienveillante. Mais il est à noter que ces dissidences s'atténuent de plus en plus, et que par suite, elles ne sauraient être imputées à des pressions de la race. Comme tant d'autres phénomènes du même ordre, elles procèdent de l'histoire qui n'a point partout uniformisé son cheminement. C'est un trait curieux que le protestantisme n'ait pas résisté k la révolution par les mêmes armes que le catholicisme, et qu'il ait essayé, au lieu delà condamner et de refouler systématiquement la liberté, de maîtriser la foiile par la liberté m.êcEL^*

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Rien n'est plus caractéristique, en ce sens, que révolution politique de l'Angleterre depuis le triomphe de la Réforme, La Grande-Bretagne d'une part, l'Espagne de l'autre, offrent deux types admirables de comparaison et^ dans une large mesure, les systèmes de protection des deux hiérarchies ont subsisté, lorsque le mouvement de subversion sociale s'est substitué à la poussée libérale ou démocratique pure. Si l'anglicanisme, le luthéranisme, le calvinisme, devaient être de prime abord hostiles à la prise de la puissance publique par le peuple et au renversement de l'ordre établi, ils n'ont formulé aucun Syllabus. Ils conservèrent une réserve calculée ; ils ne se posèrent pas en champions de la contre-révolution. Mais au fur et à mesure que les années s'écoulaient, que le communisme grossissait ses adhérents, que la confiscation en masse apparaissait plus menaçante, et que la fortune des clergés était plus directement compromise, les prêtres de la Réforme modifiaient leur politique. Autant ils s'étaient crus prudents, lorsqu'en présence du nouveau courant d'idées et d'appétits, ils s'étaient gardés de toute bravade et de toute condamnation, autant ils s'estimèrent prévoyants, lorsqu'ils dénoncèrent le matérialisme triomphant et soutinrent hautement les droits du capitalisme.

Les dogmes se rejoignirent ; les religions s^associèrent ; elles cessèrent de s'anathémati&er entre elles, pour faire front contre l'ennemi commun. Le pasteur allemand ou suédois fulmine contre les crimes du communisme avec la même ferveur et la même véhémence que Tévêque français, espagnol ou belge. Les serviteurs de Jéhovah et ceux du Christ, les tenants et les adversaires de la confession, les clergés qui relèvent du Saint-Siège et ceux qui dépendent étroitement et uniquement des Etats, se sont réconciliés pour arrêter les progrès des idées subversives. Et de la sorte, quelles que fussent leurs tendances et leurs tactiques d'origine, les prolétariats des diverses nationalités ont été ootrainés à mettre plus d'homogénéité dans leurs vues, plus d'unité dans leur action. Ils sont bien forcés de régler leur attitude sur celle des adversaires, parfois inattendus, qui se sont partout révélés.

IL — La religion est devenue l'un des instruments derésistance de TEtat moderne, et d'ailleurs son rôle est toujours demeuré essentiellement conservateur. En imposant la chimère d'un monde meilleur où régnera l'égalité, elle tend surtout à sauvegarder, à justifier, à rendre tolérables les iniquités de celui-ci. En menaçant, des pires sanctions extra-terrestres ceux qui se révolteront contre l'équilibre

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des forcer économiques^ elle prête au régime tout le concours qu'il peut attendre d'elle. Dans les deux mondes, elle se fait l'auxiliaire des gouvernements, des oppresseurs, des riches contre les hommes qui aspirent a la libération, et qui veulent secouer leur misère ; et lorsque par hasard, elle rompt avec des pouvoirs temporairement établis, comme il est arrivé en France sous la troisième République, en Italie, depuis la conquête de Rome, — en Espagne, dans les crises du carlismc, c'est que les dirigeants ne lui reservaient pas une place assez grande, ou qu'elle estimait l'autorité trop désarmée dans la défense sociale.

Les intérêts de la religion sont ceux de l'Etat. La vieille alliance du roi et de l'autel s'est perpétuée, là même où les trùnes ont croulé : seulement la dynastie souveraine a été remplacée par la bourgeoisie dominatrice.

