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LE SOCIALISME ET LE MILITARISME

I. — Le mîlîtarîsme, quoi qu*aîent dit certains socialistes, est en relation étroite avec le régime capitaliste. Au lieu de réduire son action au fur et à mesure que se développe le système industriel moderne, il tend à la déployer sans relâche. Il n'a cessé de peser toujours plus lourdement sur les peuples depuis trente années et, par suite, on ne saurait le tenir pour un phénomène transitoire, sans attaches profondes et sans racines économiques.

D'aucuns se sont imaginé qu'il restreindrait ses exigences, dans une humanité de plus en plus absorbée par la production et par ^échange, et qu'il reculerait devant l'énorme besoin de paix qu'expriment les nations et, en elles, toutes les couches sociales. Mais il y a là une illusion, une vision trop simpliste des choses et, dans la réalité, l'observateur se trouve en présence d'une de ces

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eentradicttaus ÎDDombrables qne Proudhon a déjà notées.

C'est le mécanîstne même de la production et de rechange, quelque pacifique qu'il semble au premier aspect, qui engendre les armements à jet eontifin et que, après le colonialisme, a suscité le « marimsni« ». La société capitaliste^ pour écouler ses produits, requiert des marchés grandissants ; elle se sent à l'étroit dans l'enceinte nationale ; elle étouffe dans le cadre des vieux Etats, et un irrésistible élan organique 1\ mporte vers la conquête des clientèles lointaines. Sous peine de mourir, il faut qu'elle vende, qu'elle expédie, (ju'elle vide ses magasins, qu'elle nourrisse l'activité de ses usines. Jadis, les ambitions des souverains ou des dynasties suspendaient, sur l'Europe, d'eiTroyables ^t d'éternels risques de conflagration ; puis vint la constitution des nationalités, qui brisèrent les résistances par le fer et par le feu, et aujourd'hui, après la transformation politique du vieux nHynde, le problème des débouchés domine les relatiofTs des puissances ; le régime économique et social, qui se caractérise par l'expansion de l'outillage mécanique, et par le grossissement ininterrompu du prolétariat, recèle de multiples chances de conflits violents. Empires et Républiques, ou: mieux bourgeoisies impériales et bourffeo\§»\ft.^\^-

publicaines peuvent être entraînées, à chaque instant, à tirer l'épée, soit pour saisir un marché nouveau, soit pour garder un marché ancien, soit encore pour vaincre les crises intérieures.

La France a dépensé des milliards et gaspillé des milliers de vies humaines, depuis un quart de siècle, pour fonder son domaine africain et asiatique. L'Angleterre a opéré dans l'Himalaya et au Thibet, en Birmanie et sur, le Haut-Nil, dans TAfriquc australe et centrale. Ses longues et coûteuses campagnes contre les Boers s'encadrent entre d'autres campagnes plus courtes, moins dii- (icites, mais toujours sanglantes. L'Allemagne vient de dépenser deux cents millions pour réduire la petite tribu des Ilerreros ; l'Italie a évacué l'AbyssInle, après les catastrophes du crispinlsme ; l'Espagne a dû abandonner Cuba, Puerto- RIco, les Philippines, que l'Union Américaine encourageait dans leurs révoltes, puis prenait de vive force. La Hollande expédie chaque année des hommes vers ce pays d'Atjeh qui ne vaut pas toutes les existences fauchées. La Russie et le Japon sont engagés dans Tune des plus foraiidables luttes que le monde ait vues. La Chine, après avoir attiré sur elle la vengeance des peuples civilisés, prépare on ne sait quelles atroces représailles, et puisque nous regardons comme tout naturelle*

ment vers l'avenir, le choc du Royaume-Uni et de rAllemagne, avides Tun et l'autre de développer leur commerce, apparaît comme une éventualité de demain.