D'autres essaient d'une distinction entre la religion et le cléricalisme. Celui-ci, qui serait une politique, une main-mise concertée des clergés sur la puissance publique, devrait être, attaqué, poursuivi, désagrégé avec la dernière vigueur. Celle-là, qui n'est qu'une adhésion intime à des croyances métaphysiques, n'offre aucun danger et doit être respectée, comme toute manifestation de la conscience. L'opposition est factice ; en tout cas, elle

n^a aacnne valeur, au regard de Torganisation sociale^ pour le prolétariat. Le cléricalisme n'est que la mise en œuvre de la religion, par une fraction de la bourgeoisie^ associée à une hiérarchie d'Eglise. Il constitue une tentative spéciale de subordination du temporel au spirituel, de la société aux évèques ou aux consistoires; mais en fait, il se borne à illustrer efficacement, à démontrer avec brutalité, le rôle que joue la religion, dans les conditions normales et moyennes. Les fractions de la bourgeoisie, menacées par le cléricalisme, se redressent violemment pour défendre leurs prérogatives. La religion paralyse la poussée prolétarienne, dans les pays où elle a conservé de puissantes racines. Associée à la loi capitaliste, honorée par TEtat, elle exerce sur le travailleur une pression incessante, le domine par la femme et l'enfant, le plie à la servitude et obscurcissant devant lui la vision des réalités, contre- balance les propagandes subversives. C'est en examinant la qualité de son action, partout identique, et partout rétrograde, et en envisageant l'attitude que prirent tous ses ministres dans toutes les crises révolutionnaires du xix^ siècle, que les prolétaires comprendront la nécessité de la lutte continue contre le mystère.

IIL — Mais quelle sera cette lutte? Pour en déter* miner les conditions, il importe d'analyser les causes

du maintien des religions. Celles-ci a coup sûr, tirent une part de leur prestige des survivances du passé, de rhérédité, de Tignorance humaine devant les phénomènes naturels, de l'explication simpliste et absurde qu'elles donnent du monde. Pour les esprits frustes, le dogme de la création apparaît infiniment plus séduisant que la doctrine du transformisme. Mais la vraie raison de l'autorité des cultes, c'est la solidité de l'organisation ecclésiastique, qu'ils ont dressée dans le cadre du régime capitaliste.

La puissance morale des religions dérive avant tout de leur puissance économique. Le premier soin d'une confession nouvelle a toujours été d'édifier un temporel respectable"*, d'accumuler les biens, d'étayer sa propagande sur un trésor largement doté. Pour s'en tenir à l'église catholi()ue, elle a amassé dans tous les pays de l'Europe méridionale jusqu'à nos jours, et dans les contrées de l'Europe centrale jusqu'à la Réforme, d'immenses ressources qui lui ont permis de défrayer ses missionnaires, d'attacher des miUiers et des milliers d'hommes à ses terres, de peser de toute l'influence que vaut la richesse, dans les événements politiques. Aussi longtemps que le système féodal a duré, elle a perçu, à son profit, avec une âpreté supérieure à celle des laïques, les taxes et redevan-

ces de toute nature, que comportait l'ancien régime. Depuis que les bourgeois ont accompli leur révolution, et que les relations sociales ont été bouleversées par l'expansion mondiale des idées de 89, elle s'est adaptée au milieu du capitalisme. Elle a reconquis sa propriété, atteint à un point de prospérité, qu'elle n'avait point connu dans le passé, pratiqué l'industrie, le commerce, l'agriculture, la banque, fait fructifier ses milliards dans les entreprises les plus variées, et exploité comme un simple particulier, la plus-value du travail. On la retrouve dans toutes les grandes spéculations de notre âge ; sous d'innombrables prête-noms, elle administre des forges et des compagnies de navigation, des chemins de fer et des hôtels, des magasins de nouveautés ou des tissages. Elle est dans chaque Etat, le plus grand capitaliste de cet Etat. Sa mainmorte, incessamment accrue, pèse sur la production des pays où elle s'est installée, avec presque autant de vigueur que les trusts sur l'activité américaine. Et si l'on admet la force de corruption de tel grand milliardaire" d'outre-Atlantique, pourquoi contesterait-on celle du catholicisme? Il ne serait rien sans ses dividendes retirés de toutes parts, et sans les énormes allocations qu'il prélève encore, par droit légal, sur la fortune publique. Avec quelques différences, la môme thèse

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^'appliquerait a toutes les religions t elles erouleraient sur-le-champ, si Ton sapait leur support économique.

On conçoit de la sorte^ pourquoi elles défendent systématiquement le régime social, pourquoi elles condamnent la révolution, et pourquoi TEtat les soutient ou les subventionne. Le sort des hiérarchies ecclésiastiques et des dogmes révélés est lié à celui de la propriété capitaliste. De là on peut déduire qiie les superstitions ne périront qu'avec l'oligarchle industrielle, que le prêtre ne disparaîtra qu'avec le rentier oisif; mais de là aussi. Ton doit conclure que les croyances métaphysiques ne sauraient survivre à la transformation communiste. L'étroite solidarité du problème religieux avec l'ensemble du problème social, niée jadis par les publicîstes libéraux, ressort de plus en plus incontestable des événements politiques de notre époque. Est-ce à dire que le socialisme doive renoncer à combattre les croyances en l'au-delà, et attendre qu'elles s'effondrent dans le bouleversement du mode d'appropriation? Il n'y a point contradiction certes à affirmer qu'il obéit au plus impérieux des devoirs, en opposant les thèses matérialistes aux cultes et aux rites, et en libérant le peuple, autant qu'il le peut, de la lourde domination que les clergés maintiennent sur les cerveaux. Cependant, il

comprendrait mal sa tâche, s'il se laissait détourner de son objectif suprême par le vieil anticléricalisme.

IV. — Seul le prolétariat, en entreprenant l'immense lutte qui est la sienne, et qui se déploie dans les profondeurs même de la société, est capable d'émanciper totalement les esprits. Les diverses fractions de la bourgeoisie ont tour à tour manifesté leur -impuissance à réduire l'influence des clergés, et révélé la caducité de leurs formules. Lorsque les industriels libéraux voulurent une première fois briser la suzeraineté ecclésiastique qui rivait TEtat aux cadres anciens, ils ne remportèrent qu'une victoire transitoire. La Révolution de 1789 disloqua la propriété féodale de l'Eglise chez nous, mais elle ne refoula le catholicisme que pour un temps. Et peu d'années après, il ressuscitait en toute sa force, appuyé sur la propriété capitaliste. Toutes les insurrections espagnoles qui se succédèrent au nom de la liberté de 1812 à 1868, n'ont pas réussi à diminuer le rôle des évêques ou à réduire la mainmorte, ou à restreindre le champ de la foi. La haute hiérarchie anglicane outre-Manche a eu beau succomber au xvn*^ siècle ; elle ne s'en est pas moins relevée, et n'en a pas moins ressaisi la nation, qui s'était un instant soustraite à son étreinte. Bien plus : partout la bourgeoisie Ubév^l^ ç»'^^\. \^^vs\èv-

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liée avec la religion ; elle a abdiqué devant son ad* versaire de la veille, et l'a appelée à la défense de Tordre économique. La loi Falloux de 1850 chez nous, de nombreuses législations de toute nature en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, en Hollande, attestent que la couche supérieure de la classe prépondérante a voulu proclamer le droit divin de la propriété.

L'assaut contre le dogme reprit avec le radicalisme^ qui ne se contentait pas de fonder un statut constitutionnel, mais qui entendait démocratiser l'Etat, et qui se heurta naturellement aux clergés et aux associations cléricales. La petite bourgeoisie senlit que l'ignorance et la crédulité opposeraient de formidables résistances à son œuvre. Elle s'imagina emporter les barrières, en développant l'enseignement, en multipliant les écoles; mais comme elle nourrissait, avec sa haine instinctive du prêtre, la crainte du communisme, elle hésita à totalement laïciser l'instruction. Elle inventa, façonna une sorte de Dieu sans culte, entité abstraite, source de toute morale et de toute création, et l'entoura d'autres entités abstraites, qu'elle imposait au respect des enfants. Condamnant le pur matérialisme, parce qu'il déchaîne comme conséquence directe la révolution, elle recommanda un spiritualisme confus, qui eml^runtait sa substance a la métaphysique des reli-

gions ; et comme il était logique, elle n'imprima au dogme qu'un insignifiant recul, et s'épuisa en vains et ridicules efforts. Les crises politiques restituaient à la hiérarchie ecclésiastique, et par suite à la foi, toute leur domination passée. On s'avisa que la mainmorte était redoutable, qu'elle s'accroissait sans relâche, que les unions de fidèles détenaient des richesses colossales. Alors, par intervalles, dans les pays catholiques, où cette opulence est surtout manifeste, les partis démocratiques essayèrent de dissoudre les congrégations et de liquider leurs biens ; mais toujours les législations restaient incomplètes, prenaient des ménagements, transigeaient avec le principe sacro-saint et inviolable de la propriété. Il était trop grave d'exproprier des citoyens, ces citoyens eussent-ils fait vœu de pauvreté. Depuis un quart de siècle, la France radicale et soidisant anticléricale et libre penseuse, se débat dans un formidable dédale de dispositifs Inutiles et de textes contradictoires. Elle n'ose séparer les églises de l'Etat, de peur de trop désarmer l'Etat devant la classe ouvrière; elle n'ose frapper du coup décisif, par la confiscation de la mainmorte, les confréries romaines, parce qu'elle serait entraînée en même temps à ébranler le vieux droit quîrltaire, — et l'histoire de la petite bourgeoisie française est celle de la petite bourgeoisie de TEuroç^ ^w\.\fe,\^^ o^v

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connaît rallmnee étroite des clergés et des grands bourgeois, pour qui la religion fut aussi un obstacle, mais cnr qui le respeet inné de la propriété paralyse l'actioft.