La guerre reste donc une réalité de chaque jour, en dépit des affirmations des optimistes qui prophétisent la venue de la paix générale et perpétuelle. Au contraire, jamais plus de menaces ne se sont accumulées sur la vie des nations ; jamais plus d'expéditions grandes et petites n'ont été entreprises ; seulement c'est sur des terres nouvelles que se déploie l'effort militaire^ et que se heurtent les armées. Depuis que se sont constitués les empires coloniaux et que l'aire de la domination capitaliste s'est indéfiniment élargie, les gouvernements et les classes possédantes, dont ils sont les organes^ ne visent plus aux annexions européennes. Gelles-ci sont trop dangereuses, parce qu'elles aggravent la concurrence nationale, et l'industrie allemande déplore de plus en plus hautement l'incorporation à l'Empire de TAl- &ace-Lor raine, centre de tissages et de forges. La France n'aurait aucun intérêt à prendre la vallée de la Meuse belge, ni nos voisins d'oui re- Rhin à s'agrandir en Pologne. Autrement tentante est la possession des régions encore sauvages, vieifges, sans production, de l'Asie et de l'Afrique,

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parce qu'elles offrent des débouchés tout trouvés h la surproduction chronique; par là s'expliquent les armements renforcés de ce début du xx® siècle, cet essor ininterrompu du militarisme, contre 1e« quel le prolétariat ne pourra réagir utilement qu'en abolissant le régime même de la propriété, et qui se traduit, surtout à l'heure préscule, par l'établissement des marines colossales.

Il est superflu d'insister, après tant d'études spéciales et documentées, sur l'extension qu'ont prise les dépenses militaires un peu partout, au cours des trente-cinq dernières années. Si le traité de Francfort a marqué le point de départ d« cette ère désastreuse, ce n'est point seulement parœ qu*il créait dans le monde une prépondérance politique nouvelle, c'est aussi et surtout parce que, fortuitement, il coïncidait avec l'ouverture d'une phase économique. La victoire de l'Allemagne ne pouvait influer sur les transformations d'outillaîre de TAngleterre, de l'Amérique et de la Belgique, ni sur les découvertes scientifiques qui ont accru la puissance du rendement, ni sur les progrès de la circulation, qui ont avivé la concurrence internationale.

Au reste, les premières années du xx® siècle ont été particulièrement fécondes en élaborations guerrières. L'Allemagne qui, en 1899, dépensait 957 millions pour ses corps de troupes et pour ses

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flottes, inscrivait près de 1.200 millions en 1904; l'Angleterre passait de 1.100 après de 1800; siTAutriche, ritalie, la France se montraient plus prudentes (1), l'Amérique, qui se constitue des escadres avec une invraisemblable rapidité, accordait, pour Texerclce courant, 600 millions à ses milices et 533 à ses marins. Tandis que les sacrifices des six grands états européens et de l'Union croissaient de 768 millions, ou de 35®/q au chapitre de la guerre, entre ces deux dates, ils grandissaient de 760, ou 45 ^/o, au chapitre de la marine. Encore n'avonsnous pas tenu compte des frais spéciaux que le conflit extrême-oriental impose à la Russie. Les faits décisifs de notre époque sont : le développement du marinisme qui se lie lui-même au colonialisme ;. l'apparition d'une Amérique casquée, cuirassée, impérialiste, expansionniste; l'enlrce en Hce du Japon modernisé, Tévell du militarisme au Brésil et dans une portion de la Chine. Peut-être ces quelques considérations mettent-elles suffi sa mment en lumière la portée du phénomène que nous étudions, en lui assignant le caractère organique qu'on lui a parfois, à tort, refusé.

IL — La classe possédante, lorsqu'elle a porté ses forces au maximum, n'a pas songé uniquement aux

(1) Dans ces trois états, l'extrême limite est depuis longtemps at«-

guerres exotiques, ou aux guerres européennes, que des litiges extra-européens pourraient susciter. Les armées doivent lui servir, le cas échéant, de sauvegarde contre Tassant prolétarien. Enrôlées dans la plèbe ouvrière principalement, pour défendre l'Etat, ses organes, et les intérêts qu'il synthétise, elles ont l'obligation légale et officielle de réprimer toute révolution. Le travailleur qui endosse l'uniforme, fusillera le travailleur revêtu de la blouse, ou sera fusillé.

De tout temps, cette fonction fut dévolue aux troupes levées en principe pour la défense du pays. Sous l'ancien régime et sous le régime actuel, l'épée et le canon furent toujours les instruments suprêmes des pouvoirs constitués ; et Louis XVI comptait sur ses régiments, comme Charles X sur ses divisions, et Thiers sur ses corps d'armée. Mais il est arrivé que les séditieux de la veille sont devenus les gouvernants du lendemain, et alors, à leur tour, les nouveaux dirigeants recouraient aux généraux contre les classes ou les partis mécontents. Jadis le militarisme était exploité par la royauté contre les bourgeois ; depuis que ceux-ci ont conquis l'Etat et écrit la loi, ils ont usé du même appareil contre le prolétariat. C'est une ancienne tradition qui se perpétue, et les grévistes ou les insurgés de notre génération ne sont pas autrement

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traités que les ancêtres de leurs maîtres actuels, les grands capitalistes. Pendant des années et des années, Toligarchie possédante, abritée derrière son infanterie et sa cavalerie, confiante en la qualité de ses obus, s'est sentie à Tabride toute attaque, et c'est pourquoi, malgré les suspicions légitimes dont elle frappe les états-majors, elle a accepté sans récriminer, et même en Texaltant lyriquement, l'expansion du budget de la guerre.

Seulement les armées du xx® siècle ne ressemblent plus à celles d'avant 1870. Aussi longtemps que le service n'était ni obligatoire, ni personnel, et que les régiments se composaient en somme de protessionnels, le] rempart de fer dressé par la bourgeoisie parut inexpugnable. Mais l'incorporation de toute la partie valide de la nation, qu'organisent les systèmes les plus récents, et les réductions nécessaires du délai de présence, ont diminué les garanties de la classe qui commande. Pour réagir contre les tendances nouvelles, qui eussent pu se manifester dans des armées triplées ou quadruplées, et perdant de moins en moins le contact avec les populations civiles, les gouvernements ont conservé ou établi des codes barbares, surannés et monstrueux. Alors que la plupart des dérogations à la loi fiscale sont punies de simples amendes, plus ou moins élevées, les moindres infractions a

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la loi militaire sont passibles de mort. Le terrorisme d'Eltat a été institué dans les Républiques, comme dans les monarchies, à l'encontre de tous ceux qui pourraient être tentés de discuter Tobéissance, ou de se rappeler leur propre statut social. Une hiérarchie indéfiniment variée, avec des insignes et des pouvoirs minutieusement calculés et gradués ; une législation impérieuse, exclasive du pardon et de la clémence, fondée sur la stricte assimilation du devoir à Fintérieur et du devoir ù la frontière ; le maintien de juridictions exceptionnelles, dans leur composition comme dans leur procédure : tels sont les traits généraux du régime que les pouvoirs publics ont partout, ou à peu près, assigné aux armées. La multiplicité des grades assure l'écrasement de la masse prolétaiieniie,qui,d'aiIleurs,sera divisée contre ellemùiiie par la sélection opérée entre ses membres: ridentification du service de guerre extérieure et du service de guerre civile doit soustraire les recrues à toute velléité d'indépendance, en les domptant par la menace d'exécution ; Tinstitulion des tribunaux spéciaux concourra à faire de la troupe un corps fermé, en conjurant toute faiblesse éventuelle. Enmêmetemps, la féodalité financière, qui ne croit plus qu'en l'argent et qui a épuisé les derniers scrupules, s'efforce d'imposer au respect mystique

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des foules, runiforme, le drapeau, Thonneur militaire. Plus rarmée tendà se démocratiser par son recrutement même, et en ronséquenceà accepter avec réserve la fonction de dé(ense sociale qu'on lui confie, et plus le gouvernement s'attache a propager une métaphysique confuse, une phraséologie pompeuse et vide, une foi nouvelle qui, finalement, révolteront ceux-là mêmes qu'elles devaient aljuser. ■ III — C'est un fait indéniable que le militarisme, par le malaise et le mécontentement qu'il suscite dans l'Etat moderne, contribue a la ditTusion des idées subversives. Il accomplit d'autant mieux celte besogne dé dislocation morale, et cette propagande spontanée, qu'il élargît davantage sa base. Avec le système contemporain, la nation est doublement frappée, par l'impôt d'abord, par l'incorporation personnelle ensuite. Non seulement chaque homme, toute sa vie durant, devra verser pour l'entretien des forces de terre et de mer une somme croissante — près de vingt-sept francs a l'heure actuelle chez nous — mais encore, il passera à la caserne vingt-quatre ou trente-six mois de la période la plus active de son existence. Dans le régime ancien, rîmpôt était deux ou trois fois moindre, et, de plus, la majeure partie de la population pouvait rester dans ses foyers. Il est très vrai que, revêtant de Tuniforme 300.000 ou 500.000 jeunes gens^ ea