V. — 11 ne saurait s'agir pour les prolétaires, soucieux d'abolir le» dogmes révélés, de poursuivre l'exécution de violences contre les personn>e&. Ce n'est point en emprisonnant, ou en bannissant, ou en châtiant de quelque façon, les représentants prétendus de la divinité, qu'ils libérero&t les consciences et détruiront les chaînes miystiqoes de l'homme. •Dans la transformation intégrale que revendique le socialisme, les sanctions contre les individus apparaissent dénuées de toute valeur ; elles seraient non seulement stériles, mais dangereuses; elles seraient surtout néfastes, si elles, s'exerçaient contre les ministres du culte, parce qu'elles raviveraient leur prestige et dénatureraient le sens de l'acte. Le communisme doit procéder exclusivement contre les biens. Lorsque les Eglises seront dépourvues de fortune mobilière et immobilière, qu^elles ne soutiendront plus leur propagande par des gaspillages d'argent, qu'elles ne donneront plus un gagne-pain assuré à des milliers d'oisifs, qu'elles seront aussi frustrées de leurs exploitations économiques, la superstition s'évanouira.

La solution^ que la classe ouvrière consciente

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doit doiHï envisager îcî, est celle qu'elle appliquera acijourde la victoire, à rensemble du problème social. C'«st pourquoi 1<! s socialistes ne pourraient se laisser détoi?rner de cette entreprise générale par les expédients que les gouvernements libéraux ou radicaux s'efforcent de remettre en vigueur, dc-cî de-la, et qui aboutissent toujours à de nouvelles déceptions.

Mais ils ne pourraient non plus souscrire auxconsidérations, qu'émettent certains écrivains, soucieux pourtant d'élaborer le plan du régime futur. Dansson livre YEtat Socialiste^ Anton Menger précisait ainsi son point de vue (1): « l'Etat populaire du travail ne prendra certainement pas une position kosiile à l'égard des religions existantes, justement à cause des liens qu'elles ont avec la moralité; mais, d'autre^part, il ne pourra se dissimuler que les courants antireligieux de notre temps ne peuvent être refoulés par aucune mesure de répression, et qu'ils achèveront donc, au cours des siècles, d'affaiblir les ressorts religieux au point de les rendre entièrement Inelficaces. » En somme, le professeur viennois préconiserait une sorte de seutralité. Mais plus loin (2), il aj-oute : « Comme sous le nouveau régime, la propriété privée n'aura

(1) Paris, 1904. — Société nouvelle^ P. 81 et suiv.

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qu'une très faible étendue ; l'Etat pourrait, en leur refusant toutes ressources, empêcher les communautés religieuses d'avoir aucune action. Mais l'Etat socialiste ne doit pas employer^ dans les questions de conscience, de pareils moyens mécaniques de coercition; il doit au contraire considérer la satisfaction des besoins religieux, indispensable à qui croit aux religions révélées, comme une partie du droit à la vie. L'Etat populaire du travail doit donc fournir aux communautés religieuses les biens et services nécessaires pour leur culte ; mais en revanche, il aie droit de les organiser et d'exercer sur elles son action. » Ce serait alors le maintien du budget des cultes. Et en faisant, d'autre part, toutes réserves sur la conception de la société future qu'Anton Menger a développée dans son livre, — et sur son respect de l'Etat, transformé, rajeuni, mais perpétué, nous dirons que le socialisme ne peut pas plus s'accommoder de la neutralité vis-à-vis de la religion, que du maintien d'un crédit spécial affecté à son service.

En fait, la neutralité n'est qu'une formule vague, et l'auteur autrichien s'est chargé lui-même de montrer son insuffisance, en allouant aux clergés une part des ressources publiques. Dans le régime contemporain, le prolétariat ne saurait demeurer indifférent au rôle répressif que jouent les croyan-

ces : « On nous exhorte à ne pas attaquer la religion, disait Bebel au congrès de la Social Démocratie à Hanovre; je ne puis vous dire qu'une chose, c'est que nous faisons non pas trop, mais trop peu pour empêcher que la religion ne serve k des buts d'abêtissement. » Dans le régime communiste, la classe inférieure victorieuse ne saurait, un seul instant, envisager les droits des associations, ou communautés religieuses, sur le produit du travail collectif. D'abord les mystères des révélations s'évanouiront dans le grand cataclysme des institutions sociales ; leur autorité périra avec les domaines et les richesses mobilières des Eglises, et ensuite, si quelques hommes étaient tentés de prélever, au détriment de la masse, des dotations pour le service de la divinité, s'ils voulaient restaurer la foi en l'au-delà, ils deviendraient forcément des ennemis du peuple, parce que le communisme est incompatible avec le maintien des dogmes. II ne pourra être l'œuvre que de citoyens affranchis de tout mysticisme, émancipés de la crainte du vengeur céleste.

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