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permanence, dans les pays de premier ordre, la classe capitaliste réduit d'autant le nombre des sans-travail, qui pourraient venir troubler Téquilibre économique et politique, mais en mèmetemps, elle soulève des sentiments de profonde antipathie dans les familles prolétariennes, privées de salaires indispensables. Les excès du militarisme ont verse la sédition dans les milieux les plus paisibles ; rien n*iilustre mieux le statut capitaliste que le développement ininterrompu des charges qu^il comporte pour la masse du peuple, et c'est en essayant de sauvegarder son principe qu'il exaspère les assaillants, et grossit leurs contingents. Dans beaucoup de contrées, un antimilitarisme confus et instinctif fraie les voies au socialisme/

Marx et Engels, lorsqu'ils préconisaient le service obligatoire et personnel, prévoyaient à merveille les résultats de celte innovation. Le premier Empire, en France, avait tué son prestige, et déchaîné une formidable opposition morale, en multipliant les levées pour ses expéditions. L'extraordinaire aventure du général Mallet, pendant la retraite de Russie, attesta l'impopularité dont il s'était frappé. Mais les exigences militaires de TEtat moderne ou, si l'on veut, de la plupart des Etats de nos jours, sont presque aussi intolérables que celles de Napoléon P"^. Si la majeure partie

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des jeunes soldats ne courent point le risque de mort^ ils ne se révoltent pas moins contre les obligations qu*on leur impose, et l'ensemble des citoyens subit une série de vexations qui ne saur-aient plus grandir.

Ce n'est pas un fait indifférent que la poussée communiste soit demeurée particulièrement faible, dans le passé, en deux grandes contrées où le régime du recrutement n'a pas encore été modifié : l'Angleterre et l'Union Américaine. Mais la question se pose précisément de savoir si les immunités, conférées à cet égard aux nations anglosaxonnes, pourront subsister longtemps. On a dit que la position insulaire de la Grande-Bretagne expliquait le caractère original de beaucoup de ses institutions. La géographie, en tout cas, indique clairement pourquoi elle a pu jusqu'ici éviter le service obligatoire. Or, la constitution de nouvelles marines, en réduisant la supériorité du Royaume-Uni dans les mers, et par suite la somme de garanties qu'il tirait de la nature même, l'astreindra à développer ses armements terrestres ; il se pourrait qu'avapt une lointaine échéance — et des hommes politiques autorisés en ont déjà formé le projet — il fût forcé de renoncer au véritable privilège qu'il conservait. La même observation s'applique aux Etats-Unis qui, eux aussi, couvaient

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être tenus pour une grande île, mais qui ont déjà quadruplé leurs milices permanentes, et dont Timpéfialisme transformera de toute évidence les conditions de vie.

Le militarisme ne sert pas seulement le socialisme, en semant la haine de Tordre capitaliste, il contribue encore à façonner les forces de reno«vellement. En groupant les prolétaires dans les villes, en leur imposant une communauté d'exîs* tence et une solidarité de souffrances^ il crée entre eux des liens inattendus. En déracinant les ruraux et en les appelant dans un milieu nouveau, il secoue leur torpeur intellectuelle, il les heurte à des éléments plus éduqués. Sans la constitution des grandes armées permanentes, peut-être la dé* population des campagnes, que déplorent les écrivains conservateurs, et qui est en effet un phénomène capital pour la conquête communiste, fût demeurée infiniment moins rapide. La caserne a joué, par certains côtés, un rôle analogue a celui de Tusine, qui a bouleversé la mentalité humaine. Quelques vices que puisse engendrer la vie militaire, quelques tares malsaines qu'elle laisse dans les cerveaux, elle a pourtant l'avantage de rompre Tisolemcnt, de détruire l'individualisme forcené qui est le propre des paysans, de rapprocher les misérables de l'atelier et du champ, dans un. quoii-

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dten échange d*iD formations. Comme Ta dit avec raison Schœffle : ce La concentration des tra* ▼ailleurs par le mécanisme militaire du service obligatoire n'est sans doute pas approuvée par les socialistes, mais en définitive ils ne la ressentent pas non plus comme une entrave; cette concentration peut servir d*école. »

- On s'explique de la sorte que la caserne, offrant une matière première admirablement neuve et souple à l'élaboration communiste, les gouvernements s'efforcent de la tenir à l'abri de toutes les propagandes. Mais on sait qu'ils ont échoué dans cette tâche; que, malgré tout, le soldat contemporain n'est pas entièrement soustrait à l'agitation sociale, et pour se convaincre de la vérité de ces affirmations, il suffit de parcourir les instructions secrètes que les états-majors allemand et russe adressent, sans se lasser, aux chefs de corps. Les armées de la bourgeoisie n'ont pas échappé, plus que celles de Tancien régime finissant, à la pénétration des théories subversives.

IV. — Il semblerait que le socialisme, loin de contrecarrer le militarisme, devrait faciliter son expansion^ — et pour justifier cette thèse, deux arguments se présenteraient : 1** le militarisme, sortant du régime capitaliste lui-même, se déploie selon une courbe nécessaire ^2**^Uxs \l ^.ç^w\. ^^>

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exipfxices, et plus accroît les chances de catastrophe rapide pour la s<Mriété actuelle.

Mj.i5 la question ne se pose pas aussi simple- «rent. D^abord, il est certain que les gouvernements tiennent compte de la résistance populaire aux dépenses et aox armements, dans la mesure ou iU n*ont pas à sacrifier leurs buts égoïstes ; et en second lien« il n*est pas indispensable qu'une institution arrive à la plénitude de Tépanouissement avjst de sVffondrer et d'entraîner avec elle le ré- ^:n:e« dont elle était le soutien.

H y a plus encore : le socialisme ne s'adresse pas Ji de purs esprits qui peuvent envisager des satist'actk^ns doctrinales ou des victoires posthumes, :r.a:> à des hommes qui peinent, souffrent et meuro:;t. Pdr suite, il ne saurait ajourner son action prv^pre à une échéance indéfinie, et c'est à chaque heure qu'il doit porter son attaque au système social. 11 servirait mal ses desseins, si dans les débats de Tarmêe, de la marine ou des colonies, il marquait une complaisance calculée ou demeurait indirtVrent. Dans Tenceinte du Parlement comme sur la place publique, il doit flétrir les gaspillages des casernes et des escadres, et, par une conséquence logique* tous ceux qui ont mandat de parler au nom de la classe ouvrière, refuseront systématlquements tous crédits*

Mais quelque nette que soit l'attitude du prolétariat et de ses délégués à cet égard, quelque véhémence qu'il mette en son assaut permanent contre le militarisme, et si divers enfin que puissent être les moyens de sa propagande, il commettrait une faute grave, s'il séparait le problème des armements du problème social envisagé dans son principe. L'armée, comme la religion, subsistera aussi longtemps que la propriété individuelle. Elle n'a d'autre raison d'être que la sauvegarde de cette propriété, ou l'extension du domaine exploitable de l'industrialisme. Supposez les machines et tous les capitaux socialisés, et les crises de surproduction abolies par la réorganisation même de tout l'appareil économique et par l'extinction de la concurrence nationale et internationale : la militarisation des peuples n'apparaît plus que comme un gigantesque anachronisme; le double rôle du soldat dans la société est supprimé ; la guerre extérieure et la guerre civile deviennent également invraisemblables.

Pour extirper le mal qui dévore les forces vives de l'humanité, fermer l'ère des luttes sanglantes, et jeter au rebut les instruments qui les préparent, il n*est donc pour la plèbe ouvrière qu'une voie à suivre : la destruction du régime social. Tous les procédés latéraux et particuliers qu'on essaiera de

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lui suggérer ne seront que des expédients, con- (kimncs d avance à la stérilité, et qui n'aboutiront même |>asà atténuer les ravages du fléau.

Non seulement le socialisme, s41 reste fidèle à sa doctrine et provoque le changement intégral du mode d'appropriation y affranchira le monde de Técrasant fardeau qui ralentit sa marche, mais encore lui seul proclamera la paix universelle, en éliminant les cléments perturbateurs. Certaines fractions démocratiques ou conservatrices se déclarent pacifistes et dénoncent les tueries criminelles ; elles préconisent l'arbitrage ; elles réclament la limitai ion des armements. Elles ne s'aperçoivent pas qu'elles bâtissent dans les nuages, qu'elles échafaudent des utopies, qu'elles s'exposent à chaque instant au chor terrible des réalités. La bourgeoisie peut être sincère en son désir de concorde internationale, parce que cette concorde est assez souvent favorable à son enrichissement; mais en conservant le régime économique, elle élabore nécessairement la guerre, et elle oublie surtout qu'audessus des conflagrations des peuples, — ruineuses et barbares, mais temporaires, — se déroule l'incessant conflit des classes, qui fait mille fois plus de victimes, et dont elle ne saurait obtenir la solution, qu'en s'attachant elle-même à l'abrogation de toutes les lois en vigueur, c'est-à-dire à sa propre ruine.

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